Franco-iranien, Emmanuel Razavi est Grand reporter, spécialiste du Moyen-Orient et de l’Iran. Il collabore avec les rédactions de Paris Match, Le Figaro Magazine, Atlantico, Franc-Tireur, VA, Politique Internationale, Le Spectacle du Monde et Écran de Veille, ainsi qu’avec Historia, Le Figaro Histoire, et la revue de géographie Hérodote. Il a produit et réalisé plusieurs documentaires, notamment sur le Moyen-Orient, pour les chaines de télévision Arte, M6, France 3 et Planète. Ses enquêtes sur l’ingérence de la République islamique d’Iran en France l’ont conduit à témoigner, en février 2025, devant une commission de travail sénatoriale, et en octobre 2025, devant la commission d’enquête sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste. Il est diplômé en Géopolitique et Relations Internationales (IEP). Derniers livres publiés : « La Pieuvre de Téhéran » (Cerf, 2025) – La Face cachée des Mollahs (Cerf, 2024)

 

Comment interpréter les déclarations de Donald Trump sur la répression en Iran et la potentielle intervention militaire américaine pour protéger les manifestants ?

Si vous le permettez, il me paraît avant tout essentiel de revenir sur les fragilités que connaît la République islamique en interne. Deux courants ont longtemps dominé la direction des instances du régime, que ce soit politiquement, militairement et même sur le plan des services secrets. D’une part, il y a les conservateurs issus de ce qu’on appelle en Iran le « khomeynisme », autrement dit une mouvance regroupant les tenants d’une ligne dure, issue de la révolution islamique de 1979. D’autre part, il y a les « Réformateurs », clan affairiste impliqué dans de nombreux trafics comme ceux de la drogue et des armes, dont le chef de file est le président de la République islamique Massoud Pezeshkian, qui est aussi un ancien gardien de la révolution islamique. Longtemps, ces deux tendances sont apparues comme opposées, alors qu’elles sont en réalité les deux faces d’une même pièce. Malgré leurs dérives affairistes, les réformateurs incarnaient aux yeux de l’occident, et notamment des Etats-Unis et de la France, une possible alternative, » modérée », ce qui était un leurre. Or, Pezeshkian est aujourd’hui isolé, lâché par ses propres troupes, dont les principaux leaders tentent de rejoindre différents mouvements de l’opposition iranienne démocratique et laïque. Par ailleurs, après la guerre des 12 jours, les forces répressives du régime, composées notamment du Corps des gardiens de la révolution islamique et du de la milice civile du Basij, sont usées. L’argent qui ne vaut plus rien, l’électricité et l’eau rationnées dans plusieurs villes, comme la difficulté d’acheter de la nourriture, pèsent ainsi sur le moral d’une partie des troupes.

Bref, Trump a compris qu’il n’y avait plus rien à attendre d’un régime islamiste et terroristequi est en train de s’effondrer économiquement et institutionnellement, quand les Iraniens veulent des rapports pacifiés avec le reste du monde. S’ajoute à cela deux points : le premier, c’est que le président américain avait prévenu Téhéran qu’il y avait une ligne rouge à ne pas franchir, à savoir la reprise du développement du nucléaire militaire. Pourtant, bien que la République islamique soit au bout du rouleau, les mollahs ont continué à le développer. Enfin,et cet aspect des choses est très important, une figure charismatique est en train d’apparaître, qui semble de plus en plus faire consensus au sein des oppositions : le prince Reza Pahlavi, chef de file des monarchistes constitutionnalistes et des Libéraux, dont le nom est scandé dans les manifestations. Reza Pahlavi est une figure identifiée, qui rassure à l’international, car il milite pour la démocratie et la laïcité. Il vit de plus aux Etats-Unis, connaît bien les milieu d’affaires, et c’est un homme de dialogue. Tout cela fait que Trump a compris qu’il fallait profiter de cette situation.

 

Le rôle d’Israël et du Mossad en particulier a été largement évoqué ces derniers jours .Avons-nous des éléments qui permettent d’attester ces initiatives ?

Dans la cadre d’une enquête publiée aujourd’hui par le site d’Infirmations Atlantico, j’ai pu recouper des témoignages de sources de haut niveau liées au renseignement américain et européen. Elles assurent qu’Israël prépare possiblement l’élimination de hauts dignitaires du régime pour accélérer sa chute. Depuis des mois, un dispositif de télécommunications par satelllite a été mis en place par des agents israéliens opérant à l’intérieur de l’Iran, pour localiser des cibles potentielles à abattre. Ce n’est pas tout. Plusieurs de ces sources affirment que des agents israéliens opèrent sur place, et conseillent en divers endroits, les contestataires. C’est aussi ce que confirment des sources iraniennes sur place.

 

Comment les alliés russes de la République islamique d’Iran ran se positionnent-ils ?

La Russie entretient des rapport très complexes avec la République islamique d’Iran. Depuis 46 ans, elle forme les services de renseignement iraniens, et fournit au régime des mollahs des armes et de la technologie. Téhéran vend aussi des armes à la Russie, comme les drones Shahed.

Les Russes considèrent l’Iran comme un pays représentant un atout géostratégique important. En clair, la géographie iranienne leur permet un accès qui va de la mer Caspienne au golfe Persique et de là, jusqu’aux routes maritimes commerciales qui vont jusqu’en Méditerranée. Pour autant, les dirigeants Russes savent que le peuple Iranien se défie d’eux. Là aussi, les Iraniens contestent toute forme d’alliance du régime iranien avec Moscou. Ils soutiennent pour la plupart les Ukrainiens face à l’allié des mollahs.

Si officiellement, Vladimir Poutine soutient encore le régime iranien, et qu’il livre des armes et de la technologie, dans les faits, l’armée Russe, enlisée dans le conflit avec l’Ukraine, ne s’impliquera pas militairement en Iran, autrement que par de la coopération, du conseil et de la vente de matériel. Poutine utilise actuellement son soutien à la République islamique d’Iran comme un levier de pressions et de négociations contre l’Occident.

 

La France semble prudente à ce stade. Comment l’expliquer ?

La France s’inquiète bien sûr de la situation des ressortissants français retenus en Iran, et c’est normal. Elle craint aussi la menace terroriste iranienne sur notre territoire, ainsi que les menaces de déstabilisation, et le cyberterrorisme iranien.

Par ailleurs, les services secrets iraniens mènent depuis 45 ans une importante politique d’influence sur notre territoire, diffusant des éléments de langage favorables au régime iranien et à ses proxys libanais et palestiniens. Ces éléments de langage, vous les retrouvez dans la bouche de chercheurs, de journalistes, d’experts sur les plateau de télévision ou dans les journaux mais aussi dans la bouche de conseillers du Quai d’Orsay. Cela contribue d’une certaine manière à façonner la politique iranienne de la France, à la pousser à toujours rechercher une voie diplomatique ou de négociations, alors même que la République islamique d’Iran est un État terroriste et Narco qui menace non seulement la stabilité du Moyen-Orient, mais aussi notre sécurité intérieure et nos intérêts à l’étranger. Globalement, la diplomatie Française s’est trompée sur toute la ligne, depuis 1979, concernant la République islamique d’Iran. Alors que la France est la patrie de l’humanisme et des droits humains, elle s’honorerait désormais de soutenir le peuple iranien.

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