Alors que l’exécutif tente de désamorcer la bombe du logement, Bernard COHEN-HADAD plaide pour un choc de pragmatisme : priorité aux salariés essentiels et vente de HLM pour sauver l’emploi dans les PME.
Nos villes sont devenues inhospitalières. C’est une petite musique que nous, entrepreneurs de proximité, entendons quotidiennement, et qui se transforme aujourd’hui en signal d’alarme assourdissant. « Je ne peux pas accepter ce poste, c’est trop loin« , « Je ne trouve pas de logement« , « Les loyers sont inabordables« . La crise du logement n’est plus seulement une urgence sociale : elle est devenue un frein économique majeur, une véritable barrière à l’emploi et à la croissance de nos PME.
Il est temps de rompre avec les dogmes. Je plaide pour un choc de pragmatisme. Le logement ne doit plus être géré comme une rente ou un totem idéologique, mais comme un actif stratégique au service de la mixité réelle et de l’activité économique.
Pour une priorité aux travailleurs essentiels
La ville du quart d’heure ne peut pas être un slogan réservé aux bobos ou cadres supérieurs. Pour que nos villes vivent, nous avons besoin de ceux qui les font tourner : infirmières, policiers, éboueurs, mais aussi boulangers, vendeuses, serveurs, techniciens de maintenance. Ces « travailleurs clés », souvent employés par nos PME, sont aujourd’hui expulsés des métropoles.
Je propose une révision courageuse des critères d’attribution des logements sociaux. Il faut réintroduire le lien emploi-logement au cœur du dispositif. Une part significative du parc social et intermédiaire doit être fléchée prioritairement vers les salariés des entreprises locales et les travailleurs essentiels. Il s’agit de réduire la pendularité subie, source de fatigue et de baisse de productivité, et de permettre aux entreprises de recruter localement. La mixité sociale, c’est d’abord permettre à ceux qui travaillent en ville d’y habiter et la repeupler.
Vendre pour mieux rénover : briser le tabou
Le parc social français est un trésor, mais un trésor qui se dégrade faute de moyens. Il est devenu un ghetto social ! Plutôt que de laisser les bailleurs sociaux s’endetter ou augmenter les charges, osons la vente d’une fraction du patrimoine. Je défends la cession de 1 % à 3 % du parc social existant chaque année à ses occupants. Cette mesure a une double vertu : elle permet l’accession à la propriété pour les classes moyennes modestes, favorisant ainsi un parcours résidentiel bloqué, elle génère des liquidités immédiates et elle dynamise le secteur des travaux dans le bâtiment. Cet argent doit être intégralement réinvesti dans la rénovation thermique du parc restant, la sécurisation des parties communes et la construction de nouveaux logements. C’est un cercle vertueux : on crée des propriétaires, on améliore le confort des locataires et on soutient toute la filière du BTP.
Cette logique doit s’étendre aux pieds d’immeubles. Les bailleurs sociaux possèdent des milliers de locaux commerciaux. Vendons-les à leurs occupants, commerçants, artisans et indépendants ! Permettre à une TPE d’être propriétaire de ses murs, c’est pérenniser son activité, sécuriser nos rues, désendetter les bailleurs et assurer un complément de revenu demain aux commerçants retraités.
Libérer l’investissement locatif et réguler le tourisme
Sur le parc privé, l’encadrement strict des loyers à Paris et ailleurs a montré ses limites : il a surtout conduit au retrait de nombreux biens du marché. Si la protection des locataires est nécessaire, nous devons redonner confiance aux petits propriétaires-bailleurs. Une déréglementation progressive, ou du moins un assouplissement pour les logements rénovés énergétiquement, est indispensable pour relancer l’offre locative longue durée.
À l’inverse, nous devons être intraitables sur la location touristique type Airbnb. La « touristification » débridée siphonne le parc résidentiel. Si l’économie touristique est vitale, elle ne doit pas se faire au détriment de l’économie résidentielle. Je plaide pour un alignement fiscal total des meublés touristiques sur l’hôtellerie et une limitation drastique du nombre de nuitées autorisées dans les zones tendues. Un logement transformé en hôtel clandestin, c’est une famille qui part, un salarié qui ne vient pas et un consommateur qui déserte le centre-ville.
L’avenir appartient aux PME, écrivais-je récemment. Mais sans logement pour leurs salariés, il n’y a pas d’avenir pour nos entreprises au cœur des cités. Ayons le courage de ces réformes.
Bernard Cohen-Hadad
Bernard Cohen-Hadad est entrepreneur et président du Think Tank Étienne Marcel. Membre de la Société d’économie politique, il est aussi président de la commission du développement économique du Conseil économique, social et environnemental régional en Île-de-France. Il est également membre de la Chambre de commerce et d’industrie de la Région de Paris-Île-de-France. Auteur de L'Avenir appartient aux PME paru chez Dunod, Bernard Cohen-Hadad est l’auteur de nombreuses tribunes publiées dans les médias. Il a été membre de l’Observatoire de l’épargne réglementée, de l’Observatoire du financement des entreprises, de l’Observatoire des PME et ETI par le marché et du Comité consultatif du secteur financier (CCSF). Il participe actuellement à l’Euro Retail Payment Board (ERPB) auprès de la Banque centrale européenne, au Comité national des moyens de paiements (CNMP) et au Comité pour l’éducation financière (EDUCFI). Il est membre du Conseil scientifique de l’École supérieure des métiers du droit.
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