À Draguignan, l’entrée en campagne municipale de Philippe Schreck ne saurait être lue comme un simple épisode de la vie politique locale. Elle s’inscrit dans une séquence plus large, révélatrice des tensions contemporaines entre gestion municipale, attentes citoyennes et recomposition idéologique des territoires. En annonçant sa candidature à la mairie pour mars 2026 sous l’étiquette « Draguignan autrement », le député RN du Var opère un retour au niveau communal qui interroge autant la trajectoire de la ville que celle du champ politique national.
La démarche revendique d’abord une cohérence biographique et territoriale. Schreck ne se présente pas comme un parachuté ni comme un technicien hors-sol, mais comme un acteur enraciné, dont le parcours personnel et professionnel épouse l’histoire récente de la commune. Dans l’entretien qu’il a accordé à Radouan Kourak, cette dimension est centrale : l’argument de la proximité sert de socle à un diagnostic sévère, presque clinique, sur l’état de la ville. Insécurité ressentie, banalisation des incivilités, dégradation de l’espace public, affaiblissement du tissu commercial et vieillissement des infrastructures scolaires sont présentés comme les symptômes d’une gouvernance qui aurait perdu le sens des priorités.
Ce qui frappe, au-delà du constat, c’est la grille de lecture mobilisée. Le projet défendu par Philippe Schreck repose sur une conception classique, presque régalienne, de l’action municipale. La commune est envisagée comme le premier échelon de protection et d’organisation du quotidien, chargé d’assurer la sécurité, la propreté, la qualité de vie et la cohésion sociale. Ce recentrage sur les fonctions fondamentales traduit une critique implicite des politiques culturelles ou symboliques jugées dispendieuses et déconnectées, au profit d’une approche plus fonctionnaliste de la gestion locale.
L’évocation du dossier du Pôle de transition environnementale illustre cette orientation. En mettant en avant le coût de 5,5 millions d’euros lié à l’abandon du projet, Schreck introduit un argument budgétaire qui dépasse la polémique locale. Il pose la question, centrale en science politique locale, de l’allocation des ressources publiques et de la hiérarchisation des investissements municipaux. Le chiffre devient ainsi un outil rhétorique au service d’une critique de la décision publique, accusée de privilégier des projets structurants sans adhésion sociale suffisante.
Sur le plan partisan, la candidature s’inscrit dans une tension assumée entre affiliation politique et ouverture sociologique. Soutenu par le Rassemblement national de Marine Le Pen et Jordan Bardella, ainsi que par l’UDR d’Éric Ciotti, Philippe Schreck revendique néanmoins une liste composite, largement issue de la société civile. Cette articulation entre ancrage partisan et discours d’ouverture témoigne d’une stratégie désormais bien identifiée dans les dynamiques électorales locales : nationaliser les cadres idéologiques tout en localisant les figures et les enjeux.
Enfin, la promesse de renoncer au mandat parlementaire en cas d’élection municipale mérite attention. Elle s’inscrit dans une critique implicite du cumul des fonctions et répond à une demande récurrente de disponibilité et de responsabilité de l’élu local. Ce positionnement participe d’une construction de crédibilité, fondée sur l’idée que la crise de confiance envers les institutions passe aussi par une clarification des rôles et des engagements.
La candidature de Philippe Schreck ne préjuge pas de l’issue du scrutin. Elle révèle cependant un moment politique significatif pour Draguignan : celui où la gestion municipale devient l’objet d’un débat de fond sur les finalités de l’action publique locale. Au-delà des clivages partisans, c’est bien la question du cap, du sens et de la hiérarchie des priorités qui est désormais posée aux électeurs.
Emma Ray
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