Au Pradet, le second tour des municipales dépasse désormais le simple cadre communal. Dans cette ville de l’est toulonnais, le maire sortant Hervé Stassinos est arrivé en tête du premier tour avec 37,95 % des suffrages, devant Valérie Rialland à 33,18 %, Bernard Pezery à 16,07 % et Laurent Bailloux à 12,80 %. Avec un écart limité à moins de cinq points entre les deux premiers, la commune s’est invitée parmi les scrutins les plus regardés du département. 
Si cette bataille est particulièrement observée, c’est parce qu’elle s’inscrit dans un moment politique plus large. Dans le Var, les législatives de 2024 ont confirmé l’enracinement du Rassemblement national, avec sept députés RN sur huit dans le département, selon les résultats publiés par la préfecture et rappelés par RCF. Cette domination parlementaire prolonge déjà la vague de 2022. 
Le premier tour des municipales de 2026 a donné une traduction locale à cette recomposition. À Toulon, la députée RN Laure Lavalette est arrivée largement en tête avec 42,05 %, devant la maire sortante Josée Massi à 29,54 %. À La Garde, juste en face du Pradet, la maire sortante Hélène Arnaud Bill mène avec 37,67 %, mais le candidat RN Nicolas Salsou suit de près à 31,67 %, dans une triangulaire très serrée. À Hyères, le paysage est plus éclaté : Véronique Bernardini arrive en tête avec 26,94 %, devant Jean-Pierre Giran à 21,31 %, tandis que le candidat RN Jean-Michel Eynard-Tomatis recueille 19,49 %. Autrement dit, la poussée de la droite dure ou souverainiste est nette dans le Var, même si elle ne prend pas partout la même forme. 
Le Pradet se retrouve ainsi au cœur d’un moment départemental où les anciennes frontières entre droite classique, droite ciottiste, droite souverainiste et RN se brouillent. L’épisode niçois lui donne même une portée supplémentaire : à Nice, Éric Ciotti a pris l’avantage sur Christian Estrosi au premier tour, avec douze points d’avance selon Le Monde, infligeant au maire sortant un revers hautement symbolique. C’est dans cette séquence qu’il faut replacer le soutien affiché par Éric Ciotti à Valérie Rialland, qui disposait déjà de l’investiture LR et du soutien de Nouvelle Énergie, la formation liée à David Lisnard, avant son ralliement à l’UDR. 
Dans ce paysage, le cas pradétan est d’autant plus scruté qu’il oppose deux lectures différentes de la droite locale. D’un côté, Hervé Stassinos, officiellement classé divers droite, conserve l’avantage du sortant. De l’autre, Valérie Rialland peut faire valoir une ligne plus nettement identifiée à droite dans une commune où cette sensibilité est structurellement majoritaire. Les résultats nationaux récents au Pradet vont dans ce sens : à la présidentielle de 2022, Emmanuel Macron et Marine Le Pen étaient quasiment à égalité dans la commune, 50,49 % contre 49,51 % ; aux départementales de 2021, le binôme Jean-Louis Masson – Valérie Rialland y avait obtenu 65,64 % au second tour. 
C’est aussi ce qui nourrit la critique adressée au maire sortant sur son positionnement. Hervé Stassinos avait soutenu Emmanuel Macron en 2022, ce que ses adversaires n’ont pas oublié. Dans une commune et un département où le centre de gravité électoral s’est déplacé vers une droite beaucoup plus ferme, ce choix est devenu un angle d’attaque récurrent. Officiellement DVD, le maire sortant est décrit par ses opposants comme un élu au positionnement plus compatible avec le centre présidentiel qu’avec une droite assumée. Cette critique n’explique pas tout, mais elle pèse dans la lecture politique du second tour. 
Au-delà de cette ligne de fracture idéologique, l’autre donnée majeure est la fatigue du pouvoir local. Hervé Stassinos achève en effet deux mandats à la tête de la commune. Or, dans beaucoup de municipalités, ce cap crée mécaniquement une forme d’usure : promesses jugées inabouties, arbitrages contestés, reproches sur le style de gouvernance, sentiment de cycle achevé. Au Pradet, cette impression d’essoufflement nourrit aujourd’hui une partie de la demande d’alternance. C’est l’un des sous-textes les plus présents de l’entre-deux-tours, même lorsqu’il n’est pas formulé frontalement. Les résultats eux-mêmes traduisent cet affaiblissement relatif : le sortant est devant, mais il ne parvient pas à décrocher l’élection dès le premier tour et se retrouve contesté à un niveau jamais atteint jusqu’ici. 
C’est là un point central. Valérie Rialland réalise le meilleur score d’opposition à ce stade d’une municipale au Pradet depuis au moins 2014. Cette comparaison historique change beaucoup de choses. En 2014, Hervé Stassinos était parti de 29,78 % avant d’être élu au second tour avec 47,94 %. En 2020, il avait commencé à 33,95 % avant de l’emporter avec 48,53 %. Cette fois, il part plus haut, mais son opposante principale part bien plus haut elle aussi. Autrement dit, le sortant semble avoir consolidé son socle, mais il se heurte à une contestation électorale plus structurée qu’aux deux scrutins précédents. 
À cela s’ajoute un climat local alourdi par plusieurs dossiers sensibles. Le plus anciennement connu est celui d’un élu du Pradet mis en cause dans une affaire de trafic de cocaïne, évoqué dès 2022 par plusieurs médias nationaux. Les articles disponibles décrivent un élu entendu dans le cadre d’une enquête sur un trafic de stupéfiants ; ils ne permettent pas de transformer cette affaire en accusation globale contre l’ensemble de la municipalité, mais ils ont durablement nourri l’idée d’un environnement politique local abîmé. 
Plus récemment, deux affaires successorales ont replacé la commune sous les projecteurs. La plus médiatisée concerne le legs de 9 millions d’euros de Robert Debeausse à la commune du Pradet. Ce testament est aujourd’hui contesté en justice par le fils du défunt, qui demande son annulation et invoque un possible abus de faiblesse, estimant que son père ne disposait plus de toutes ses facultés au moment de signer. Plusieurs titres nationaux ont relayé l’affaire ces dernières semaines. À ce stade, il s’agit bien d’une contestation judiciaire en cours, non d’un fait judiciairement établi contre la commune ou le maire. 
Ce dossier a d’autant plus de retentissement qu’il réactive une autre succession évoquée dans la presse, concernant les mêmes gardiens et la même notaire selon les allégations rapportées par les proches du défunt. Le Figaro Immobilier rapporte ainsi que ces gardiens étaient déjà devenus légataires universels d’une précédente employeuse âgée, pour 310 000 euros, en passant par la même notaire. Là encore, la prudence s’impose : ce que l’on peut écrire sans excès, c’est que ces rapprochements ont alimenté, dans la presse et chez certains héritiers, des interrogations sur les circuits de décision, le contexte de vulnérabilité des personnes âgées concernées, et la place occupée par la commune dans ces dossiers. 
C’est précisément sur ce terrain que la formulation doit rester rigoureuse. Juridiquement, il serait imprudent d’affirmer que le rôle du maire est “suspect” ou constitutif d’une faute pénale. En revanche, on peut écrire que son rôle est contesté, politiquement fragilisé, ou placé sous un jour équivoque par des procédures et accusations extérieures dont la justice devra apprécier la portée. C’est cette accumulation de controverses, plus encore que chacune d’elles prise isolément, qui pèse désormais sur l’image du sortant.
Dans ce contexte, Valérie Rialland tente de transformer le second tour en choix clair entre continuité usée et alternance crédible. Son argument est simple : après deux mandats, une série de promesses jugées non tenues par ses opposants, et une succession de dossiers polémiques, le Pradet aurait besoin d’un nouveau cycle. Elle cherche ainsi à agréger deux électorats distincts : un bloc de droite qui considère Stassinos trop flou politiquement, et une partie des électeurs non alignés qui, sans partager l’ensemble de sa ligne, souhaitent clore un cycle municipal devenu trop chargé en controverses. Les reports de voix de Bernard Pezery et Laurent Bailloux seront, de ce point de vue, décisifs. 
La mécanique électorale, elle, reste ouverte. Si la dispersion se prolonge, Hervé Stassinos peut encore tirer profit de son statut de sortant, comme en 2014 et en 2020. Si, au contraire, une logique de vote utile s’impose autour de Valérie Rialland, le second tour peut devenir beaucoup plus incertain. C’est ce qui rend le scrutin du Pradet aussi observé dans le Var : au-delà du résultat local, il dira si la poussée des droites les plus affirmées se contente de redessiner le paysage ou si elle est déjà capable de renverser, à l’échelon municipal, des exécutifs installés depuis longtemps. 
En somme, le Pradet concentre presque toutes les lignes de fracture du moment : l’usure d’un maire après deux mandats, les ambiguïtés d’une droite locale traversée par la question macroniste, la poussée d’une droite plus dure dans le Var, et l’effet corrosif d’affaires judiciaires ou parajudiciaires qui troublent la fin de règne. L’alternance n’y est pas acquise. Mais elle y apparaît, plus qu’aux scrutins précédents, comme une hypothèse politique sérieuse.
Emma Ray
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