Après la promulgation du décret relatif à la PPE, la tribune indignée d’Alexandre Jardin au nom des gueux .
Hier matin, il s’est produit quelque chose d’extraordinaire.
Extraordinaire par sa gravité.
Extraordinaire par l’indifférence qu’elle a suscitée.
Nous sommes sortis de l’ordre démocratique un vendredi 13.
Sans coup d’État.
Sans chars.
Sans cris.
Dans un silence presque parfait.
Le décret de la PPE3 a été publié.
Il engage la France pour dix ans.
Pour plus de 300 milliards d’euros.
Par décret.
Pas par une loi.
Pas par un vote du Parlement.
Un gouvernement sans majorité, sans appui populaire, sans légitimité, soutenu par un président politiquement démonétisé après avoir perdu élection sur élection, a choisi de contourner la logique parlementaire la plus élémentaire en fin de mandat, pour engager le pays sur une trajectoire lourde, longue et irréversible.
Se soumettre au Parlement est devenu superflu.
La technocratie gouverne désormais par habitude.
Pourquoi s’embarrasser de formes jugées désuètes ?
La résignation comme nouveau régime
Sur le plateau d’une chaîne d’information, vendredi matin, je me suis senti étrangement seul.
Quand j’ai dit cette vérité, les regards étaient soit compatissants — « il est en colère » — soit navrés — « il croit encore qu’on peut faire quelque chose ».
Tout semblait déjà plié.
À quoi bon s’indigner ?
La résignation était partout, tranquille, presque polie.
Quand j’ai parlé de résistance, certains ont trouvé le mot excessif.
Après tout, disaient-ils, cette autocratie douce n’est pas si grave.
On peut bien enterrer la République, tant qu’il n’y a pas de SS dans les rues. Vaquons à la petite cuisine de nos intérêts privés.
C’est ainsi que meurent les démocraties :
non dans la violence,
mais dans la normalisation.
C’est ainsi que triomphe la culture du mépris à l’œuvre depuis si longtemps et qui désespère la nation inécoutée.
Dans la normalisation du mépris.
Oui, j’ai appelé à la résistance.
Oui, j’ai appelé chaque citoyen à rejoindre le mouvement des Gueux.
Non pour casser.
Mais pour réparer. Avec amour.
Pour sauver de la déchéance et du déclin
notre bien-aimée, la France irrespectée.
J’ai proposé d’effacer le crime de ce décret par une démarche démocratique :
un référendum.
J’ai peut-être parlé trop vite pour être bien compris en évoquant un référendum hors des structures de l’État, avec des outils en cours de finalisation.
Je reviendrai d’ici en parler en détails le moment venu. Ces outils, la France en a désormais un besoin vital.
Mais une chose est certaine :
Il y aura un référendum.
Un jour ou l’autre, après nos combats.
Dans le cadre légal.
Car les refus de démocratie ne se soignent que par davantage de démocratie.
Là sera notre honneur.
Plus le système quitte l’orbite démocratique,
plus nous ferons avancer la démocratie directe. Impliquant chacun avec son cœur.
Voilà le programme des Gueux :
redevenir des citoyens réels,
et permettre à la France de redevenir elle-même —
une grande démocratie rénovée, directe autant que représentative, sûre de ses valeurs, capable de remettre à leur place les apprentis autocrates qui pensaient pouvoir se passer du peuple.
Oui, j’emploie le mot crime.
J’emploie le mot crime sans légèreté.
Crime contre la démocratie.
Crime contre les Français.
Crime contre la France.
Ce décret engage le pays dans un nouveau cycle de doublement de la facture énergétique.
Un peuple qui a déjà subi un doublement en dix ans.
Un peuple dont 36 % peinent déjà à régler ses factures.
Je parle ici de la France qui a froid.
Savez-vous ce que cela signifie, avoir froid quand on est âgé, avec une petite retraite, en France ?
Une attaque contre l’économie réelle.
L’économie, ce n’est pas un concept abstrait.
C’est de l’énergie transformée.
Augmentez le prix de l’énergie,
et vous détruisez la compétitivité,
l’industrialisation,
toutes les activités qui intègrent ce coût.
Cela, ils le savent.
Mais ils s’en moquent.
Ils ont conclu un accord politique de survie.
Gagner quelques mois fut leur dessein.
Permettre à un président à 12 % d’aller jusqu’au bout de ses pulsions autoritaires.
On le voit aujourd’hui discuter de sujets régaliens majeurs – y compris d’un soi-disant usage partagé avec l’Allemagne de notre arme nucléaire, ce qui relève bien évidemment de la haute trahison – sans être adossé à la Nation.
Il faut une légitimité populaire pour oser prononcer de tels mots.
Président à 12 % n’a même pas le droit d’y penser. Il y a quelque chose de plus haut que la légalité dès lors que l’on parle des questions fondamentales pour un peuple : la légitimité.
Mensonges et dissimulations
Je ne m’attarderai pas sur l’intense propagande gouvernementale visant à masquer les conséquences financières de ce plan.
Ni sur les alertes ignorées, issues d’EDF et de RTE. Je parle ici des rapports qui ont été soit dissimulés, soit repoussés.
Il reste, heureusement, en France, des femmes et des hommes qui ont le sens des autres.
Et qui savent qu’un jour il faudra prononcer ces mots simples :
La France n’est plus à vendre.
Notre faute collective : la normalisation
Ce qui me glace, ce n’est pas seulement ce décret.
C’est sa normalisation.
Hier matin, juste avant d’entrer sur le plateau de la chaîne de télé, j’ai croisé un député du président à 12 %.
Je lui ai parlé fermement.
Il m’a répondu, sincèrement décontenancé :
« Nous n’avions pas le choix.
Nous n’avons pas la majorité.
On devait passer par décret.
Le Parlement, c’est quand on a une majorité. »
Je suis resté sans voix.
Ainsi donc, puisque le peuple les a désavoués,
Ils s’estiment autorisés à gouverner sans lui.
Puisqu’ils ont perdu la majorité,
Ils auraient gagné le droit de s’asseoir sur la démocratie.
Pas un instant il ne lui est venu à l’esprit
que lorsqu’un président n’a plus de majorité,
ce n’est pas au Parlement de disparaître,
C’est au président de se soumettre à l’Assemblée —
ou de s’en remettre au peuple.
Cette phrase, prononcée sans colère, sans cynisme, presque comme une évidence administrative, dit tout.
La démocratie n’est plus, pour eux, un principe.
C’est une option conditionnelle.
Un luxe réservé aux vainqueurs.
Et c’est précisément pour cela.
que la résistance démocratique
n’est pas excessive.
Elle est devenue nécessaire.
Quand l’inacceptable devient banal,
quand l’inimaginable devient administratif,
les pays s’effondrent de l’intérieur.
Nous avons un devoir de colère.
Une colère froide.
Constructive.
Nationale.
Rejoignez les Gueux.
Rejoignez les Gueux avec vos compétences,
non comme on rejoint une écurie politique,
mais comme on accomplit un acte d’amour civique.
Pour rétablir la démocratie.
Pour sortir du mépris des gens.
Pour redevenir un grand peuple démocratique.
Pour que la France redevienne la France – elle a tant de choses à dire au monde.
Pour que l’amour l’emporte sur l’avachissement moral.
Alexandre Jardin
Écrivain, metteur en scène, très amoureux d’une femme, démocrate enragé, épris de la France et président des Gueux.
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