En Iran, la rue gagne du terrain. De Téhéran aux villes provinciales, les manifestants ne se contentent plus de protester : ils prennent l’initiative face aux symboles du pouvoir, et hier soir, au nord-ouest de l’Iran, la foule a libéré deux villes de quelques dizaines de milliers d’habitants chacune : Abdanan et Malekshahi.
Téhéran : le marché, nouveau front de la rupture
Cinq jours après notre dernier bilan, la dynamique populaire s’accélère de manière spectaculaire. Ce qui semblait être une contestation structurée se transforme en une véritable vague de soulèvements coordonnés, avec de plus en plus de confrontations et une extension géographique qui accroît la pression sur le régime.
Cependant, la capitale reste l’épicentre de la rupture. Le Grand Bazar de Téhéran, cœur économique et historique du pays, est désormais un théâtre d’affrontements et de mobilisations inédites. Des milliers de commerçants ont fermé boutique en signe de grève générale, scandant « Liberté ! » face aux forces anti-émeutes. Les slogans visent toujours le cœur du système, mais avec des références de plus en plus explicites à l’alternative monarchique comme « Javid Shah ! (Vive le Shah !) » et « Reza Pahlavi, reviens ! ».
Les universités, comme Al-Zahra, amplifient le mouvement. Des rumeurs circulent sur la situation personnelle et l’état de santé supposé d’Ali Khamenei, alors que – signe de tensions et d’une panique latente au sommet du système – des clercs comme Mohammad Ali Jaavdanappellent à des prières pour sa protection.
L’extension provinciale : des victoires locales émergentes
Dans des villes comme Lordegan, les manifestants revendiquent des victoires symboliques : des bâtiments officiels ont été pris pour cibles ou incendiés, avec des rapports faisant état de pertes parmi les milices du régime. Cette extension inclut désormais de nouvelles localités dans la province de Kermanshah (Senqor, Harsin et Eslamabad-e Gharb).
Une nouveauté majeure apparaît : une coordination tactique accrue via les réseaux sociaux, malgré les coupures d’Internet. Les minorités ethniques renforcent leur participation, transcendant les clivages pour une dynamique nationale de rejet du système islamiste.
La particularité de cette révolution est son opposition à celle de 1979. Alors, Khomeiny avait fédéré les foules au nom de la religion, leur disant que l’islam était la solution nationaliste à leurs aspirations anti-occidentales. Mais aujourd’hui, c’est le nationalisme laïque qui est demandé, par une foule devenue pro-occidentale, en opposition au projet islamiste expansionniste de Khomeiny et de son successeur et continuateur Khamenei. C’est la raison pour laquelle Qassem Soleimani, autrefois aimé, est aujourd’hui identifié à ce projet islamiste expansionniste qui a appauvri la population. Celle-ci en souffre d’autant plus que le baril de pétrole a chuté : il se vend à moins de 60 $, et comme l’Iran est sous sanctions, il est obligé de vendre son pétrole encore moins cher.
Grèves et chaos économique : le régime asphyxié
La paralysie économique s’aggrave de façon vertigineuse. Le rial est au plus bas face au dollar, et l’inflation galopante atteint plus de 55 %. Le régime, privé des ressources qui lui permettaient jusque-là d’acheter la loyauté sociale, voit ses forces de sécurité hésiter, voire parfois reculer. Les appels du prince Reza Pahlavi aux militaires pour rejoindre le peuple commencent à circuler jusque dans certains cercles militaires.
Répression accrue
La réponse sécuritaire reste féroce, mais la résistance s’organise : des attaques ciblées contre des installations des Gardiens de la Révolution à Hamadan et au Khuzestan ont été signalées, et des commissariats ont été incendiés à Azna. Il y a des pertes au sein des forces de sécurité, ce qui pourrait aboutir à une violence ouverte. Les manifestants ne se limitent plus à scander le triptyque « Femme, Vie, Liberté », ils crient à la mort de Khamenei, à la chute du régime, au retour du prince héritier.
Fissures internes et dimension internationale
Ali Khamenei apparaît de plus en plus isolé sur la scène mondiale. La déclaration de Donald Trump qui, le 2 janvier, menaçait d’intervenir militairement si le régime tuait de manière agressive, résonne comme une rupture stratégique majeure. Parallèlement, l’affaiblissement du régime de Nicolas Maduro au Venezuela accentue l’isolement diplomatique de Téhéran. Dans ce contexte, certains cercles politiques occidentaux, notamment américains, évoquent de plus en plus ouvertement Reza Pahlavi comme figure centrale d’une transition politique.
2026 : l’année de la bascule
L’Iran est au bord du gouffre. La question est de savoir quand la République islamique tombera, et selon quel calendrier, et par quels mécanismes de transition. Pour la première fois depuis quarante-sept ans, l’hypothèse d’un horizon post-théocratique est désormais ouvertement évoquée, porté par une société désormais moins inhibée par la peur.
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