Co-commissaire scientifique de l’exposition-événement « Momies » au musée de l’Homme, le directeur de recherche émérite au CNRS et spécialiste des pratiques funéraires, Pascal Sellier nous partage ce que les momies disent de la société et de nous.
NRP : En quoi les corps des défunts momifiés constituent-ils des archives biologiques ?
Pascal Sellier : Ce sont des archives biologiques (maladies, ADN, etc.) mais aussi culturelles. Elles donnent des indications sur les pratiques funéraires mais également sur la coiffure ou le tatouage par exemple. C’est spécifique aux momies.
L’appréhension comme archives est parallèle à la prise de conscience archéologique qui met en exergue les témoins du passé qui sont reconstitués dans toutes les dimensions avec notamment les antiquaires à la fin du XVIIIème et à partir de 1850 avec les sociétés savantes qui couvrent à la fois archéologie, biologie et ethnologie.
Le regard porté par les archéologues sur ces défunts momifiés a-t-il évolué ?
Oui, au Moyen-Âge et à la Renaissance, ils étaient alors objets de curiosité. On trouvait ainsi des momies dans les cabinets de curiosité de la Renaissance. D’ailleurs, le peintre Rubens avait, dans son atelier, une momie égyptienne.
Il y a eu, ensuite, l’expédition d’Égypte (1798-1801) et l’égyptomanie puis les sites d’Amérique du Sud (à partir de 1850). Puis, les momies arrivent dans les musées, les expositions et les institutions.
D’objets de spectacle, ils perdent progressivement le statut d’objet exotique pour retrouver le défunt lui-même, notamment à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, où l’on s’intéresse plus à la reconstitution de la vie des populations du passé.
Qu’apprend-on grâce aux prélèvements effectués sur une existence ?
On retrouve bien plus d’informations avec les recherches qu’on peut faire sur les momies qu’avec les squelettes qui sont les restes humains que l’on retrouve le plus fréquemment. On y voit avec la peau, les tatouages ou des signes de maladie. La photographie de la momie de Ramsès V montre des stigmates de variole. On y voit des éléments culturels comme la coiffure, les cheveux étant conservés. Avec le contenu de l’estomac, de l’intestin, on découvre le dernier repas. Sur les cheveux et les tissus mous, les chaines d’ADN sont beaucoup mieux conservées. Les datations au carbone 14 sont plus faciles car la conservation du collagène est bien meilleure.
De quelle manière la momification, démarche intentionnelle, peut aussi résulter de phénomènes naturels ?
Pour l’exposition « Momies », nous avons choisi un axe lié aux pratiques funéraires et à la momification intentionnelle. Il existe des momifications techniquement naturelles, à l’image des corps momifiés dans le désert du Taklmakann dans le Sichuan, mais qui sont favorisées, voulues par les survivants.
Pourquoi les momies sont-elles un objet de fascination ?
Elles renvoient à notre fascination de la mort et à notre propre mort. Nous sommes d’ailleurs dans une période où nous avons perdu la proximité avec la mort, ne faisant plus, par exemple, de veillées funéraires. Les momies sont troublantes car elles effacent la frontière entre vivants et morts.
Qu’est-ce que les momies disent des conventions esthétiques d’une société ?
Pour reprendre l’expression « finir en beauté » de Sophie Calle, je dirais, qu’il s’agit de mourir en beauté avec des vêtements, une coiffure, un maquillage ou encore un masque. La part esthétique, sans être toujours destinée à être vue, est très importante et très travaillée.
Exposition jusqu’au 25 mai 2026 au musée de l’Homme
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