Arrivé au pouvoir à la faveur d’un vaste mouvement populaire, le Président de la Refondation de la République de Madagascar inscrit sa politique de rupture dans une perspective historique. Sa boussole : l’action. Sa force : une incontestable intelligence des situations.
Ils semblent déjà bien loin ces jours fatidiques d’octobre 2025, ce moment de bascule, où le colonel Michaël alors à la tête du CAPSAT, décide de rejoindre le mouvement populaire porté par la GenZ. Pas question de tirer sur la foule, pas question de réprimer une jeunesse dont il partage largement les aspirations. Comme elle, il veut changer la vie, faire bouger les lignes. Son choix le propulse du bon côté de l’histoire. Il gagne ses galons d’homme d’État. L’armée fraternise avec les manifestants. Le CAPSAT évite un bain de sang. Le régime s’effondre et le colonel Michaël est rapidement investi à la tête du pays par la Haute Cour Constitutionnelle.
Désormais Président de la Refondation de la République de Madagascar, il fait une promesse : il est devenu président au grade de colonel, il quittera la fonction encore et toujours colonel. Un serment qui lui ressemble. Ses principes forgent le capital confiance sur lequel il assied son pouvoir. Lorsque l’on interroge les Malgaches, qu’ils soient étudiants, entrepreneurs ou bien acteurs politiques, un même mot revient : celui d’intégrité. Dans un pays malade de la corruption, le nouvel homme fort est reconnu pour sa probité. Ce luthérien pratiquant applique les valeurs morales prônées par son Église dans sa vie personnelle, mais aussi dans la sphère publique. Il assume une tolérance zéro envers les anciens dignitaires coupables de détournements de fonds.
Et qu’on ne vienne pas prétendre que les poursuites judiciaires en cours s’apparentent à des règlements de comptes politiques. Le colonel Michaël n’a pas l’âme d’un putschiste. Il pourrait paraphraser le général de Gaulle de 1958 : « croyez-vous qu’à 51 ans, je vais commencer une carrière de dictateur ? » L’homme n’a pas l’obsession de durer mais celle d’agir. Son profil fait écho aux revendications profondes de changement de gouvernance portées par le mouvement de l’automne dernier. Le combat de la GenZ était social, mais également politique.
Trois mois et des poussières après le 14 octobre, la GenZ reste patiente et confiante. L’un de ses animateurs très présent sur les réseaux sociaux, évoque ainsi « une lune de miel » entre le pays et le président, « une attente positive ». Les mots sont presque identiques lorsque l’on interroge Benjamin Vaovao, acteur historique de la vie publique malgache depuis les années Radsiraka. L’ancien parlementaire loue « l’exemplarité » du chef de l’État ». Il attend désormais de lui des actes et une communication toujours plus offensive. Des actes, c’est aussi ce que demandent les professionnels du secteur du tourisme, secteur clé de développement, pour bâtir « un environnement sain, attractif et incitatif, fondé sur des règles claires ».
Pour conforter son capital confiance, le président mise sur le contact direct et des résultats rapides
Le président sait devoir agir vite. Les bailleurs de fonds de Madagascar et ses partenaires internationaux réclament une trajectoire précise et le respect d’un calendrier de retour à l’ordre institutionnel. Mais cela n’empêche pas une certaine bienveillance. La SADC n’a pas suspendu Madagascar des organes régionaux. Elle conduit actuellement une mission sur l’île rouge. Le colonel Michaël a pris l’engagement de tenir strictement les délais impartis à sa présidence. Il l’assure : « 24 mois seront suffisants pour les concertations, le référendum et les élections ». Du côté de l’Union africaine, les sanctions financières sont levées ; le Conseil de Paix et de Sécurité ne parle plus de « coup d’état militaire » mais évoque sobrement « les autorités malgaches ».
Agir vite est aussi un impératif sur le plan intérieur… Il lui faut éviter l’enlisement, les embûches, les chausse-trappes d’une vieille classe politique qui n’a pas dit son dernier mot. Il doit ne pas décevoir une jeunesse bienveillante mais exigeante. Le paradoxe est là : changer la vie, c’est imprimer sa marque dans la durée, mais avec la contrainte de délais resserrés. Au fil de ses interventions, Michaël Randrianirina dévoile un projet dont on décèle la dimension historique. La refondation sera politique, avec de nouvelles institutions entérinées par référendum à l’issue d’un réel processus de concertation mené au niveau provincial ; elle sera équilibrée, à travers une décentralisation présentée comme le socle d’un approfondissement de l’unité nationale ; elle constituera un facteur de développement, par une souveraineté économique ouverte qui permette de sortir de l’économie de subsistance, fondée sur la création de valeur et sur des partenariats renouvelés.
Sur le plan social, les premiers résultats sont déjà là, avec la fin des délestages électriques, au prix d’une consommation de 15.000 litres de carburant par jour. L’État assume un surcoût que la Jirama n’est pas en mesure de financer. Mais l’action ne se résume pas à la satisfaction des besoins vitaux. A l’université de Barikadimy, le colonel Michaël écoute les doléances des étudiants et apporte des solutions immédiates. Le président est à l’aise, de plein pied avec ses interlocuteurs et surtout très concret : bourses, sonorisation des salles de cours, accès à internet, les actes suivront le constat. Il aime à rappeler qu’il n’est pas besoin de consultations avec de grands discours. Il décline le mode d’emploi : « des engagements tangibles, un calendrier clair, des mesures claires et des institutions de suivi ».
La rupture, c’est aussi la pédagogie érigée en méthode de gouvernement
Expliquer pour convaincre. L’exercice passe par des mots, mais aussi des symboles. Ce lundi 19 janvier, lorsqu’il ouvre officiellement les Assises pour la Relance Économique, le président Michaël Randrianirina affiche une conviction : « Madagascar n’est pas un pays pauvre. C’est un pays que l’on a appauvri » ; volontiers souriant, il adopte le registre de l’humour pour répondre en français à Roland Kobia, l’ambassadeur de l’Union Européenne, avant de poursuivre son intervention en malgache. Le malgache, sa langue, celle de son peuple est devenue son unique vecteur d’expression publique, en toute circonstance, interview à la chaine de télévision française France24, intervention lors de l’Abu Dhabi Sustainability Week. La langue, facteur d’affirmation tranquille d’une souveraineté assumée !
Ce jour-là, le courant passe et les applaudissements de la salle sont nourris. Tout comme en fin de semaine, lors d’une visite de terrain à Toamasina. Les étudiants partagent même avec lui quelques joyeux éclats de rire. La marque d’une évidente complicité, fondée sur cette relation directe et une forme d’humilité.
Michaël Randrianirina va à la rencontre du peuple. Il multipliera les moments d’échanges. Enfant de l’Androy, il doit conquérir le cœur des Merina Hova. Mais le terrain dépasse ce cadre, pour un homme qui n’est pas encore connu sur l’ensemble du territoire malgache. Non sans habileté, le président de la Refondation se garde de dévoiler ses intentions personnelles lorsqu’il s’agira de passer à la phase de l’élection présidentielle. Les connait-il déjà ? Souhaitera-t-il confirmer dans les urnes une légitimité acquise dans la rue ? Cette hypothèse implique une meilleure notoriété, assise sur l’affirmation de sa personnalité, la sincérité de sa démarche, mais aussi sur un projet partagé et consensuel.
Son souci de proximité se nourrit aussi d’une exigence de redevabilité. L’image de douaniers inspectant sa valise a marqué les esprits. Davantage qu’un acte de communication, un exercice pédagogique, le rappel paisible que nul n’est au-dessus des lois. Lors du lancement de l’enrôlement biométrique, on le voit se prêter à l’exercice, tout sourire aux côtés des principaux dirigeants malgaches.
A tous, en toute circonstance, il s’applique à dire la vérité. Ce souci de transparence se décline désormais au retour de chaque déplacement international. Son premier déplacement à Dubaï, un peu en catimini, avait été mal compris, mal expliqué, objet de railleries sur les réseaux sociaux. Il tire immédiatement les conséquences de cette défaillance de communication. Désormais chaque voyage est l’occasion d’un compte-rendu sur le sens de sa visite et les acquis espérés pour Madagascar.
Relations internationales et diplomatie d’équidistance
En matière internationale, la transparence est également de mise. Les premiers actes posés sur le plan diplomatique témoignent d’une main tendue à tous ceux qui peuvent accompagner Madagascar dans son processus de refondation. Le président est conscient que la Grande Ile ne saurait se priver de personne. Devant les assises pour la relance économique, il prend le temps de détailler sa stratégie : « Madagascar travaillera avec les pays du golfe, renforcera ses liens avec l’Afrique du Sud, souhaite une collaboration avec les BRICS et participera au sommet prévu en Inde l’été prochain. Madagascar a la volonté de renforcer sa collaboration avec ses partenaires traditionnels, dont l’Union européenne et avec tous ceux qui sont soucieux d’une collaboration dans l’intérêt du peuple malgache ».
Ce qui est valable dans le domaine économique l’est aussi sur le plan militaire. Le colonel Randrianirina ne reconnait aucune exclusivité à aucun partenaire. Le pays accueille des instructeurs russes, une formation sur la manipulation de drones avec le 2ème RPIMA de la Réunion, discute avec l’administration Trump, envisage la construction d’une usine d’armement avec les Chinois. La ligne est toujours la même, déclinée ici dans le domaine de la sécurité nationale : « ce qui nous importe, ce sont les intérêts de l’armée ».
Très tranquillement, sans emphase, sans agressivité, il redessine à grands traits cette diplomatie d’équidistance, fondée sur une stratégie d’alliances multiples en fonction des intérêts de son pays. Si certains y voient une forme d’ambiguïté, on peut à l’inverse dire qu’il dessine un chemin de souveraineté, pas une rupture, ni une fermeture, mais une main tendue. Là encore, il imprime sa marque, singulière, et ouvre résolument une nouvelle page de l’histoire de Madagascar.
Geneviève Goëtzinger
Geneviève Goëtzinger est journaliste et dirigeante d’entreprise dans les médias et le conseil en stratégie de communication.
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