Du second tour des municipales, il ne faudra pas tirer des enseignements trop hâtifs dans la perspective de 2027. Marquées par l’une des plus fortes abstentions sous la Ve République, les deux tours confondus, ces élections auront d’abord confirmé un certain nombre de tendances qui travaillent la scène nationale et, pour certaines d’entre elles, s’importent désormais localement.
Première de ces tendances, la persistance des sociologies qui déterminent les orientations électorales avec des blocs métropolitains favorables à la gauche, et des territoires périurbains, de petites et de villes moyennes, qui permettent au RN de progresser efficacement dans son implantation municipale et à LR ainsi qu’aux divers candidats de droite et du centre de résister localement.
L’autre question que posait ce second tour était celle des alliances et de leur acceptabilité, là où notamment PS et Verts avaient décidé de s’unir avec LFI. À quelques rares exceptions (Nantes, Lyon, …), cette stratégie a été largement mise en échec, l’union de toutes les gauches se trouvant confrontée pour la première fois depuis un demi-siècle à une limite politique. En ce sens, les municipales rouvrent avec encore plus d’acuité le débat des « gauches inconciliables » qui ne cesse depuis plusieurs années de traverser ce côté-ci de l’échiquier partisan. Tout laisse à penser que, loin d’être clos, le problème, à l’aune des résultats du second tour, va s’intensifier, ce d’autant plus que LFI n’a perdu en rien à l’occasion de ce scrutin de son efficience électorale et de sa virulence militante. À droite, l’enjeu des alliances demeure également : LR, fort de sa résilience locale, a pu s’économiser une énième crise interne, contrairement à celle qui avait failli l’emporter définitivement lors des législatives de 2024. Pour autant, les interrogations persistent car, aux confins du bloc central en raison du positionnement de ses principaux cadres et pressée toujours plus par un électorat favorable au rapprochement avec le Rassemblement national, la direction de LR pourra-t-elle longtemps maintenir une ligne d’indépendance à mesure que l’on se rapproche de l’échéance présidentielle dont on sait qu’elle commande tout le reste de notre vie institutionnelle ? Loin d’être tranché, le nœud gordien de la clarification, à ce stade impossible, demeurera d’autant plus que la dynamique territoriale du RN s’est renforcée lors de cette élection et que, très souvent, la formation dirigée par Bruno Retailleau a pu tant maintenir que conquérir des positions sur le terrain qu’au prix d’arrangements avec les formations du bloc central.
Le troisième enseignement d’une élection dont il ne faut sans doute pas surinterpréter l’issue contrastée concerne le camp macroniste. Si ce dernier parvient à tirer rarement, sur son nom propre, son épingle du jeu (Bordeaux, Annecy), il ne peut exister modestement qu’en s’incrémentant avec d’autres forces, alliés historiques (Horizon, Modem) ou de circonstance (LR), signifiant que le parti présidentiel n’aura jamais, en dix ans, réussi à s’enraciner territorialement, ce au moment même où LFI d’un côté, RN de l’autre, marques nationales l’une et l’autre, enclenchent un mouvement dans ce sens. Tout l’enjeu pour la galaxie macroniste est de gérer la suite désormais. Encore faut-il être en mesure de déterminer où commence et où s’arrête le bloc central et comment l’on s’en différencie sans susciter le sentiment d’un reniement d’opportunité. De ce point de vue, il ne fallait pas attendre des élections municipales qu’elles apportent un début d’éclaircissement dans un champ de concurrence où le trop-plein de candidats contraste avec le niveau des intentions de vote de chacun d’entre eux à un an d’une échéance mère dont on mesure qu’elle n’a jamais été aussi délicate et périlleuse pour les représentants de toutes les forces qui ont gouverné le pays depuis quatre décennies…
Arnaud Benedetti
Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.
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