Quand un champion mondial comme le groupe SEB doit dégager 200 M€ d’économies pour simplement retrouver une rentabilité normale, ce n’est plus un problème d’entreprise – c’est un problème de pays. Fiscalité, énergie, charges, normes : l’environnement français est devenu hostile à ceux qui y produisent.
200 millions d’euros d’économies : les conséquences des choix politiques
Deux cents millions d’euros. C’est le montant du programme d’économies que prévoit le plan Rebond annoncé par le groupe d’électroménager SEB. Deux cents millions que ce groupe va devoir aller chercher dans ses propres structures, dans ses propres effectifs, dans ses propres organisations. Deux cents millions pour compenser, non pas des erreurs de gestion, non pas des choix stratégiques malheureux, mais les conséquences d’un environnement économique et réglementaire qui est devenu hostile à l’industrie française. Ce chiffre, à lui seul, résume l’ampleur du désastre.
Ce montant devrait faire réfléchir chaque décideur politique, chaque parlementaire, chaque haut fonctionnaire qui rédige des normes depuis son bureau parisien. Car il raconte une histoire. L’histoire d’un pays qui a systématiquement fait les mauvais choix en matière industrielle depuis des décennies. L’histoire d’une nation qui a décidé, consciemment ou inconsciemment, que produire des biens physiques sur son sol n’était plus une priorité. L’histoire d’une abdication collective face à la mondialisation, d’un renoncement progressif mais méthodique à notre puissance productive.
Les produits se vendent, mais la rentabilité s’effondre
Regardons les faits avec lucidité. En 2025, le groupe SEB affiche des ventes de 8,17 milliards d’euros. C’est impressionnant. C’est la preuve irréfutable que les produits se vendent, que les marques sont fortes, que les consommateurs du monde entier font confiance à ce savoir-faire français. Mais la marge opérationnelle a fondu comme neige au soleil. Le résultat opérationnel d’activité est tombé à 601 millions d’euros, en recul brutal de 25 % par rapport à l’année précédente. Un quart de la rentabilité volatilisé en un exercice.
Comment est-il possible qu’une entreprise qui vend plus de 8 milliards d’euros de produits par an ne parvienne pas à dégager une rentabilité satisfaisante ? La réponse tient en quelques mots qui devraient hanter chaque responsable politique : coûts de production trop élevés, charges sociales et fiscales excessives, normes surabondantes et mal calibrées, concurrence internationale déloyale. Tout ce qui fait le quotidien de l’industriel français en 2025. Tout ce qui rend chaque journée plus difficile que la précédente.
Seb veut retrouver sa rentabilité face à la concurrence chinoise
L’objectif affiché par la direction du groupe SEB est de retrouver une marge opérationnelle de 10 %, puis de tendre vers 11 %. Il y a quelques années encore, ces niveaux de rentabilité étaient considérés comme parfaitement normaux pour un groupe de cette envergure et de cette qualité. Ils étaient même considérés comme modestes par rapport à certains concurrents internationaux. Ils sont aujourd’hui devenus un objectif lointain, presque un rêve, nécessitant un plan de transformation massif pour être atteints. Voilà où nous en sommes. Les standards de rentabilité que toute entreprise industrielle bien gérée devrait atteindre naturellement sont devenus des ambitions à moyen terme. C’est proprement hallucinant.
La politique industrielle française est un échec. Il faut avoir le courage de le dire clairement, sans faux-semblant, sans langue de bois. Depuis des décennies, les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, ont multiplié les discours sur la réindustrialisation tout en prenant des mesures qui vont exactement dans le sens contraire. On crée des crédits d’impôt d’un côté et on alourdit les charges de l’autre. On annonce des plans de soutien à l’industrie en grande pompe tout en votant des normes environnementales qui renchérissent considérablement la production. On parle de souveraineté industrielle dans les discours du soir tout en ouvrant nos marchés à la concurrence chinoise sans la moindre contrepartie.
Il faut changer de politique pour sauver l’industrie française
Le résultat de cette politique schizophrène est là, sous nos yeux. Un champion industriel mondial, un fleuron français reconnu sur tous les continents, contraint de couper 200 millions dans ses coûts pour survivre. Des emplois qui seront impactés. Des familles qui seront touchées. Des sites qui seront réorganisés, peut-être fermés. Des compétences précieuses qui seront perdues. Et tout cela non pas parce que l’entreprise a démérité, mais parce que le pays dans lequel elle opère ne lui permet plus de fonctionner normalement.
Il est encore temps de changer de cap. Mais le temps presse dangereusement. Chaque année qui passe sans réforme structurelle de notre environnement industriel est une année de perdue, une année de déclin supplémentaire. Une année de plus pendant laquelle nos champions s’affaiblissent, se restructurent, et parfois finissent par délocaliser ou par mourir. Le plan Rebond est un sursaut d’entreprise, un acte de courage managérial. Il appelle un sursaut politique de même ampleur. La France ne peut plus se permettre d’attendre.
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