Alors que s’ouvre la campagne officielle des élections municipales à Paris, l’heure n’est plus aux demi-mesures. La CPME Paris a souhaité mesurer l’état d’esprit de notre tissu économique local. La confrontation de deux études exclusives (Ifop septembre 2019 et Cluster 17 novembre 2025), menées avant les scrutins de 2020 et de 2026, dresse un constat implacable : nous assistons à une dégradation systémique. Le diagnostic est sans appel : Paris, notre capitale économique, est en difficulté.

Attractivité économique : une chute libre en six ans

Il y a six ans, malgré des critiques légitimes sur la gestion quotidienne, les fondamentaux de l’image de Paris restaient solides et la capitale était perçue comme un moteur économique puissant. Nous avions appelé justement et positivement à « une mandature utile aux TPE-PME ! ». Aujourd’hui, ce socle s’est fissuré de toutes parts, marquant l’affaissement de la « marque » Paris.

Les chiffres traduisent une perte de vitalité inquiétante. En 2019, 81 % des dirigeants qualifiaient la ville de dynamique ; ils ne sont plus que 49 % en 2025. L’image d’une ville moderne et innovante, qui séduisait 76 % de nos entrepreneurs, ne convainc plus que 36 % d’entre eux, effaçant l’aura de la « capitale de la start-up nation » auprès des acteurs de terrain. Le constat est plus rude encore concernant l’attractivité pure : alors que 64 % des répondants jugeaient Paris attractive pour l’implantation d’entreprises en 2019, ce taux s’effondre à 20 %. Symbole de ce désamour, lorsqu’on interroge les patrons sur les avantages de Paris, la réponse « aucun » bondit de 5 % en 2019 à 19 % en 2025, devenant la deuxième réponse la plus fréquente.

Un quotidien devenu repoussoir pour l’activité

Le quotidien des entreprises est de plein fouet percuté par la dégradation des indicateurs de gestion urbaine. L’intensité de l’insatisfaction a franchi un nouveau seuil, contaminant des domaines essentiels comme la sécurité. C’est l’alerte la plus préoccupante pour le climat des affaires: la satisfaction à l’égard de la sécurité est passée de 59 % en 2019 à seulement 26 % aujourd’hui.

La propreté, déjà identifiée comme un point noir indélébile, s’enfonce pour atteindre 18 % de satisfaits, contre 35 % il y a six ans. La politique de mobilité, pourtant érigée en fer de lance de la mandature, est sévèrement jugée : la satisfaction globale à l’égard des transports publics recule de 58 % à 42 %. Plus grave, les points de tension historiques restent enkystés : la satisfaction concernant la circulation reste bloquée à un plancher de 12 %, et le stationnement piétine à 12 %. Dans ce contexte, la crédibilité gestionnaire de la Ville est logiquement atteinte, avec une confiance dans la gestion des finances tombant d’un taux de 43 % à un niveau marginal de 8 %.

Le divorce avec l’Hôtel de Ville

Face à ce bilan, la fracture entre l’Hôtel de Ville et le tissu économique local semble consommée, atteignant un point de non-retour. La note moyenne attribuée par les chefs d’entreprise à l’action de la majorité municipale s’établit à un niveau critique de 2,4 sur 10. Seuls 11 % à 12 % des dirigeants se déclarent encore satisfaits de l’action de la Mairie envers les entreprises, contre près de la moitié en 2019. Le soutien administratif, jadis perçu comme efficace par 53 % des dirigeants, a quasiment disparu pour tomber à 7 %.

Conséquence directe de ce climat, un désir d’ailleurs inédit s’installe : plus d’un chef d’entreprise sur deux (51 %) envisage désormais de quitter Paris, dont 10 % dès l’année à venir. Ce chiffre traduit une rupture profonde avec l’écosystème parisien.

Un changement de paradigme indispensable pour restaurer la confiance

À la lumière de ces données, l’intérêt pour cette échéance des 15 et 22 mars se renforce : 80 % de nos chefs d’entreprise se disent intéressés par la campagne, contre 68 % en 2020, marquant un fort désir d’alternance. Ce surcroît de mobilisation s’accompagne d’une reconfiguration des forces politiques perçues comme « pro-business » et d’une perte quasi-totale de crédit de la majorité sortante sur les questions économiques.

La comparaison de ces six dernières années met en lumière la nécessité d’un véritable changement de paradigme. Nous sommes passés d’une insatisfaction ciblée à une remise en cause globale : c’est le moteur même de l’attractivité parisienne qui semble aujourd’hui calé. Il est impératif que les candidats à la mairie de Paris prennent la mesure de ce décrochage spectaculaire. Nos TPE et PME ont besoin d’actes forts pour restaurer la confiance, garantir la qualité des conditions de travail dans notre ville et redonner à Paris sa place de capitale économique incontournable.


Bernard Cohen-Hadad

Bernard Cohen-Hadad est entrepreneur et président du Think Tank Étienne Marcel. Membre de la Société d’économie politique, il est aussi président de la commission du développement économique du Conseil économique, social et environnemental régional en Île-de-France. Il est également membre de la Chambre de commerce et d’industrie de la Région de Paris-Île-de-France. Auteur de L'Avenir appartient aux PME paru chez Dunod, Bernard Cohen-Hadad est l’auteur de nombreuses tribunes publiées dans les médias. Il a été membre de l’Observatoire de l’épargne réglementée, de l’Observatoire du financement des entreprises, de l’Observatoire des PME et ETI par le marché et du Comité consultatif du secteur financier (CCSF). Il participe actuellement à l’Euro Retail Payment Board (ERPB) auprès de la Banque centrale européenne, au Comité national des moyens de paiements (CNMP) et au Comité pour l’éducation financière (EDUCFI). Il est membre du Conseil scientifique de l’École supérieure des métiers du droit.

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