Il n’y avait rien à attendre des vœux présidentiels ce 31 décembre. Et il n’y eut rien de plus que ce que la situation politique dans laquelle l’hôte de l’Élysée a plongé le pays depuis la dissolution pouvait lui concéder et lui permettre. Empêché par l’instabilité parlementaire, qui rend toute sa nocivité aux caprices des partis, le Président s’est fait le greffier des attentes des Français sur lesquelles il ne peut agir et l’apôtre d’une volonté qu’il ne peut structurellement opérer. De cette impossibilité, il n’a pas voulu en établir le constat, préférant tracer quelques pistes programmatiques dont il espère qu’elles pourraient servir de perspectives dans un pays conscient qu’il n’y a pas d’autres perspectives pour l’année qui commence qu’un immobilisme inquiétant. Évoquant l’esquisse d’instauration d’un service national, la régulation des réseaux sociaux ou la loi sur la fin de vie, Emmanuel Macron s’est essayé au concret, mais sans vraiment répondre aux priorités de l’opinion dont les aspirations, comme le relevait un récent sondage de l’Institut Odoxa-Blackbone Consulting, sont toutes tournées vers la protection : protection du pouvoir d’achat, protection des biens et des personnes, protection des frontières.
L’utilité à laquelle le Président entend se vouer durant les douze mois à venir apparaîtra bien fragile et hypothétique aux yeux d’une grande majorité de ses compatriotes. À vrai dire, l’exercice aura attesté de l’échec d’Emmanuel Macron après presque dix années de mandat, quand bien même ce dernier a-t-il tenté de défendre un bilan dont les historiens, le jour venu, établiront l’inventaire. L’inventaire immédiat, lequel n’est pas forcément celui de l’histoire lointaine qui peut nuancer parfois les perceptions des contemporains, offre hélas l’image d’un homme qui ne se résout pas à accepter qu’il est devenu un problème par son refus de tirer les conséquences du blocage qu’il impose à la Nation. L’année sera longue, et l’on a rarement vu une fin de règne qui s’étire avec une longévité autant convaincue de la persistance de son efficience sur les événements du monde et de la France. L’auto-persuasion présidentielle contraste évidemment avec le jugement de l’opinion : elle aggrave de facto la crise démocratique dont Emmanuel Macron aura été à la fois un syndrome et, depuis son accession à l’Élysée, un accélérateur. À vrai dire, cet homme intelligent indéniablement, énergique également, ne se résigne pas à ce que l’on ne le comprenne pas. Sa force de caractère le domine bien plus qu’elle ne constitue un moyen au service de l’intérêt général. C’est là son drame, c’est aussi, et par ricochet, le nôtre.
Ce drame est d’autant plus préoccupant qu’il ne montre que peu de signes annonciateurs de son reflux. Le conformisme du propos présidentiel, commandé par les circonstances, a néanmoins laissé entrevoir un trait peu relevé par les commentateurs. Actant le fait qu’il ne pouvait se représenter en 2027, le Président s’est érigé en garant de l’intégrité de l’élection présidentielle à venir, en alertant, au détour, sur les risques d’ingérences étrangères. L’intention serait louable si cette suspicion, en apparence légitime, n’était pas empreinte d’une potentielle interférence élyséenne plus discutable et loin de la position arbitrale dont elle prétend s’investir : la dénonciation anticipée des discours critiques quant à la vision qui, depuis plusieurs décennies, aura conduit aux destinées de la France, en laissant de côté par ailleurs ce que ces pratiques du pouvoir, elles-mêmes, ont véhiculé et continuent à véhiculer comme influences extérieures. Comme souvent, c’est dans les interstices d’un discours qu’il faut chercher la seule annonce significative des vœux présidentiels. Ne pouvant être candidat, le Président sera donc en campagne. Dans un tableau, le détail est ce qui dit souvent le plus de son créateur et, comme chacun sait, c’est dans le détail que se niche le diable…
Arnaud Benedetti
Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.
Voir aussi
23 décembre 2025
Boualem Sansal raconte à la NRP l’après-prison : « Apprendre à vivre dans la liberté »
0 Commentaire2 minutes de lecture
1 décembre 2025
Le politique, plus que jamais !
par Arnaud BenedettiFondateur et directeur de la Nouvelle Revue Politique.
La vocation de la NRP est de penser pour agir, de comprendre pour maîtriser, de débattre pour aider à décider aussi. Nous assumons des choix.
0 Commentaire4 minutes de lecture
3 décembre 2025
Shein au BHV : autopsie d’un renoncement politique et économique
par Bernard Cohen-HadadEntrepreneur, président du Think Tank Étienne Marcel.
Shein au BHV : ce mariage contre-nature acte un renoncement politique. Entre urbanisme punitif et iniquité fiscale, Bernard Cohen-Hadad dénonce le sabotage de notre industrie textile et exige la fin des privilèges accordés à l'ultra-fast fashion.
1 Commentaire6 minutes de lecture
5 décembre 2025
Les leçons à tirer des affaires Sansal et Christophe Gleizes
par Xavier DriencourtAmbassadeur.
Le journaliste français Christophe Gleizes a finalement été condamné à 7 ans de prison. Contre toute attente et alors que la plupart des observateurs s’attendaient à un acquittement ou une condamnation très légère de manière à ne pas envenimer le contentieux avec la France.
0 Commentaire5 minutes de lecture