Il y a quelques jours, en Syrie, décision a été prise de prohiber l’alcool dans de nombreux établissements, tout comme la mixité dans les salons de coiffure ; parallèlement, des manifestants radicaux réclament que la prise en charge gynécologique s’effectue exclusivement par du personnel soignant féminin.

Ahmed Al-Charaa, Président de la République arabe syrienne ‘par interim’, chef du groupe HTC (Hayat Tahrir al-Cham), désigné le 29 janvier 2025 à l’occasion d’une Conférence de la Victoire, semble profiter de la situation conflictuelle au Moyen-Orient pour faire avancer son idéologie islamiste, en toute discrétion.

Cet ancien chef djihadiste déclarait il y a peu, vouloir “maintenir son pays loin de la guerre”, mais au niveau national, il impose à sa population des decisions pour le moins radicales. On est bien loin de la vision “démocratique” et des gages de “libération” qu’il affiche auprès des chefs d’Etats occidentaux.

Nos sources en Syrie nous ont fait parvenir les décrets et délibérations gouvernementales, s’appliquant essentiellement au niveau du Gouvernorat de Damas. En effet, dans les autres régions de Syrie, des milices auto-proclamées (Al-Nosra, Daech…) rejettent les décisions de l’Etat et imposent leur pouvoir et leurs règles par la terreur ; la répression sur les populations ne cesse de croître. Dans ces Gouvernorats, il n’y a ni police, ni armée, ni tribunaux nationaux, seule l’anarchie règne et “la loi du plus fort”.

C’est ainsi que le 15 mars 2026 a été interdit par décret gouvernemental de servir et vendre des boissons alcoolisées dans les restaurants, bars et discothèques ; seuls des hôtels dans certains quartiers de la ville de Damas, sous contrainte d’éloignement des lieux de cultes et des commissariats, seront autorisés à proposer de l’alcool.

 

République arabe syrienne

Ministère de l’Administration locale et de l’Environnement

Gouvernorat de Damas

Ministère de l’Administration locale

Décision n° 311/M.T.

Le Bureau exécutif du Conseil du Gouvernorat de Damas

Conformément aux dispositions de la Loi sur l’administration locale, promulguée par le décret législatif n° 107 de 2011.

Et au décret législatif n° 180 de 1952.

Et à la loi n° 45 du 31 décembre 1986.

Et aux mémorandums présentés par la Direction des professions et des licences, n° 5938 du 14 janvier 2026 et n° 155571 du 21 janvier 2026.

Et après délibérations en cours, et avec l’approbation de tous les membres présents à sa 11e séance du 15 mars 2026, il est décidé ce qui suit :

Article 1 – Le service de boissons alcoolisées de toute nature est interdit dans les restaurants et les discothèques de la ville de Damas. Les exploitants sont tenus d’exercer leur activité exclusivement en tant que restaurants, sous peine de poursuites judiciaires.

Article 2 – Les licences de bar et de discothèque sont converties en licences de café.

Article 3 – La décision n° 46/M.D. de 2010, relative à la vente de boissons alcoolisées sous scellés, est modifiée comme suit :

A – Les licences de vente de boissons alcoolisées sous scellés sont autorisées uniquement dans les quartiers suivants : Bab Touma, Qassaa et Bab Sharqi, et uniquement dans les établissements titulaires d’un permis de construire commercial.

B – L’établissement doit être situé à au moins 75 mètres des lieux de culte (mosquées et églises), des cimetières et des écoles de tous types.

C – Un rayon de 20 mètres doit être maintenu autour des commissariats de police et des bâtiments administratifs.

Un engagement notarié de ne pas servir de boissons alcoolisées dans l’établissement doit être fourni, sous peine de retrait de la licence et de fermeture.

Article : Un délai de trois mois est accordé aux établissements de vente de boissons alcoolisées situés dans la ville de Damas pour se mettre en conformité avec les dispositions de la présente décision.

 

Dans le même temps, le Ministère de l’Intérieur syrien vient de publier un avis visant à interdire “aux coiffeurs de sexe masculin de proposer des coupes ou des coiffures aux femmes, sous peine de sanctions légales”.

Pour Zouhair Basbous, coordinateur du parti des Forces libanaises en France, “ces décisions seraient des gages donnés aux radicaux de l’aile droite du Gouvernement, suite au réchauffement des relations avec les Chrétiens en Syrie et l’État d’Israël”.

Mi-mars 2026, une manifestation a été organisée devant l’hôpital d’Al-Tall, une zone rurale près de Damas, afin de protester contre l’arrivée de médecins hommes dans le service de gynécologie et d’obstétrique. Ce rassemblement a été réalisé suite à l’appel de 16 personnalités religieuses, avec à leur tête le cheikh Abou Oussama Al-Sahaki, chef adjoint du bureau de réconciliation de la ville. Al-Sahaki a appelé les autorités à “prendre en considération les sentiments et les instincts des habitants d’Al-Tall” (…). “Nous voulons protéger notre honneur, notre religion et nos femmes”, a-t-il déclaré.

Gouvernorat de Damas

Ministère de l’Intérieur, Gouvernorat de Damas

Avis

Il est interdit aux coiffeurs de sexe masculin de proposer des coupes ou des coiffures aux femmes, sous peine de sanctions légales.

Au fur et à mesure, le Président Al-Charaa, à l’idéologie sunnite, fait avancer ses positions islamistes et radicales. Dans la communauté chrétienne établie en Syrie, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer ces décisions, mais force est de constater qu’ils sont trop peu nombreux pour peser face à cette oppression… Il serait intéressant de connaître le positionnement de la diplomatie française face à la montée de l’islamisation en Syrie, et de savoir quel rôle jouera notre pays face à cette lente instauration de la charia.

Le politologue Michel Fayad, avec lequel j’ai pu échanger sur ces sujets, rappelle avant tout qu’un des dangers minimisé à ce jour est le positionnement de troupes d’Al-Charaa au nord et à l’est du Liban, qui pourrait faire craindre un futur embrasement régional en cas d’envahissement…

 

Appel à un sit-in

En signe de rejet de toute décision portant atteinte à la liberté et à la dignité des Syriens, et en réaction aux tentatives de divisions régionales incendiaires et à la réduction de la société damassienne à une image qui ne reflète ni son histoire ni son peuple, nous élevons la voix en silence et restons unis pour défendre notre droit à vivre dans la dignité.

Lieu : Place Bab Touma

22 mars 2026

Heure : Dimanche

12 h 00

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