La décision du nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, de désarmer la police municipale n’a d’autre conséquence que de créer le scandale, la polémique et l’envoi de signaux très explicites à une partie de la population que drague ouvertement Jean-Luc Mélenchon en vue de l’échéance de 2027.

Pour avoir été durant ces cinq dernières années en contact permanent avec les organisations professionnelles de policiers municipaux lors du Beauvau de la sécurité et du Beauvau des polices municipales, je puis témoigner de leur stupéfaction à voir leurs collègues pris en otage d’une idéologie mortifère.

Cette orientation s’inscrit clairement dans une matrice idéologique portée de longue date par une partie de la gauche radicale, notamment La France insoumise.

Au-delà de son affichage politique, elle soulève de sérieuses inquiétudes opérationnelles et sécuritaires.

Car il s’agit d’une décision largement déconnectée des réalités de terrain.

Dans une commune telle que Saint-Denis, caractérisée par une intensité élevée des phénomènes de délinquance, de trafics structurés et de violences urbaines, le retrait de l’armement est perçu comme une mise en danger directe des agents.

Nous en avons souvent débattu au sein de la commission sécurité et prévention de l’AMF que j’ai l’honneur de coprésider avec mon collègue maire de Cergy, la quasi-totalité des élus, au-delà des clivages partisans, restant attachée aux moyens affectés à leurs agents pour garantir à la fois la tranquillité publique et la sécurité de leurs administrés.

La décision du maire de Saint-Denis est irresponsable quand on sait que la police municipale constitue souvent le premier échelon d’intervention, y compris dans des situations à haut risque, parce que c’est une force de sécurité sur le terrain en permanence.

D’ailleurs l’évolution des doctrines d’emploi des polices municipales au cours des deux dernières décennies permet d’éclairer ce débat. En France, les effectifs de police municipale avoisinent aujourd’hui les 25 000 agents. Aujourd’hui environ près de 60 % d’entre eux sont désormais armés, contre 30 % à 35 % au début des années 2010.

L’accélération du mouvement d’armement est particulièrement marquée à partir de 2015, à la suite des attentats terroristes, qui ont profondément reconfiguré la perception des risques et les attentes en matière de protection des agents.

L’assassinat de Clarissa Jean-Philippe, jeune policière municipale stagiaire non armée de la commune de Montrouge en janvier 2015, constitue un point de bascule : elle a été tuée par un terroriste lourdement équipé, sans possibilité de riposte.

De même, lors de l’attentat de la basilique de Nice en 2020, l’intervention rapide de policiers municipaux armés a permis de contenir la menace et d’éviter un bilan encore plus lourd.

Ces situations illustrent la transformation progressive du rôle de la police municipale, désormais intégrée de facto à la chaîne de sécurité intérieure.

Si des municipalités dirigées par des exécutifs de droite, du centre, mais également de gauche, ont progressivement fait le choix de l’armement, souvent à la demande explicite des agents eux-mêmes qui estiment à juste titre devoir bénéficier d’une capacité de dissuasion adaptée à l’évolution de la petite délinquance.

Il ne faut pas oublier à cet égard que les policiers municipaux n’ont pas vocation à user de leur arme et dans leur immense majorité, ils n’en auront jamais fait usage au cours de leur carrière.

Le principe de réalité, heureusement, finit généralement par s’appliquer. Le cas de Bordeaux est à cet égard emblématique : foncièrement opposé à l’armement pour des raisons idéologiques comme son collègue de Grenoble, l’ancien maire écologiste Pierre Hurmic a finalement infléchi sa position en cours de mandat, confronté à la réalité des besoins opérationnels et à l’évolution du contexte sécuritaire.

Ce type de revirement met en évidence le décalage persistant entre certaines postures doctrinales et les exigences concrètes de l’action publique. Espérons que passé 2027, les maires insoumis reviendront à la raison.

Dans ce contexte, la décision prise à Saint-Denis apparaît donc en rupture avec une tendance de fond observable à l’échelle nationale.

Elle peut être interprétée comme un retour à une conception strictement préventive et désarmée de la police municipale, conception qui ne correspond plus, dans de nombreux territoires, à la réalité des missions exercées.

Au surplus, cette orientation soulève une difficulté structurelle : elle maintient les policiers municipaux en première ligne, tout en les privant d’une partie des moyens nécessaires à leur propre protection. Elle est également susceptible d’envoyer un signal d’affaiblissement perçu comme tel par les acteurs de la délinquance organisée, notamment dans les zones où les trafics sont fortement implantés.

En définitive, le désarmement de la police municipale dans une commune comme Saint-Denis ne saurait être analysé comme une simple inflexion technique. Il constitue un choix politique lourd de conséquences, qui rompt avec une décennie d’adaptation progressive aux mutations de la menace sécuritaire.

À cet égard, il interroge moins la cohérence idéologique de ses promoteurs que sa compatibilité avec les exigences contemporaines de protection des agents publics et de garantie effective de la sécurité des citoyens.

Le plus désolant dans ce positionnement assumé du maire de Saint-Denis, c’est qu’il ne sert ni ses agents, ni sa population, mais constitue simplement un marqueur que veut imposer Jean-Luc Mélenchon dans sa conquête d’un électorat de banlieue qu’il imagine sensible à ce type de signaux, alors que les habitants des cités périphériques sont souvent les premières victimes des nouvelles mafias.

Voir aussi

Boualem Sansal raconte à la NRP l’après-prison : « Apprendre à vivre dans la liberté »

De retour en France après un an de détention en Algérie, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a livré un témoignage rare dans un entretien accordé à La Nouvelle Revue Politique, animé par Arnaud Benedetti.


0 Commentaire2 minutes de lecture

Suspension de la retraite ou comment avancer en marche arrière ?

En obtenant la suspension de la réforme des retraites, la Néo-Gauche a enfin remporté une victoire majeure : instaurer la marche arrière automatique…


0 Commentaire8 minutes de lecture

L’auto-sabordage du Front républicain

Le « Front républicain » a connu un succès inattendu et retentissant pour empêcher le RN d’obtenir la majorité à l’assemblée, après la dissolution de juin 2024. Trois coups de poignard l’ont néanmoins affaibli en moins d’un an et demi.


0 Commentaire17 minutes de lecture

La France en panne sèche de « simplification administrative » ?

Les discours de politique générale sont toujours, sous notre République, témoins des ambitions en « bosse » comme « creux ».


0 Commentaire12 minutes de lecture

Privacy Preference Center