Une performance radicale de Deborah de Robertis a provoqué une vive controverse à Düsseldorf, au NRW Forum, le 28 mars, dans le cadre de l’exposition Sex Now. Intitulée Ceci n’est pas un viol, en référence à Magritte, l’œuvre s’inscrit dans la continuité des actions de l’artiste, connues pour interroger frontalement les rapports de pouvoir et la représentation du corps féminin. À travers un dispositif scénique volontairement dérangeant, elle propose un reenactment d’un abus qu’elle affirme avoir subi.
Sur scène, le performeur Marcus Kreiss incarne la figure d’un commissaire d’exposition, transformé à l’aide d’effets spéciaux. La scène repose sur une pénétration digitale non simulée, assumée dans sa crudité, avec l’objectif de rendre visible une violence habituellement reléguée hors champ. Ce choix esthétique, revendiqué comme politique, vise à confronter le public à une réalité souvent occultée.
La performance est cependant interrompue de manière abrupte par les agents de sécurité, qui recouvrent la scène de draps avant l’intervention de la police. Les deux artistes sont ensuite convoqués en justice, marquant un tournant dans la réception de l’œuvre, passée d’un espace artistique à un cadre judiciaire. Cette interruption soulève des interrogations sur les limites de la liberté d’expression dans le champ de l’art contemporain.
Une tension entre discours progressiste et pratiques institutionnelles
Dans la foulée, l’institution culturelle nie devant les autorités toute implication de Déborah de Robertis dans l’exposition, malgré une reconnaissance antérieure de son travail par le commissaire Alain Bieber, qui l’avait présenté comme emblématique du mouvement #MeToo. Cette contradiction apparente alimente le débat sur la position réelle des institutions face aux œuvres engagées.
L’artiste dénonce ce qu’elle qualifie de violence institutionnelle, estimant que les structures culturelles adoptent un double discours. Si elles revendiquent un soutien aux démarches critiques et féministes, elles tendraient, selon elle, à se désolidariser dès lors que ces œuvres suscitent une controverse publique ou juridique.
Au-delà de cet épisode, Deborah de Robertis élargit sa critique à l’ensemble du monde de l’art, qu’elle accuse de maintenir une forme d’omerta persistante malgré les avancées du mouvement #MeToo. Elle établit un lien entre la mise sous silence des violences et l’invisibilisation des œuvres produites par les femmes, suggérant que le contrôle des trajectoires artistiques participe d’un système plus large d’emprise sur les corps et les récits.
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