La continuité des luttes

Une nouvelle vague de protestations secoue l’Iran, touchant de nombreuses villes du pays sur fond de crise économique aiguë et l’incapacité gouvernementale dans la gestion du pays. Alors que la mobilisation s’élargit, la répression des autorités s’intensifie. Selon plusieurs rapports, au moins 20 manifestants, dont une majorité de mineurs, ont été arrêtés à la suite de rassemblements populaires dans le comté de Farsan, dans la province de Tchaharmahal-et-Bakhtiari. Une vidéo reçue par Iran International montre des agents de répression tirant sur les manifestants à Marvdasht le jeudi 31 décembre.

Par ailleurs, le régime a décidé de fermer temporairement les universités pour limiter la mobilisation étudiante et vider les rues. Mais malgré cela le mouvement dans les villes continue. Au cinquième jour des manifestations nationales, les commerçants du marché central des fruits et légumes du district 19 de Téhéran ont rejoint le mouvement, scandant le slogan : « Ni Gaza ni le Liban, je sacrifie ma vie pour l’Iran ». Cette mobilisation des bazaris marque un tournant symbolique et renforce l’ampleur de la contestation sociale.

À Fassa, dans le sud de l’Iran, des manifestants ont endommagé la porte d’entrée du bâtiment du gouverneur provincial lors d’une attaque signalée par les autorités, qui ont décrit l’événement comme perpétré par plusieurs individus.
Des images et des médias rapportent également que des protestataires ont tenté de pénétrer dans un bâtiment gouvernemental local (un gouvernorat) pendant la quatrième journée de manifestations.

 

Répression, la méthode choisie

Les gardiens de la révolution et des Bassidjis de plus en plus entent en actions pour procéder à des arrestations des manifestants. Selon plusieurs sources d’actualité récentes, certains centres des Bassidjis (Basij) ont été ciblés ou attaqués par des manifestants dans le cadre des protestations en Iran. Les Bassidjis, milice paramilitaire liée au Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC), sont souvent considérés comme un symbole du régime et impliqués dans la répression des manifestations. Des médias rapportent que des manifestants ont tenté de pénétrer ou d’endommager des postes locaux des Bassidjis dans plusieurs villes, en parallèle des attaques contre des gouvernorats ou bâtiments publics. Ces actions font partie d’une dynamique où les protestataires ciblent des institutions étatiques perçues comme responsables de la répression et de la crise économique.

Par ailleurs, le chef militaire Ahmad Vahidi fait l’objet d’une accusation dans l’attentat en Argentine, en référence à l’attaque contre le centre communautaire juif de Buenos Aires en 1994, une affaire pour laquelle la justice argentine a émis des mandats d’arrêt internationaux contre plusieurs responsables iraniens. L’

attentat contre le centre communautaire juif AMIA à Buenos Aires, en 1994, a fait 85 morts et plus de 300 blessés. Bien qu’il soit accusé d’implication dans l’attentat contre le centre juif AMIA à Buenos Aires, qui a fait 85 morts, Ahmad Vahidi a été élevé à de hautes responsabilités par le guide suprême Ali Khamenei. Cela montre la volonté du régime pour accentuer la répression et d’envoyer un message contre l’occident et Israël.

Changement sociologique et politique

Quelque chose s’est produit : après 16 ans, une partie du peuple iranien est passée de « Ya Hossein Mir-Hossein » à « C’est le dernier combat, Pahlavi revient ». Mir-Hossein Mousavi était réformiste et le défenseur de l’Imam Khomeiny. Mousavi veillait également à ce que le niveau de conflit ne dépasse pas cette divergence interne. Pendant la période électorale, Mousavi, naturellement comme les autres candidats, appelait Khamenei le « Guide suprême », et même au-delà des autres, il qualifiait les années sombres des années 1980 de « période dorée de l’Imam ».

Mais depuis une décennie, la société iranienne a profondément changé. Le régime et les factions du pouvoir sont rejetés par la majorité des Iraniens. Les acteurs sociologiques ont évolué : la jeunesse et les femmes ont radicalisé la société, le poids de la croyance islamique a diminué et l’islam politique est largement rejeté par la nouvelle génération.

Les tendances de gauche et les Moudjahidines sont désormais très marginalisés, tandis que la voie de la réforme islamique est perçue comme une impasse totale. Dans ce contexte, les manifestations actuelles révèlent un changement notable : le soutien à la famille Pahlavi et à la monarchie apparaît de manière significative dans les vidéos et les rapports. Certainement dans la société plurielle iranienne il existe aussi des tendances républicaines.

Depuis la révolution « Femme, Vie, Liberté » et dans les manifestations actuelles, les slogans religieux et islamiques ne sont presque plus évoqués par les manifestants, mettant en lumière le caractère laïque du mouvement.

Le mouvement actuel et la presse internationale

Le quotidien français Le Monde rapporte que ces protestations, portées notamment par les commerçants et les acteurs économiques, sont une réaction directe à la chute brutale de la valeur du rial et à la hausse sans précédent des prix, qui affectent profondément la situation politique et économique du pays. Les rassemblements se sont étendus à plusieurs grandes villes, dont Ispahan, Kermanshah, Fasa, Nahavand, Kouhdasht et Junqan.

Dans une analyse, le Jerusalem Post souligne que, malgré leur ampleur inhabituelle, ces manifestations doivent être examinées avec prudence au regard de l’expérience historique iranienne. Sur le plan politique, Reza Pahlavi a appelé les Iraniens à saisir chaque occasion et chaque rassemblement pour étendre le mouvement de protestation.

De son côté, la page persanophone du département d’État américain a dénoncé la répression et la mauvaise gestion persistantes du régime iranien, estimant qu’elles ont aggravé les souffrances de la population et que ce cycle de crise et d’oppression doit prendre fin.

Le Journal Libération du 31 décembre 2025 concernant la situation iranienne a publié l’article intitulé « Manifestation d’ampleur face à la hausse des prix ». Certes, les revendications économiques ont été un élément déclencheur important pour les manifestations qui ont secoué le pays, mais c’est une erreur de limiter l’analyse à cet aspect.

Dès les premiers instants, les manifestations ont pris une tournure politique évidente, avec des slogans tels que « Mort au dictateur », « Liberté, Liberté », « Ni Gaza ni le Liban, je sacrifie ma vie pour l’Iran » qui ont retenti dans les rues. Ces manifestations se sont rapidement étendues à l’ensemble du pays, démontrant ainsi que les Iraniens ne se battent pas seulement pour des questions économiques, mais également pour leur liberté et contre l’oppression.

Il est regrettable que l’article ne reflète pas la complexité de la situation et réduise les manifestations à une simple question de prix et des promesses démagogiques du président iranien. Les Iraniens méritent une couverture médiatique qui prenne en compte la profondeur de leur lutte pour la démocratie et les droits de l’homme.

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