Magistral ! Le Parlement européen rappelle qu’il se tient aux côtés de Mohamed Bazoum, obstinément. La résolution d’urgence votée à la quasi-unanimité ce 12 mars appelle à sa libération immédiate et inconditionnelle et à un retour à l’ordre démocratique. L’Europe se montre fidèle à ses valeurs.

« Nous ne pouvons pas rester silencieux. Quel exemple de loyauté l’Union européenne donnerait-elle ? ». Cette phrase de l’eurodéputé Christophe Gomart résume l’esprit de cette résolution d’urgence, très largement votée par 524 voix pour, 29 abstentions et 2 contre, à l’issue d’un débat sobre, parfois empreint d’émotion. Émotion lorsque l’initiateur de la résolution compte les jours : 950 jours de privation de liberté, de téléphone, de contact avec l’extérieur ; émotion lorsqu’il évoque « un allié clé de l’Europe, partageant nos valeurs, un partenaire dans la lutte pour la sécurité et la liberté ». Le général Gomart rappelle « le caractère inacceptable de la détention d’un dirigeant démocratiquement élu ».

L’Europe s’affirme résolument comme un partenaire fiable, attachée à des principes, assurant ses engagements. « Le temps presse, le monde ne peut rester silencieux », ajoute la socialiste Muriel Laurent qui évoque « un basculement ». Pour cette raison, le Parlement européen réclame la libération immédiate et inconditionnelle du président, celle de son épouse et de toutes les personnes incarcérées par les putschistes.

Pour évoquer la situation de Mohamed Bazoum, le parlement européen dénonce désormais une « détention arbitraire ». En novembre 2023, lors d’une première résolution, les eurodéputés parlaient de « séquestration illégale ». Au-delà de la sémantique, ce glissement répond à la logique de deux séquences distinctes. Quatre mois après le coup d’État, la résolution était factuelle et politique. Au bout de trente-deux mois, elle reste éminemment politique mais se déplace aussi sur un terrain plus juridique, celui du vocabulaire international des droits humains. Une évolution importante dans la perspective éventuelle de poursuites judiciaires à l’encontre des geôliers du président. À cet égard, le texte final exprime « sa profonde préoccupation face à l’intention annoncée du Niger de se retirer de la CPI ».

L’Europe unanime, un engagement partagé sur tous les bancs du parlement

Au fil des mois, Mohamed Bazoum a conforté une image personnelle. Son aura transcende les clivages partisans. En Europe, l’engagement pour Bazoum va ainsi de la droite souverainiste aux écologistes. Aux côtés du Parti Populaire Européen, initiateur de la démarche, quatre autres groupes politiques ont cosigné la résolution initiale : les socialistes et démocrates d’E&D, les souverainistes d’ECR, les centristes de Renew, et les Verts. Conformément à la tradition, c’est ainsi une résolution de compromis qui a finalement été votée par près de 95 % des élus présents dans l’hémicycle. On notera également que le groupe ECR compte en son sein les élus italiens de Fratelli d’Italia, la famille politique de Georgia Meloni, pays qui entretient toujours des relations avec le Niger et se montre peu suspect de sympathie envers la politique africaine d’Emmanuel Macron. En réalité, à travers ce large consensus et par le vote de leurs représentants, ce sont bien 450 millions de citoyens européens qui ont solennellement réaffirmé leur attachement au droit, leur volonté aussi de ne pas oublier le sort d’un homme et celui d’un peuple.

Par cette résolution, l’Union européenne refuse de normaliser une situation d’exception. Le temps qui passe ne change rien à l’illégitimité de la junte. Le parlement dresse d’ailleurs un constat clinique de la situation du pays et souligne les risques majeurs que fait courir ce régime sur la sécurité et le contrôle des flux migratoires. Tous les clignotants sont désormais au rouge. « Les putschistes ont un bouc émissaire, la France, qui n’est plus là », lance Nathalie Loiseau pour le groupe Renaissance, rappelant que les putschistes « portent l’entière responsabilité d’échecs qui sont nombreux ». L’ensemble des groupes parlementaires trouve les mêmes mots pour saluer, a contrario, le rôle essentiel qu’assumait Mohamed Bazoum, « un partenaire important dans la lutte contre le terrorisme ».

Une pression sur l’Exécutif européen et les autres organisations internationales

Le Parlement européen ne dispose certes ni de divisions blindées ni de pouvoir direct sur la définition de la politique étrangère des 27 pays de l’Union, mais il est l’émanation des peuples du Vieux Continent. Avec cette résolution, les citoyens européens, par la voix de leurs représentants, se posent en conscience morale de l’Union. Cette résolution constitue de fait une pression sur l’exécutif européen, Conseil et Commission, et une invitation à l’action pour la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, l’estonienne Kaja Kallas.

Le signal envoyé dépasse les frontières de l’Union. C’est aussi un message à la CEDEAO et à l’Union africaine. Celle-ci est apparue bien silencieuse sur la question lors de son dernier sommet d’Addis-Abeba au début du mois de février. La ligne de fermeté de l’Europe pourrait désormais encourager d’autres partenaires internationaux à se montrer moins frileux.

La résolution sera également communiquée à l’AES, la Confédération des États du Sahel, et aux autorités de fait du Niger, premier pays concerné. Peut-elle infléchir la position de la junte et l’inciter à libérer un homme dont le mandat légal arrive à son terme le 2 avril prochain ? Contrairement à la précédente résolution, les eurodéputés ne demandent pas la réintégration de Mohamed Bazoum dans sa fonction. Christophe Gomart reconnait en revanche qu’il considérerait comme un échec un maintien en détention au-delà de cette date. Depuis le putsch, Mohamed Bazoum a opposé une fin de non-recevoir à toute idée de démission, pour des raisons de principes. Il est devenu l’incarnation de la résistance à la loi des armes. Mais par définition, la question de la poursuite de son mandat ne se posera plus dans les mêmes termes à partir du 2 avril.

Dans ce nouveau contexte, le poids symbolique et moral de cette résolution peut-il avoir un impact positif sur les geôliers du président ? Lors du débat parlementaire, le représentant de la Commission en a appelé à une plus grande cohésion au sein de la diplomatie des 27, rappelant que le déplacement de l’Exécutif européen à Niamey en novembre 2025 avait révélé des désaccords profonds avec ce pays et que « cette visite n’avait pas permis d’engager de réels progrès ».

À travers les lignes, l’engagement du parlement pose la libération du président comme le préalable à toute normalisation entre l’Europe et le Niger. Mohamed Bazoum ne sera jamais le grand oublié du Sahel !


Geneviève Goëtzinger

Geneviève Goëtzinger est journaliste et dirigeante d’entreprise dans les médias et le conseil en stratégie de communication.

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