Le président algérien a annoncé le 11 janvier vouloir régulariser la situation des « harragas », ces sans-papiers algériens qui ont fui leur pays soit de manière régulière avec un visa, soit de manière irrégulière en traversant, à leurs risques et périls, la Méditerranée vers l’Espagne.
Certains observateurs ont vu dans cette annonce un moyen discret de « reprendre langue » avec Paris sans avoir à entamer des discussions formelles avec les autorités françaises sur la délivrance des laissez-passer consulaires. Le président Tebboune a même promis que les consulats algériens en France établiraient des passeports pour ces « harragas » afin de leur faciliter un retour au pays, « à l’exception des auteurs de crimes de sang, de trafics de drogue, d’armes et de ceux qui auraient coopéré avec les services de sécurité étrangers dans le but de porter atteinte à leur patrie ».
Cette annonce soulève plusieurs questions.
Bruno Retailleau, alors ministre d’État, ministre de l’Intérieur, avait critiqué non cette annonce, qui n’avait alors pas été faite, mais la pratique de certains consulats algériens, Toulouse, Strasbourg, Besançon, qui déjà distribuaient des passeports à des sans-papiers algériens pour leur permettre de vivre dans de meilleures conditions en France. Car l’accord franco-algérien de 1968 permet aux Algériens d’ouvrir, par exemple, une entreprise en France avec seulement des papiers algériens et non des papiers français. En outre, un document algérien valide sera nécessaire pour toute éventuelle régularisation. Les « harragas » devraient évidemment s’engouffrer dans cette facilité et profiter de l’annonce présidentielle pour, une fois les papiers obtenus, rester confortablement en France…
Par ailleurs ces jeunes Algériens ont fui leur pays, pour quitter le mal-être quotidien, la précarité qu’ils connaissaient de l’autre côté de la Méditerranée. Pourquoi donc retourneraient-ils en Algérie, sachant pertinemment ce qui les attend là-bas ? En outre, Tebboune impose une condition de non-récidive, ce qui empêchera ces Algériens de revenir en France ultérieurement.
En l’état actuel des choses, même si à Paris on veut croire à une opération permettant de sortir discrètement de la crise des OQTF, il y a trop de zones d’ombre autour de la mesure annoncée le 11 janvier. Mais on peut toujours espérer…
Xavier Driencourt
Ancien ambassadeur en Algérie, à deux reprises, Xavier Driencourt a également été ambassadeur de France en Malaisie, conseiller au cabinet d'Alain Juppé et directeur général de l'administration au Quai d'Orsay, enfin chef de l'inspection générale des affaires étrangères.
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