Franco-iranien, Emmanuel Razavi est grand reporter, spécialiste du Moyen-Orient et de l’Iran. Il collabore avec les rédactions du Figaro Magazine, Atlantico, Paris Match, Franc-Tireur, VA, Politique internationale et Écran de Veille, ainsi qu’avec Historia, Le Figaro Histoire, et la revue de géographie Hérodote. Il est auteur du livre « La face cachée des mollahs » (Cerf, 2024), et avec Jean-Marie Montali de « La Pieuvre de Téhéran » (Cerf, 2025). Il publie ce vendredi dans le Figaro Magazine un entretien avec l’avocat franco-iranien Hirbod Dehghani Azar qui documente les crimes contre l’humanité perpétrés en Iran.
Il analyse pour la NRP la situation en Iran, où se poursuivent les massacres.
Des informations parcellaires qui sortent par bribes d’Iran laissent craindre une intensification de la répression contre les manifestants. Qu’en est-il selon vous en l’état actuel de vos informations ?
La répression ne s’est pas arrêtée. Les miliciens du régime, véritables escadrons de la mort, continuent de tuer. Leurs supplétifs libanais, irakiens et afghans ont reçu l’ordre de poursuivre les fuyards et de leur tirer dans le dos. On parle de milliers de gens qui ont reçu des balles dans les yeux et sont désormais aveugles. On parle de dizaines de milliers de morts, et d’au moins autant de blessés. Plusieurs témoins rapportent que beaucoup de gens sont morts dans les hôpitaux faute de soins. Des blessés auraient été jetés dans des fosses communes et enterrés agonisants. On parle de massacres de masse, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. La communauté internationale ne peut rester passive face à ce carnage. Chaque jour qui passe, ce sont des centaines de vies, sans doute même des milliers, qui sont en jeu. Hier, on me rapportait que des mitrailleuses avaient été disposées sur des miradors de la prison d’Evin, où sont emprisonnés de nombreux opposants politiques. Tout le monde craint de nouveaux massacres.
L’UE d’un côté, les États-Unis de l’autre, et malgré quelques protestations d’intensité variable, restent à l’arrêt, quasi silencieux. Que peuvent et doivent-ils faire selon vous ?
Il est urgent de classer les Gardiens de la Révolution islamique, bras armé du régime des mollahs, sur la liste des organisations terroristes. Il faut également donner à la population iranienne les moyens de communiquer. Je pense, surtout, que face aux massacres de masse en Iran, la communauté internationale doit mettre en œuvre tous les ressorts juridiques pour poursuivre les dignitaires du régime iranien, comme les officiers des Gardiens de la révolution islamique et leurs supplétifs pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Ces gens-là doivent répondre de leurs exactions, qui rappellent celles des Waffen SS. Il faut aussi arrêter de donner la parole à des ambassadeurs de la République islamique d’Iran en Europe. Ils sont les complices et les porte-paroles d’un régime qui massacre sa population. À moins qu’ils ne fassent défection, leur place est en prison, ou dans l’avion du retour pour l’Iran. Compte tenu de ce qui se passe, on ne doit plus leur donner le même traitement qu’à des diplomates normaux. Eux sont aux ordres des Gardiens de la révolution islamique. Ils font donc partie d’une chaine de criminels de masse. Il faut aussi poursuivre les lobbyistes de la République islamiste pour complicité de crimes contre l’humanité, quelle que soit leur nationalité. Tous ceux qui cautionnent le régime des mollahs, que ce soit pour des raisons idéologiques ou parce qu’ils sont payés, doivent savoir qu’ils s’exposent à des poursuites. Plusieurs dizaines d’avocats d’origine iranienne en France et aux États-Unis travaillent à la traque des auteurs de crimes contre l’humanité en Iran, et à celle de leurs complices.
Quelle va être la stratégie des oppositions iraniennes dans les jours qui viennent ?
Vous le savez : je suis l’un des très rares journalistes français à donner la parole aux différents groupes d’opposition iraniens, qui sont nombreux. Qu’ils soient Kurdes, Azéris, libéraux ou monarchistes, je me suis fait un devoir de leur donner la parole. Je constate que presque tous me disent qu’ils sont d’accord pour organiser un gouvernement de transition d’union nationale qui soit démocratique, laïc, et protège les minorités ethniques et de genre. La communauté internationale doit donc les entendre et les aider à faire tomber le régime des mollahs. Si elle ne le fait pas, alors il y a un risque de guerre civile en Iran, ce qui peut encore être évité.
Je constate aussi que plusieurs leaders iraniens qui étaient opposés à une intervention militaire il y a 3 semaines ont changé d’avis. Ils considèrent désormais qu’on ne peut laisser la population se faire massacrer sans rien faire, qu’une intervention extérieure est indispensable. Plusieurs ont rejoint le prince Reza Pahlavi.
La question est : la communauté internationale prend-elle la mesure de ce qui se passe en Iran ?
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