Alors qu’Internet est coupé en Iran et que l’accès aux informations sur les manifestations nationales est fortement entravé, des enquêtes menées par la BBC indiquent que plusieurs centaines de manifestants ont été tués dans les villes de Téhéran et de Rasht.

Internet coupé / répression violente

Selon plusieurs sources, le 9 janvier, les corps de 70 personnes ont été transférés à l’hôpital Poursina de Rasht. D’après ces informations, la morgue de cet hôpital ne disposait pas d’une capacité suffisante, et les agents auraient exigé des familles des victimes la somme de 700 millions de tomans, sous le prétexte de « frais de balles », en échange de la restitution des corps.

À Téhéran également, un membre du personnel médical a déclaré à la BBC qu’environ 40 corps avaient été transportés vers l’un des hôpitaux de la capitale jeudi soir. Les familles auraient empêché les ambulances gouvernementales d’emporter les dépouilles de leurs proches, ce qui a donné lieu à des affrontements. Pour des raisons de sécurité, le nom de cet hôpital n’a pas été révélé.

Selon une autre source , les morts et les blessés admis dans cet établissement ont été fauchés par des tirs à balles réelles. Cette même source a ajouté que le nombre de victimes dépassait la capacité de la morgue et que les corps ont été entassés jusqu’au matin dans la morgue ainsi que dans la salle de prière de l’hôpital.

D’après les témoignages recueillis par des membres du personnel médical auprès des blessés, jeudi soir, après que plusieurs motos des forces de sécurité aient été incendiées, les agents ont quitté les lieux.Des forces spéciales, armées de fusils de guerre, sont revenues par la suite et ont ouvert le feu directement sur les manifestants.

Ces mêmes sources ont indiqué qu’à certains moments, « le nombre de blessés était si élevé que le temps imparti pour pratiquer les gestes de réanimation était insuffisant . Dès que le pouls cessait, ils étaient emmenés ».

110 tués le quatorzième jour

Alors que les manifestations se poursuivent , nombre de récits particulièrement préoccupants nous parviennent en provenance de plusieurs grands hôpitaux du pays .

Plusieurs sources médicales confirment que lors des journées du 8 et 9 janvier de très nombreux patients ont été admis à l’hôpital avec des blessures provoqués par des tirs à balles réelles, notamment à la tête, au cou et aux yeux.

De nombreuses organisations de défense des droits humains ont alerté contre les massacres de manifestants, dans un contexte de coupure nationale d’internet.

De son côté ,Donald Trump a prévenu qu’en cas de tirs contre les manifestants, les États-Unis leur viendraient en aide.

Les manifestations

Selon les informations disponibles, des manifestants sont descendus massivement dans les rues samedi soir, le 10 janvier, dans plusieurs villes d’Iran, notamment Téhéran, Machhad, Ahvaz et Chiraz.

Le prince Reza Pahlavi avait auparavant appelé la population à se mobiliser dans les rues à partir de 18 heures, samedi et dimanche, les 10 et 11, et à se préparer à prendre le contrôle des centres urbains.

A ce jour, les villes les plus amplement touchés par la contestation sont notamment :

Téhéran – la capitale, avec des rassemblements massifs dans plusieurs quartiers et autour des places principales ;

Machhad – dans le nord-est, l’une des plus grandes villes du pays ;

Chiraz – au sud-ouest, avec des manifestations importantes malgré la répression ;

Ahvaz – dans la province du Khuzestan ;

Rasht – dans le nord, sur la mer Caspienne, où de nombreux blessés ont été hospitalisés ;

Isfahan – au centre du pays, également témoin de rassemblements importants.

Kermanshah et Tabriz – villes de l’ouest et du nord-ouest, avec des manifestations signalées.

Les personnalités apportent leur soutien

Donald Trump a déclaré : « L’Iran voit la liberté s’offrir à lui plus que jamais auparavant. »Lindsey Graham, sénateur américain de premier plan, s’est adressé au peuple iranien en affirmant que l’aide est en chemin et que leur cauchemar prendra bientôt fin.

De leurs côtés, les réalisateurs Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof ont averti la communauté internationale que la République islamique a recours à « ses moyens de répression les plus brutaux ». Quant à Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, elle a affirmé que l’Europe se tient auprès du peuple iranien et condamne la répression violente des manifestants.

C’est dans ce contexte que le prince Reza Pahlavi a publié un message adressé au peuple iranien, appelant tous les citoyens à descendre dans les rues en groupes, dimanche à 18 heures :

« Mes compatriotes, par votre présence massive et courageuse dans les rues de tout l’Iran, vous avez, pour la troisième nuit consécutive, considérablement affaibli l’appareil répressif de Khamenei et de son régime. »

Le prince Reza Pahlavi a ajouté que, selon des rapports fiables qui lui sont parvenus, la République islamique fait face à une grave pénurie de forces pour faire face aux millions de personnes présentes dans les rues. Il a également souligné que de nombreux membres des forces de sécurité ont refusé d’obéir aux ordres de répression.

S’adressant au peuple iranien, il a affirmé : « Vous n’êtes pas seuls, et le monde se tient aux côtés de votre révolution nationale. »

Le dictateur Khamenei

À la suite de ces tous derniers événements, Ali Khamenei, a de nouveau qualifié les citoyens protestataires de « saboteurs » et de « mercenaires au service de l’étranger ». Il a insisté sur la poursuite de la répression et a déclaré que Donald Trump finirait lui aussi par tomber.

Khamenei, qui avait déjà tenu des propos similaires lors du premier mandat de Trump, a affirmé vendredi 9 janvier : « La République islamique ne reculera pas face à ceux qui sont des saboteurs et ne tolérera pas le mercenariat au service des étrangers. »

Il a présenté les manifestants comme étant liés à Trump et a ajouté que « quelques individus inexpérimentés, négligents et irréfléchis » acceptent les propos du président américain, « agissent selon sa volonté » et « mettent le feu aux poubelles pour lui faire plaisir ».

Pillage par les bandes des oligarques

Le mouvement s’est développée à l’origine à partir des graves difficultés financières et économiques qui touchent l’ensemble de la population . Désormais, plus ouvertement que par le passé, les responsables gouvernementaux évoquent le rôle des oligarques et des « trusts » dans la situation économique actuelle, leur imputant une grande partie des problèmes.

L’agence de presse Tasnim, affiliée aux Gardiens de la révolution, a écrit dans un rapport daté du 17 Décembre : « Le dossier des trusts n’est aujourd’hui plus un débat technique limité aux cercles économiques. Ce dossier est directement lié au niveau de vie de la population, à la stabilité des marchés et même à la sécurité économique du pays. »

Le président Massoud Pezeshkian a récemment souligné que les réserves en devises du pays étaient presque épuisées et que l’Iran « manque d’un milliard de dollars ».Un député a affirmé que « de 2018 jusqu’aux quatre premiers mois de cette année, nos exportations non pétrolières ont atteint 270 milliards de dollars, mais près de 95 milliards de dollars ne sont pas revenus dans le pays ».

La classe des oligarques, née sous la république islamique, est principalement composée de nombreux représentants du clergé chiite ainsi que de hauts responsables des pasdarans.

La distinction entre le mouvement actuel et les soulèvements précédents réside dans leurs différences sociales .Durant les tous premiers jours de la mobilisation, le moteur principal du mouvement n’a pas été la classe moyenne urbaine, mais les catégories qui ont subi les plus fortes pressions économiques. Ces groupes n’ayant plus rien à perdre, la « peur » a perdu son efficacité d’antan. Ce qui explique la mutation d’une contestation qui de social est devenue politique, exigeant désormais la chute du régime…

Privacy Preference Center