L’industrie mondiale a déjà changé de nature. Elle ne se structure plus autour des coûts, mais autour de la maîtrise des architectures technologiques, de la sécurité des approvisionnements et de la capacité à imposer des standards. Dans ce nouvel âge industriel, la puissance se construit.
À l’échelle mondiale, la bascule est engagée. Les États-Unis ont rompu avec trente ans d’orthodoxie en déployant des plans industriels massifs. La Chine avance avec constance, en articulant montée en gamme et influence normative. L’ASEAN fait de l’industrie décarbonée un levier de compétitivité. Partout, l’industrie est redevenue un instrument assumé de puissance.
C’est dans ce contexte qu’Eurogroup Consulting publie, via son institut, l’étude “A Vision for French and European Industry in the Context of the New Global Volatilities”. À travers ce travail, le cabinet propose une lecture structurée des transformations en cours et une trajectoire d’action : prolonger l’élan de France 2030 en une ambition France 2040, inscrite dans le temps long et à la hauteur des recompositions en cours.
La France dispose d’atouts rares : des filières d’excellence, des champions mondiaux, une recherche reconnue, une position au cœur des flux européens. L’enjeu est désormais d’en faire un système cohérent. Cela passe par une capacité accrue à sécuriser les chaînes de valeur, mais aussi à organiser le leadership sur les technologies de rupture.
Cela suppose aussi de changer de regard. L’industrie ne peut plus être pensée seule : elle forme désormais un continuum avec les services à caractère industriel — ingénierie, maintenance, logiciels, data — qui en sont devenus indissociables. C’est cette « industrie étendue » qui structure aujourd’hui la compétitivité des grandes puissances.
À l’horizon 2040, la différence se jouera dans la maîtrise de quelques architectures décisives : le calcul et les infrastructures numériques souveraines, le vivant et la santé, l’aérospatial et la défense. À ces piliers s’ajoute une frontière de long terme, celle de la fusion nucléaire. L’enjeu n’est pas de multiplier les initiatives, mais de concentrer l’effort là où se joue la capacité d’influence et de décision.
La réussite reposera sur des choix clairs et sur notre capacité collective à les exécuter. Sécuriser les segments critiques, mobiliser des financements de long terme et faire de l’Europe un multiplicateur de puissance sont des conditions essentielles. Mais l’État ne peut pas tout : la dynamique dépendra aussi de la capacité des entreprises à investir, à se coaliser et à agir dans la durée.
À cette condition, la trajectoire proposée — articulée autour de quinze actions concrètes — permettrait de générer plus de 150 milliards d’euros de valeur ajoutée, de créer plus d’un million d’emplois et de repositionner durablement la France au cœur des équilibres industriels mondiaux.
Elle suppose également des écosystèmes territoriaux forts, où production, recherche, formation et infrastructures se renforcent mutuellement. Elle suppose enfin un investissement massif dans les compétences et un récit collectif capable de réconcilier durablement la nation et sa jeunesse avec l’industrie, en faisant des métiers industriels de véritables métiers d’avenir.
L’industrie n’est plus un secteur : c’est un projet national.
La décennie qui s’ouvre sera décisive. La puissance industrielle se structure, s’investit et s’exécute. La France en a les moyens. Elle peut désormais en faire une ambition collective à l’horizon 2040.
Study-FR-EU-Industry-2040-The Institute (1)
À propos d’Eurogroup Consulting
Eurogroup Consulting est un cabinet de conseil en stratégie et transformation, engagé aux côtés des dirigeants publics et privés sur les enjeux de compétitivité, de souveraineté et de transformation économique. À travers son institut, le cabinet développe des travaux de réflexion stratégique dédiés aux grandes mutations industrielles et à la projection des trajectoires économiques de long terme.
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