Patrice Gueniffey est directeur d’études à l’EHESS. Ses travaux en font l’un des meilleurs connaisseurs de l’histoire de la révolution française ainsi qu’un des grands spécialistes des études Napoléoniennes . Il est l’auteur de très nombreux ouvrages dont une biographie sur Bonaparte » Bonaparte 1769-1802 » ( Gallimard ) paru en 2013 . Il a également analysé les mécanismes constitutifs de la violence révolutionnaire sous la Terreur ( » La politique de la Terreur : Essai sur la violence révolutionnaire 1789-1794 paru chez Fayard , 2000). Après le lynchage du jeune Quentin par des militants de « La Jeune Garde », organisation dissoute, il revient sur la singularité de l’usage de la violence par l’extrême-gauche . Propos recueillis par Arnaud Benedetti.
1/ Le lynchage de Quentin Deranque par des militants d’extrême gauche a fait resurgir le débat non seulement sur la violence en politique mais plus spécifiquement sur l’usage de la violence par l’extrême gauche. De quand pouvons-nous dater déjà cette notion d’extrême-gauche dans notre histoire politique ?
On a toujours tendance à croire que tel ou tel événement constitue un tournant ou le révélateur d’un phénomène inédit, mais cet assassinat, si horrible et insupportable soit-il, ne fait que souligner le lien pour ainsi dire consubstantiel qui existe depuis l’origine entre l’extrême gauche et la violence. Le temps médiatique, de l’ordre de la mémoire du poisson rouge, fait croire que tout est toujours nouveau, mais la violence politique est un fait permanent de la part de groupes toujours en quête du grand soir que provoquerait la violence de la répression, en même temps qu’une conséquence pour ainsi dire mécanique de la radicalité de leurs objectifs et d’une vision de la politique qui divise le monde en deux camps, celui des amis et celui des ennemis, et qui, pour finir, transforme la controverse politique en avatar de la guerre. Rien de neuf sous le soleil donc. C’est un poison qui coule depuis deux siècles dans les veines de la politique française, passant par des phases d’intensité plus ou moins variables. Ce qui est nouveau, en revanche, et lié à la décomposition du système des partis depuis le début des années 1990, c’est que cette frange radicale et violente de la gauche – elle existe aussi à droite, mais réduite aujourd’hui à la portion congrue – joue un rôle de premier plan, se nourrissant de sa confrontation avec cette autre force de gauche qu’est le Rassemblement national, version mollassonne du PCF de la grande époque.
Quant à l’origine de l’extrême gauche, elle est née, comme la totalité de notre répertoire politique, à l’époque de la Révolution française, qui a très tôt – septembre 1789 – séparé les deux courants qui allaient structurer la vie politique pour les deux siècles à venir et les a flanqués de deux franges extrêmes caractérisées par la radicalité du discours comme des moyens préconisés. Les appellations ont varié avec les époques. Elles ne sont jamais flatteuses. L’extrême gauche ne s’est jamais définie comme telle : elle s’est toujours considérée comme la « vraie » gauche, restée fidèle à elle-même tandis que la « gauche » trahissait ses convictions les plus sacrées. L’extrême gauche est avant tout nommée par ses adversaires. Ce sont les communistes qui ont affublé leurs rivaux du nom péjoratif de « gauchistes ». C’est Robespierre qui préside au baptême de l’extrême gauche lorsqu’il fait décapiter les hébertistes en les accusant de former une faction « ultrarévolutionnaire » qui aurait voulu, au sens littéral, outrer la révolution pour la compromettre, provoquer une guerre civile, faciliter une invasion et, in fine, rétablir l’Ancien Régime. Robespierre avait raison et il a rendu service à son pays à ce moment : au passage, c’est une sorte de hold-up mémoriel que de voir Mélenchon s’approprier la figure de Robespierre.
2/ Est-il possible de parler d’une genèse française de la radicalité de gauche, et si oui faut-il y voir les germes d’une pensée totalitaire ?
Je laisserai de côté la question du totalitarisme, tarte à la crème de la prétendue « science politique » mise à toutes les sauces depuis la Seconde Guerre mondiale. Il existe en revanche une spécificité française de la violence, qui possède des racines très profondes, et en vertu de laquelle notre Révolution est presque immédiatement devenue un repoussoir universel, du moins jusqu’à ce qu’elle trouve, en 1917, une héritière.
Longtemps on s’est écharpé pour en expliquer l’incroyable violence : trois cent mille victimes dans un laps de temps très court – deux années, de l’été 1792 à l’été 1794. C’est un débat bien connu : la faute aux royalistes, disent les uns, la faute à Rousseau, affirment les autres. Les circonstances, ou les principes ? Il y avait bien sûr des deux. Les révolutionnaires furent confrontés à des résistances et même à quelques conspirations, et il est évident que l’entrée en guerre des armées européennes à partir du printemps 1792 ne pouvait faire retomber la tension. Mais la violence était inscrite dans l’entreprise elle-même, et cela même si la Révolution n’a jamais été un phénomène homogène.
Elle est porteuse d’une représentation de l’histoire à laquelle ne s’étaient réclamées aucune de ses devancières, anglaise ou américaine. À Londres comme à Philadelphie, c’est la défense des libertés historiques des Anglais, attestées par une longue possession, qui légitime la révolution. La boussole, le point de référence se situent dans le passé, et cela même si les Américains, en se séparant de la couronne britannique qui a attenté à leurs droits (en tant qu’Anglais), vont, pour finir, inventer un système politique nouveau. Les Français de 1789 regardent, eux, vers l’avant, vers un futur dont le présent ne peut accoucher, ils en sont convaincus, qu’en répudiant le passé, qu’en s’arrachant à un passé totalement mauvais et détestable. Plusieurs années durant, ils vont s’acharner à en extirper les vestiges, jusqu’à changer la mesure du temps et vouloir déraciner ce qui est le plus profondément enraciné dans le cœur humain, les sentiments religieux. C’est pourquoi nos révolutionnaires récusent tout modèle, tout précédent, car leur ambition est radicalement neuve : recommencer l’histoire sur les ruines d’un passé dont rien ne mérite d’être sauvé. Ils ne se voient pas comme des héritiers, mais comme des ancêtres. À temps nouveaux, homme nouveau. Ce que résume admirablement un député de 1789 par ailleurs très modéré : « Notre histoire n’est pas notre code. » Anglais et Américains proclament au contraire que leur histoire est leur code et que c’est pour cette raison que Charles Iᵉʳ doit être renversé et que les treize colonies doivent prendre leur destin en main – pour restaurer des droits et des libertés bafoués par le pouvoir en place.
C’est pour la même raison que la Révolution française, si elle n’a pas d’ancêtres, sinon les figures philosophiques dont elle se réclame avec plus ou moins de bonheur et d’à-propos, n’aura pas de successeurs avant longtemps. Sa violence – conséquence inéluctable de cette tentative d’arrachement sans exemple dans l’histoire – rebute, d’autant que personne en Europe ne comprend très bien pourquoi il faudrait déraciner la religion pour devenir libres. Bien des révolutions éclateront au XIXᵉ siècle en Europe, mais elles brandissent deux drapeaux : tantôt celui d’une existence indépendante en tant que nation souveraine, tantôt celui de la liberté politique, autrement dit du gouvernement représentatif. D’Italie à la Hongrie, ces révolutions sont plus « américaines » que « françaises ». Ici, très vite, la contestation de la représentation au nom de la démocratie directe et le messianisme conquérant au nom de l’universel ont changé la nature de la Révolution : l’hébertisme était né, et avec lui l’extrême gauche, et cela bien avant que la question ne s’invite à la fête.
La France a inventé une modalité nouvelle de la révolution, non plus restauration mais fondation à partir de principes déduits par le travail de la raison plutôt que tirés de l’expérience. La gauche révolutionnaire réchauffe cet héritage depuis deux siècles. Hippolyte Taine reste le grand historien de ces questions : il a montré, après Tocqueville, comment l’absolutisme hérité de Louis XIV, en écartant les Français de la gestion des affaires, les avait déresponsabilisés, infantilisés, rendus incapables de former une société capable de vivre sans la tutelle de l’État, et comment la monarchie absolue avait rendu ces âmes désœuvrées disponibles pour les rêveries abstraites. Les spéculations sur la refondation rationnelle de la société, voire sur la régénération de l’Homme, s’étaient d’autant plus donné libre cours que tout ceci se déployait hors de toute possibilité d’expérimentation… du moins jusqu’à ce que les circonstances n’offrent, en 1789, l’opportunité de quelques intéressantes opérations de dissection sociale ! Ajoutez à cela une langue française terriblement appauvrie par le culte du style et de l’expression, et vous obtenez, disait Taine, ces acteurs qui, sur la scène des théâtres, incarnent des stéréotypes et débitent des tirades creuses, préfigurant très exactement la rhétorique révolutionnaire qui transformera des êtres de chair et de sang en stéréotypes politiques ou sociaux que, dès lors, il sera d’autant plus facile d’abattre. L’abstraction a remplacé le réel et les slogans le raisonnement. N’est-ce pas ce qu’on retrouve aujourd’hui dans la logorrhée d’extrême-gauche ?
Certainement la Révolution française aurait fini par inventer le totalitarisme si ne lui avaient fait défaut deux ingrédients essentiels : l’idéologie et, surtout, le parti. Le discours jacobin n’a jamais formé qu’une sorte de proto-idéologie aux contours flous et le réseau des sociétés populaires n’a jamais acquis le caractère centralisé que lui prêtait Augustin Cochin. La preuve, c’est que cela n’a duré que deux ans, et pas soixante comme en URSS. Le XIXᵉ siècle allait se charger de fournir l’idéologie (Marx) et la théorie du parti d’avant-garde (Blanqui). Il existe ainsi un fil qui relie directement 1793 à 1917, à 1949 et même à 1975, mais qui ne passe ni par 1830, ni par 1848.
Toutefois, les idées de régénération et de table rase n’ont cessé depuis cette époque de travailler la gauche française. La mémoire de ce que la Révolution avait eu de plus radical est restée vivante, certes de façon minoritaire, mais nourrie par ce que la démocratie porte en elle d’imperfection. Jaurès n’a pas eu la peau de Blanqui. La déculturation actuelle aidant, c’est même plutôt l’inverse qui est arrivé sous nos yeux. À cet égard, Le Passé d’une illusion est le pendant, au XXᵉ siècle, des Origines de la France contemporaine au XIXᵉ : Furet continue, Taine, lorsqu’il montre comment la démocratie, moins régime que processus, porte en elle et nourrit l’aspiration à la dépasser. La démocratie est le seul régime qui soit, par nature, révolutionnaire.
3/ En quoi l’histoire nous permet-elle de mieux comprendre l’indulgence politico-médiatique dont bénéficie l’extrême gauche là où les extrêmes droites sont, elles, bannies de la zone de fréquentabilité républicaine ?
« Le fascisme de droite a disparu des sociétés démocratiques occidentales »
La gauche est du bon côté de l’histoire, du côté du peuple, des grands idéaux que sont l’égalité, la solidarité, la justice sociale, l’humanité. Foutaises évidemment, mais dont les racines chrétiennes assurent le rayonnement. De la Terreur aux Brigades rouges, les pires des révolutionnaires ont toujours été des rejetons de l’Église. L’idéologie révolutionnaire est une version immanente du christianisme. Comment être contre ces valeurs universelles ? La gauche est par ailleurs portée par cette conviction que l’expérience n’a pas valeur de preuve contre l’excellence des principes. Le communisme a tué des centaines de millions de gens ? Certes, mais en quoi cela prouve-t-il que le principe est intrinsèquement mauvais ? C’est simplement que l’exécution a été défaillante, les circonstances défavorables, le médecin pas très compétent ou le patient pas encore prêt. Mme de Staël se refusait à évoquer le temps de la Terreur ; c’est qu’elle voulait continuer de croire aux principes qui en avaient été la cause. Autre raison : l’Occident, qui décide des réputations, n’a pas fait l’expérience du communisme. Ni en Italie ni en France les communistes n’ont accédé au pouvoir. Souvenons-nous de la stupéfaction – et de l’incrédulité – quand Soljenitsyne a publié L’Archipel du goulag, alors que tout était connu depuis Gide, Souvarine et Orwell sur ce qui se passait dans la Russie bolchevique. Rappelons-nous les injures dont fut abreuvé Simon Leys lorsqu’il publia Les Habits neufs du président Mao. La gauche occidentale n’était pas aveugle, mais elle pratiquait la cécité volontaire, exactement comme le faisait Mme de Staël. Et le contexte de la guerre froide a fait qu’il n’y a jamais eu de Nuremberg du communisme. Le nazisme a été jugé, pas le communisme. Nous avons en conséquence une conception hémiplégique du mal, il y manque une moitié de ce couple véritablement infernal, démoniaque même, que formèrent nazisme et communisme.
La gauche tire de cette situation une sorte d’immunité. Elle peut tuer, opprimer, s’acoquiner avec l’occupant allemand en 1940, se ruer à Vichy, pratiquer la haute trahison, exprimer sans complexe son antisémitisme – dont elle est d’ailleurs l’inventeur –, ce n’est pas grave. Je ne veux pas dire que la droite serait, elle, innocente. Il y eut parmi les rédacteurs de Je suis partout autant de gens de droite que de gens de gauche. Mais la droite subit l’opprobre d’un fascisme – ironie de l’histoire – né à gauche.
Quant à l’indulgence médiatique… Vous savez ce que Max Weber disait de la canaille journalistique… Le conformisme y est, sauf exceptions, comme une seconde nature : bêler avec les moutons, hurler avec les loups.
4/ Quelles différences entre l’extrême-gauche actuelle dans la diversité de ses nuances et celle des années 1960 et 1970 ?
Voici une question bien cruelle. Regarder aujourd’hui à la télévision une séance de l’Assemblée nationale et voir les députés de LFI s’exprimer, c’est parfois comme assister à la rupture d’une conduite d’égout. Ce n’est pas un spectacle que je conseille aux âmes délicates. C’est peut-être l’effet de l’âge, mais il me semble qu’il y a d’abord entre ces deux générations révolutionnaires une différence de QI. Certes, les gauchistes de ces années-là défendaient déjà des causes stupides, ils encensaient Castro, ils étaient contre Nixon, ils criaient « Plutôt rouges que morts ! », ils croyaient à l’autogestion, ils alertaient contre le refroidissement planétaire et ils scandaient « CRS SS ! », mais il me semble que le niveau était supérieur. Ils lisaient, reproduisant les querelles byzantines du monde communiste, ils avaient hérité d’un goût pour la culture – essentielle au peuple à émanciper – hérité du PCF et qui a totalement disparu aujourd’hui. Et puis il y avait quelques OVNIS, comme Guy Debord, qui rehaussaient le niveau de l’ensemble : L’extrême gauche a-t-elle aujourd’hui son Guy Debord ?
Plus sérieusement, l’extrême gauche de ces années-là croyait à la Révolution. Elle était portée par une philosophie de l’histoire qui postulait le dépassement inéluctable de la société bourgeoise et capitaliste, dépassement auquel ses militants croyaient travailler (même s’il est paradoxal de devoir travailler pour qu’advienne quelque chose que l’on considère inéluctable). Cette croyance était portée par la vitalité du mouvement ouvrier, des syndicats et du Parti que les gauchistes haïssaient mais sans lequel ils n’étaient rien. Ils étaient comme ces minuscules poissons qui accompagnent les grands cétacés et se nourrissent de leurs déchets. Quand le mouvement social s’est éteint, vers le début des années 70, les jusqu’au-boutistes ont basculé dans le terrorisme. C’est ce qui arrivera à coup sûr lorsque les aliments actuels de ce revival gauchiste – les délires woke, la Palestine, Trump – ne seront plus des enjeux d’actualité.
La différence la plus importante, c’est que l’extrême-gauche n’est plus portée par aucune philosophie de l’histoire, ni par la moindre idée d’un au-delà de l’histoire. Elle n’est plus la « maladie infantile » d’un communisme disparu, mais le symptôme d’une époque sans horizon, dominée par des figures de la fatalité : la mondialisation financière et économique, l’apocalypse climatique, l’enfermement religieux, sans parler de théories loufoques que les Américains, à qui nous avions fait cadeau de quelques sous-penseurs, de Foucault à Derrida, ont généreusement réexpédiées à l’envoyeur. Dès lors, si l’extrême-gauche des années 60 était, en dépit de ses défauts et de ses ridicules, l’un des visages d’une société qui tournait d’autant plus volontiers le dos à son passé qu’elle croyait en l’avenir, l’extrême-gauche des années 2020 est une figure du nihilisme contemporain, d’une société qui, ne se croyant aucun avenir, ne voit plus dans son passé que le reflet désespérant d’un présent qu’elle hait.
5/ Quel regard porte l’historien que vous êtes sur la décision du ministère de l’Intérieur de classer LFI à l’extrême-gauche ?
Je ne pense pas qu’il appartienne à un gouvernement, quel qu’il soit, d’estampiller les formations politiques et de jeter une sorte de discrédit officiel sur celles qu’il classe aux extrêmes, puisque c’est sous-entendre que LFI d’un côté, le RN de l’autre ne sont pas des acteurs parfaitement légitimes de la vie politique. On aura compris que je n’ai pas beaucoup de sympathie pour LFI, mais c’est aux citoyens, aux électeurs de décider de qui participe au jeu politique, et à quelle place, pas au gouvernement.
6/ Le vocable « antifasciste », tel qu’il est utilisé aujourd’hui, constitue-t-il un détournement du sens historique que l’on peut donner au fascisme ?
Si l’on entend par là que s’opposer au fascisme, c’était risquer gros, oui. Le fascisme de droite a disparu des sociétés occidentales. Il était nourri, depuis le début et à des degrés divers, selon les endroits, par l’anticommunisme, par l’antiparlementarisme, l’antisémitisme, une conception virile des relations sociales, le culte du chef et de la violence, etc. En France, l’extrême droite, plutôt que le fascisme d’ailleurs, a prospéré à partir de causes particulières : les querelles héritées de l’Occupation, la décolonisation et, surtout, la personnalité du général de Gaulle. Le Front national a vu s’éteindre les dernières braises de ce temps-là. C’est donc contre un fantôme que s’agitent les nervis de l’extrême gauche, et plus généralement la gauche dont l’antifascisme est une sorte de village Potemkine cachant aux yeux des imbéciles – qui, comme chacun sait, sont légion – le néant qui est devenu sa véritable identité.
Cela dit, il existe, et il existera toujours, des jeunes gens fascinés par la force et qui croient trouver dans de prétendues « valeurs » de droite ce que d’autres jeunes gens fascinés par la violence croient trouver dans de prétendues « valeurs » de gauche. Mais si tout ceci crée une vraie menace de gauche, tant la violence fait partie intrinsèque de sa culture, d’autant qu’elle masque le néant de la pensée, cela ne veut pas dire qu’il existe une menace fasciste symétrique. Rien ne peut atténuer l’horreur de l’assassinat de sang-froid par des brutes ignares de Quentin Deranque. Mais je ne peux ignorer que ses amis n’ont pas rendu service à sa mémoire en déployant cette banderole noire et ces flambeaux qui rappellent d’autres cérémonies. C’était puéril et inutilement provocateur, mais sans aucun doute bien utile pour aider le parti des assassins à crier au fascisme.
Le débat politique français est en partie dominé par l’irréalité. On a souvent le sentiment de vivre au pays de 1984, là où règne l’inversion du sens des mots et des idées, véritable condition du totalitarisme ; ou bien, plus prosaïquement, au royaume du père Ubu. Mais je garde foi en l’avenir, car je suis absolument convaincu que les réalités, les vraies, pas la révolution ou le fascisme, mais les réalités d’une économie détruite par quinze années de gouvernements socialistes et d’un endettement délirant, vont très bientôt entraîner un atterrissage brutal : la revanche du réel sur les illusions qu’entretient notre répugnant théâtre politique.
Arnaud Benedetti
Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.
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