La France ne manque ni de lois, ni de rapports, ni de discours. Elle manque de courage, de vision ainsi que de femmes et d’hommes décidés à servir réellement le bien commun. Les crises que nous traversons ne sont pas des accidents de parcours ; elles résultent d’une mutation qui nécessite un changement de modèle. Elles sont le résultat de décennies de renoncements, de déconnexion du réel et d’une politique devenue trop souvent un métier plutôt qu’un engagement.

Il y a eu une volonté suicidaire de couper la France de ses racines. En effet, la loi de la vie, c’est que l’on puise dans ses racines sa croissance et sa fécondité à venir. Nous avons besoin d’assumer notre identité et nos racines chrétiennes pour déployer cette société du lien où chaque personne du bon côté de la fracture sociale a le souci de celui qui est exclu du système. C’est ce qui nous préservera d’un identitarisme gazeux et sans fondement.

Crise démocratique d’abord : exprimée soit dans un vote radical à droite ou à gauche, soit dans l’abstention qui n’est plus un signal faible, c’est un cri silencieux. Des millions de Français ne croient plus que leur voix compte. Ils ont le sentiment que tout se décide ailleurs, entre experts, technostructures et logiques partisanes, loin de leur vie concrète. Une démocratie où le peuple se retire est une démocratie qui s’éteint.

Crise sociale ensuite : l’esprit d’entreprendre s’étiole car le travail ne protège plus, l’effort n’est plus reconnu, la réussite est suspecte, l’échec culpabilisé. Trop de Français ont le sentiment de faire tout « comme il faut » sans jamais s’en sortir. Cette injustice-là est explosive et elle crée une tension envers ceux qui touchent des aides sans contrepartie.

Crise agricole enfin, emblématique de toutes les autres : comment accepter que ceux qui nourrissent le pays soient parmi les plus fragiles, les plus découragés, parfois les plus méprisés ? Le paysan devient le symbole d’un pays qui a perdu le sens du réel, préférant la norme au bon sens, la communication à la vérité, la gestion à la vision.

Je pourrais rajouter la crise de l’endettement, la crise énergétique, identitaire liée à une immigration sans intégration, la crise géopolitique liée aux retours des empires prêts à déployer une force décomplexée…

Dans mon livre Fils de paysan, notre bon sens commun, je rappelle une évidence oubliée : on ne gouverne pas durablement contre le réel. La terre apprend l’humilité. Elle impose la patience, la responsabilité, la transmission. On y comprend vite que la liberté n’est jamais sans conséquences, que chaque décision engage l’avenir, et que le bien commun n’est pas un concept abstrait mais une réalité concrète, fragile, à protéger.

Or que voyons-nous aujourd’hui ? Une politique qui promet plus qu’elle ne peut tenir. Nous suspendons la réforme des retraites pour sauver le gouvernement et des députés ayant peur de perdre leur mandat. Qui évite les choix difficiles. Qui préfère l’endettement à la vérité, la subvention à la responsabilité, l’agitation à la durée. Une politique qui rassure à court terme et affaiblit à long terme. C’est cela, la véritable crise française.

Il est temps de le dire clairement : la France n’a pas seulement besoin de nouvelles études, de création de nouveaux instituts. Elle a besoin d’un réveil civique et politique. Elle a besoin que des citoyens ordinaires, enracinés dans la réalité du travail, des territoires, des familles, osent entrer en politique. Non pour s’emparer du pouvoir, mais pour assumer la responsabilité si chère au général de Gaulle, afin que le pouvoir redevienne un service et que nous trouvions le courage de nous lever à contre-courant.

S’engager en politique aujourd’hui fait peur. On redoute l’exposition, la caricature, la violence du débat public. Pourtant, refuser de s’engager, c’est laisser d’autres décider à notre place. C’est abandonner le champ à ceux qui vivent de la politique, parfois sans jamais avoir produit, dirigé, transmis ou assumé les conséquences de leurs décisions.

Le bon sens commun n’est pas une question de partis politiques. Il est ce qui relie les Français quand ils parlent vrai. Il dit qu’on ne peut pas dépenser indéfiniment ce qu’on ne gagne pas. Qu’on ne protège pas les plus faibles en affaiblissant ceux qui travaillent. Qu’on ne sauve pas la planète contre les hommes, mais avec eux. Qu’on ne construit pas l’avenir d’un pays en opposant les territoires, les générations ou les classes sociales. Je crois à une société du lien où chacun dit sa fierté d’être Français, où chacun aspire à déployer ses talents pour entreprendre sa vie.

Réveiller la France, ce n’est pas appeler à la colère, mais à la responsabilité. Ce n’est pas flatter les frustrations, mais redonner le goût de l’engagement. Ce n’est pas promettre des lendemmains faciles, mais proposer un chemin exigeant, juste et durable.

Nous avons besoin d’une nouvelle génération politique, non pas définie par l’âge, mais par l’état d’esprit : des responsables capables de dire non, de tenir une ligne, d’assumer des choix impopulaires mais nécessaires. Des responsables qui connaissent le prix du travail, la valeur de la parole donnée, et la fragilité du lien social.

La politique doit redevenir un lieu de service, pas de carrière. Un lieu de vérité, pas d’illusion. Un lieu de construction patiente, pas d’agitation permanente. Cela suppose que chacun se pose une question simple : si ce n’est pas moi, alors qui ?

La France n’est pas condamnée. Mais il y a urgence et elle ne se relèvera pas sans sursaut. Ce sursaut ne viendra ni d’un homme providentiel ni d’un slogan miracle. Il viendra d’un peuple qui accepte de regarder la réalité en face et de s’engager, chacun à sa place, pour le bien commun

Il est temps de quitter le commentaire pour l’action. De passer de la critique à l’engagement. De reprendre la politique en main pour qu’elle redevienne ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un acte de responsabilité au service de la France et des plus fragiles.

Les municipales du mois de mars, parce qu’elles sont le lieu du déploiement de la proximité et du concret, le dernier échelon politique en quelque sorte qui n’est pas l’objet d’un rejet et d’une défiance, mais d’une attente positive, ouvrent une fenêtre d’opportunité pour ceux qui souhaiteraient s’investir et s’engager. Après une carrière consacrée à l’entrepreneuriat et à l’engagement associatif, je le ferai à mon niveau, auprès de la vice-présidente de la région des Pays de Loire Samia Soultani, dans l’une de ces villes moyennes, Laval, qui aujourd’hui comme dans l’ensemble des villes moyennes de France est confrontée à ces mêmes maux qui minent notre démocratie, où que nous résidions : déclassement social, dépossession citoyenne, insécurité, etc. Le moment municipal peut être en effet porteur d’une dynamique de renouvellement de notre personnel politique au niveau de cet espace fondateur de la démocratie et des libertés communales que constitue la cité. Parce qu’il est un espace où le pouvoir est proche, la délibération visible, la portée des décisions visible à l’œil nu, le terrain communal est ce chemin qui doit régénérer la politique dans son expression démocratique et comme expérience concrète de l’action publique.

Philippe Royer
Cofondateur du réseau Cleophas, ancien dirigeant du groupe Seenergi, président de Fratello et ancien président national des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens

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