Franco-iranien, Emmanuel Razavi est Grand reporter, spécialiste du Moyen-Orient et de l’Iran. Il collabore avec les rédactions du Figaro Magazine, Paris Match, Atlantico, Franc-Tireur, VA, et Écran de Veille, ainsi qu’avec Historia, Le Figaro Histoire, et la revue de géographie Hérodote. Il a produit et réalisé plusieurs documentaires, notamment sur le Moyen-Orient, pour les chaînes de télévision Arte, M6, France 3 et Planète. Ses enquêtes sur l’ingérence de la République islamique d’Iran en France l’ont conduit à témoigner, en février 2025, devant une commission de travail sénatoriale, et en octobre 2025, devant la commission d’enquête sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste. Derniers livres publiés : « La Pieuvre de Téhéran » (Cerf, 2025), avec Jean Marie-Montali ; « La Face cachée des Mollahs » (Cerf, 2024).
Une réception à l’occasion du 47ᵉ anniversaire de l’accession des islamistes au pouvoir en Iran s’est déroulée à l’ambassade de la République islamique d’Iran à Paris. Que vous inspire cet événement ?
Un certain nombre d’invités étaient français. Ce sont là des gens qui se sont compromis avec les représentants du pouvoir iranien qui commet des crimes de masse en Iran ; en clair, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre. À quoi sert d’avoir classé le Corps des gardiens de la révolution islamique sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne, si c’est pour les laisser pavoiser chez nous ? Je rappelle que l’ambassadeur de la République islamique d’Iran, Monsieur Amin Nejad, a entretenu des liens très forts avec les Gardiens de la révolution islamique. Lorsqu’il était en poste en Afrique, c’est comme par hasard à ces périodes que l’on a vu la Force al Qods, unité d’élite des Gardiens de la révolution islamique, y renforcer ses positions. Arrêtons d’être naïfs : aucun ambassadeur iranien dans le monde n’est nommé sans l’aval des services secrets des Gardiens de la révolution islamique. Donc à quoi sert de désigner ces derniers comme organisation terroriste, si c’est pour les laisser pavoiser sur notre territoire ?
Parmi les convives, un militaire français, le colonel Corvez. Qui est-il et quels sont ses liens avec le régime des mollahs ?
Alain Corvez est un ancien colonel de l’armée française, qui se présente comme conseiller en stratégie internationale. Il est connu pour ses théories fumeuses sur l’Iran.
Il était début janvier en Iran. Je rappelle que dès les premiers jours de l’année 2026, le régime iranien massacrait sa population. Deux Français sont par ailleurs retenus en Iran contre leur gré. Ce qui n’empêche pas ce monsieur de décrire la République islamique comme victime de l’impérialisme. Sur l’Iran, il est d’une niaiserie sans pareil, répétant à peu de choses près les éléments de langage du régime iranien. Donc d’un régime terroriste et narco. Dans une interview donnée récemment, cet individu prétend avoir servi, à une époque, les intérêts de grandes compagnies françaises en Iran. Se pose dès lors la question : qui l’a mandaté sur l’Iran ? À quel titre ? Comment la France peut-elle laisser un individu pareil soutenir ouvertement un régime dont elle a classé l’un des piliers, le corps des gardiens de la révolution islamique, terroriste ? En soutenant l’Iran, Corvez n’est-il pas à la limite de l’apologie du terrorisme ? Il doit y avoir une enquête de la police sur lui, et qu’il réponde clairement de ses liens avec le régime iranien. En tout état de cause, l’assurance avec laquelle s’exprime cet ancien militaire pose question autant qu’elle met en exergue les rouages de l’influence iranienne à Paris, comme nous le racontons avec mon co-auteur Jean-Marie Montali dans notre livre « La pieuvre de Téhéran ».
Aujourd’hui, à l’heure où nous parlons, que savons-nous de la situation en Iran ? La répression a-t-elle encore eu le « dernier mot » ?
La répression ne s’est pas arrêtée. On n’a plus de nouvelles de milliers de personnes arrêtées. La semaine dernière, des centaines d’ouvriers protestataires d’entreprises pétrochimiques ont été arrêtés par les forces de sécurité des Gardiens de la révolution islamique après avoir protesté contre les salaires impayés, des conditions de travail inhumaines et les heures supplémentaires forcées. Ces ouvriers étaient sur le point de coordonner une grève de grande ampleur. Ils n’ont pas été transférés vers des prisons ou des centres de détention officiels, mais détenus dans des hangars où les conditions sanitaires étaient terribles. Il n’y avait pas d’eau potable, pas de nourriture, pas de toilettes ou de douches. Ils ont été interdits de tout contact téléphonique avec leurs familles et leurs proches. Dans ces centres, la torture a été pratiquée. Des prisonniers ont été tués. Cela en dit long sur ce qui se passe en Iran. Pendant que l’Occident continue de vouloir négocier, en Iran, le régime continue de massacrer sa population.
Hier, Reza Pahlavi rencontrait le président ukrainien Zelenskyy à Munich. Quel signal faut-il y voir ?
Il y a plusieurs groupes d’opposition en Iran et au sein de la diaspora iranienne. Ils sont pour la plupart laïcs et démocratiques. J’en ai interviewé plusieurs pour le Figaro Magazine et le site d’informations Atlantico ces dernières semaines. Leurs représentants ont souvent un haut niveau d’études, et une bonne connaissance de la géopolitique du Moyen-Orient. Ce sont des gens intéressants, qui sont la promesse d’un avenir politique intéressant pour l’Iran.
Le prince Reza Pahlavi est une figure incontournable de cette opposition iranienne. Cet ancien pilote de chasse, fils du dernier Shah d’Iran, s’est positionné en tant que chef de l’opposition démocratique iranienne en exil depuis longtemps. Hier, sa rencontre avec le président ukrainien était très symbolique, et même historique. Car ces deux hommes combattent deux totalitarismes qui menacent nos démocraties : l’Iran des mollahs et la Russie de Poutine, qui sont par ailleurs des partenaires géopolitiques et militaires. Je précise que la Russie et l’Iran ont signé en 2025 un traité de partenariat stratégique global sur 20 ans, qui couvre la coopération politique, économique, sécuritaire et technologique, renforçant leurs liens face aux sanctions occidentales. Les services secrets russes fournissent de la formation aux services secrets iraniens. La Russie de Poutine voit l’Iran comme un allié clé. Elle lui fournit des armes et un soutien technologique. La république islamique d’Iran aide la Russie à contourner les sanctions et lui a livré des drones depuis le début de la guerre avec l’Ukraine. Reza Pahlavi et le président Zelenskyy sont aux avant-postes de la lutte contre la dictature.
En clair, cette rencontre est importante. Elle rappelle que ce qui se joue en Ukraine est lié à ce qui se joue en Iran.
Arnaud Benedetti
Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.
Voir aussi
18 janvier 2026
Noëlle Lenoir et Arnaud Benedetti – Iran : que la France se réveille !
par La Nouvelle Revue Politique
0 Commentaire5 minutes de lecture
23 décembre 2025
Boualem Sansal raconte à la NRP l’après-prison : « Apprendre à vivre dans la liberté »
De retour en France après un an de détention en Algérie, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a livré un témoignage rare dans un entretien accordé à La Nouvelle Revue Politique, animé par Arnaud Benedetti.
0 Commentaire2 minutes de lecture
22 décembre 2025
Didier IDJADI – La république islamique : une répression sanglante
par La Nouvelle Revue Politique
0 Commentaire23 minutes de lecture
30 décembre 2025
Emmanuel Razavi – En Iran, la colère gronde à nouveau
par La Nouvelle Revue Politique
0 Commentaire11 minutes de lecture
30 décembre 2025
Didier IDJADI – Des manifestations en Iran contre le régime totalitaire
par La Nouvelle Revue Politique
0 Commentaire16 minutes de lecture