Les urnes ont parlé et la nouvelle équipe élue à la mairie de Paris s’y installe. Si les entrepreneurs saluent l’écoute accordée aux attentes des TPE-PME, ils regrettent une campagne au ras des pâquerettes fuyant les grands enjeux.

L’heure n’est plus aux postures mais à une action pragmatique et rapide !

Les élections municipales ont rendu leur verdict, et nous adressons nos félicitations républicaines à la nouvelle équipe d’Emmanuel GRÉGOIRE élue à la Mairie de Paris. Mais une fois les confettis balayés, que retiendrons-nous de cette campagne électorale ? Soyons francs : le compte n’y est pas. Alors que 136 000 Parisiens ont fui la capitale en dix ans, une réaction politique urgente s’imposait. Pourtant, le débat est trop souvent resté prisonnier des invectives ad hominem et des joutes hors-sol L’esquive démocratique a remplacé la confrontation d’idées.

Comment faire campagne en ignorant le décrochage qui frappe notre économie locale ? Les différents « livres blancs », propositions (CPME Paris, MEDEF Paris, CCI Paris…) publiés depuis décembre 2025, tiraient la sonnette d’alarme sur une économie à deux vitesses. Le constat est sévère : si l’année 2024 avait enregistré un record de 101 000 créations d’entreprises, elle avait également été marquée par un bond de 22 % des défaillances, avec 4 500 cas frappant de plein fouet l’économie de proximité.

Un pacte de confiance arraché aux candidats

Au milieu de ce brouhaha électoral, nous avons refusé de jouer les utilités. Nous avons affirmé nos valeurs entrepreneuriales, tapé du poing sur la table et les TPE-PME ont enfin réussi à imposer leurs priorités économiques au cœur des programmes pour Paris. Nous avons forcé le destin ! Pierre-Yves BOURNAZEL, Rachida DATI, Emmanuel GRÉGOIRE et Sarah KNAFO se sont officiellement engagés. En signant la charte « Adopter le réflexe PME » de la CPME Paris, ces principaux candidats ont tourné la page du dogmatisme idéologique pour prendre le tournant du pragmatisme.

Ces engagements valident notre implication au quotidien et posent la première pierre du nouveau pacte de confiance que nous souhaitons bâtir entre la Ville et ses entrepreneurs. Surtout, l’unité du monde patronal sur les grands enjeux économiques prouve aussi que la mairie de Paris ne peut plus considérer l’entreprise comme une simple variable d’ajustement budgétaire, mais doit s’appuyer sur toutes les entreprises comme un partenaire stratégique. Ce changement de paradigme indispensable est enfin acté.

Cent jours pour prouver que l’économie locale compte vraiment

L’heure n’est désormais plus aux constats, mais à une action pragmatique et rapide. Les TPE-PME représentent la très grande majorité des entreprises de la capitale ; leur santé est la condition sine qua non de la viabilité financière et sociale du modèle parisien. Pour enrayer la crise, nous appelons la nouvelle mairie à prendre des mesures urgentes qui sont des priorités absolues pour les 100 premiers jours.

Il faut d’abord créer immédiatement le « Conseil économique, social et environnemental parisien » (CESEP), prérequis fondamental pour garantir un dialogue permanent entre la Ville et les entrepreneurs. Ensuite, la Ville doit traiter le logement, la mobilité et la petite enfance comme des priorités économiques absolues pour lever les freins au recrutement local. Sans logement abordable, des solutions de transport adaptées ou des modes de garde accessibles, les TPE-PME parisiennes ne parviennent plus à attirer ni à retenir leurs salariés. Par ailleurs, nous recommandons l’application concrète d’une stabilité fiscale locale stricte garantissant qu’aucune hausse ciblée pesant sur les entreprises n’intervienne durant la mandature. Enfin, il faudra impérativement s’appuyer sur l’utilisation de la commande publique de proximité comme levier pour les TPE-PME, doublée d’un respect strict des délais de paiement légaux à 30 jours.

Dans les crises économiques qui s’enchaînent, nous souhaitons bâtir un véritable partenariat de gouvernance avec la nouvelle équipe municipale. Toutefois, qu’on ne s’y trompe pas : nous serons des partenaires constructifs, mais vigilants. Le sursaut municipal attendu doit se traduire par des actes immédiats. N’oublions jamais qu’un territoire qui facilite la vie de ses TPE-PME est un territoire qui crée de l’emploi, s’engage vers une économie locale responsable et améliore concrètement le quotidien de ses habitants. Les entrepreneurs parisiens ont fait leur part du chemin. À l’Hôtel de Ville de faire la sienne !


Bernard Cohen-Hadad

Bernard Cohen-Hadad est entrepreneur et président du Think Tank Étienne Marcel. Membre de la Société d’économie politique, il est aussi président de la commission du développement économique du Conseil économique, social et environnemental régional en Île-de-France. Il est également membre de la Chambre de commerce et d’industrie de la Région de Paris-Île-de-France. Auteur de L'Avenir appartient aux PME paru chez Dunod, Bernard Cohen-Hadad est l’auteur de nombreuses tribunes publiées dans les médias. Il a été membre de l’Observatoire de l’épargne réglementée, de l’Observatoire du financement des entreprises, de l’Observatoire des PME et ETI par le marché et du Comité consultatif du secteur financier (CCSF). Il participe actuellement à l’Euro Retail Payment Board (ERPB) auprès de la Banque centrale européenne, au Comité national des moyens de paiements (CNMP) et au Comité pour l’éducation financière (EDUCFI). Il est membre du Conseil scientifique de l’École supérieure des métiers du droit.

Publications de cet auteur

Privacy Preference Center