Menacées par la République islamique d’Iran, une quinzaine de personnalités franco-iraniennes ont été placées sous protection policière. Journalistes, écrivains, avocats, militants des droits de l’Homme, ils dénoncent sans relâche – et sans peur – le régime de Téhéran, sa tyrannie et sa corruption. Les mollahs veulent les faire taire. C’est loupé.
C’est la peur qui les ronge. Ils mordent dans tous les sens. Aux abois, acculés. C’est ce qu’ils font de mieux, mordre. Et tuer. C’est leur modus operandi : la peur, la répression, le sang. Les disparitions dans la nuit. Les assassinats.
Ils ont déjà massacré leur propre peuple. Dix mille, vingt mille, trente mille morts, et plus… Les rues d’Iran s’en souviennent. Les mères aussi. Les tombes fraîches, les visages effacés. Un jour on ouvrira les fosses communes, on comptera les morts et on saura. Tout ça pour tenir encore un peu sur leur trône de vieillards fanatiques. Mais ce ne sont pas tant les âmes et les hommes qu’ils veulent sauver, c’est aussi leur magot. Un butin entassé avec une obstination de rongeurs dans une cave pleine de blé. Pétrole, impôts, pillage, trafics et narcotrafics, tout y est passé. Hypocrites : les mollahs invoquent Dieu et se confient aux banques occidentales. Ils condamnent l’Occident à la tribune mais s’empressent d’y placer leurs millions et d’y envoyer leurs enfants mener une vie de luxe loin, très loin du discours de piété et d’austérité promu par le régime. Dans notre livre « Paris-Téhéran : le grand dévoilement » (Cerf), coécrit avec Emmanuel Razavi, nous donnons de nombreux exemples de cette hypocrisie.
Mais voilà que de tirer à bout portant sur les manifestants, ça ne leur suffit pas. La guerre non plus. Ça ne tremble pas assez. Leur faut plus de sang avant de sombrer. Cherchent d’autres cibles. À l’étranger, en Europe, en France. Des Franco-Iraniens, des hommes, des femmes qui parlent. Des journalistes, des avocats, des militants des droits de l’homme. Qui écrivent, qui documentent et qui dénoncent leurs crimes. 47 ans de crimes ! Ça en fait des cadavres et des choses à dire ! Les mollahs ne veulent pas entendre ça, qu’on leur mette le nez dans le sang qu’ils font couler depuis 1979. Y en a tellement, du sang, qu’ils s’y noieraient !
Alors ils menacent pour qu’on se tienne coi. En France. Une quinzaine de personnalités seraient particulièrement visées. Le conditionnel est une coquetterie, car en réalité cette quinzaine de personnalités est sous une protection policière 24 heures sur 24. Et la vie rétrécit : une vie de portes fermées, de couloirs surveillés, de visages inconnus qui deviennent suspects, d’emplois du temps tenus secrets, de rendez-vous annulés, d’inquiétude pour ses proches et des grandes solidarités qui s’évaporent… Parce que des ayatollahs enturbannés, à des milliers de kilomètres, menacent ces voix-là. Voudraient les faire taire, les enterrer. Ils savent le faire. Ils l’ont déjà fait. Rouhollah Zam, par exemple, journaliste et activiste iranien, réfugié politique en France. Il publiait de nombreuses informations, très détaillées, sur la corruption du régime de Téhéran. En 2020, ils l’ont enlevé en Irak, ramené en Iran. Ils l’ont « jugé », parce que les tyrans aiment donner à leurs méfaits des allures légales. Ils l’ont exécuté. Et Jamshid Sharmad, journaliste très engagé dans l’opposition monarchiste. Enlevé lui aussi. Et exécuté. Et Fereydoun Farrokhzad, poète et chanteur, assassiné chez lui – en Allemagne – à coups de poignards. Et en Espagne, Alejo Vidal-Quadras, fondateur du parti d’extrême droite Vox et avocat des Moudjahidines du peuple iranien : une balle en pleine mâchoire. Et d’autres encore.
Mais il y a une chose que ces fanatiques-là ne comprennent pas, n’ont jamais comprise et ne comprendront jamais. Ça dépasse leurs compétences. On ne tue pas une parole en la menaçant. On la multiplie. Ils veulent faire taire une voix ? Dix se lèvent, cent, mille. Un pouvoir qui menace les journalistes, les écrivains, les opposants, ça ne vaut rien. Ça ne tient que par la peur qu’il inspire, mais lorsque l’indignation et le dégoût sont plus forts que cette peur-là, c’est à eux de trembler. Que croient-ils ? Qu’on va tous se taire ? Verrouiller les portes et fermer les fenêtres en tremblant ? Non, non et non. Il y a une ligne qu’on ne franchit pas. Un refus obstiné : le fanatisme qui appelle à la prière, à la vengeance et au meurtre ne fera pas taire tout le monde. Au contraire.
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