Les manifestations se généralisent en Iran. Près de 350 villes et communes sont désormais touchées par la révolte populaire. Le peuple iranien est en train d’écrire un nouveau chapitre de son histoire, et peut-être même de l’histoire du monde. Aujourd’hui toutes les villes d’Iran se mobilisent. La civilisation iranienne rejette l’islam politique et crie la liberté.

Dans ce contexte, les États-Unis redéfinissent leur stratégie au Moyen-Orient et considèrent que l’ayatollah Ali Khamenei constitue un obstacle majeur à tout changement durable. Donald Trump peut-il réellement faire vaciller le système politique iranien ? Envisage-t-il une pression diplomatique pour provoquer le départ de Khamenei ? Ou s’agit-il uniquement de menaces et de rapports de force symboliques ?

La politique de Trump

Les relations entre les États-Unis et l’Iran n’ont cessé de se détériorer depuis plusieurs années. Avec le retour de Donald Trump au centre du jeu politique américain, les tensions atteignent un nouveau palier. Entre pressions militaires, dossier nucléaire et précédents historiques lourds de conséquences, une question s’impose : Washington prépare-t-il une confrontation directe avec le régime de l’ayatollah Ali Khamenei ?

La politique de Donald Trump envers l’Iran s’est distinguée par une rupture nette avec les administrations précédentes. Le retrait unilatéral de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) en 2018, suivi d’un durcissement extrême des sanctions, a replacé la confrontation au cœur de la relation bilatérale. Cette stratégie visait explicitement à affaiblir économiquement et politiquement le régime iranien, en espérant provoquer soit une renégociation en position de faiblesse, soit une crise interne majeure.

Le dossier nucléaire : un point de non-retour

Sous l’administration Trump, le dossier nucléaire iranien est redevenu un enjeu central de sécurité internationale. Les États-Unis ont multiplié les déclarations selon lesquelles Téhéran poursuivrait, directement ou indirectement, des capacités nucléaires militaires. Les frappes et opérations clandestines attribuées à des alliés américains contre des infrastructures liées au programme nucléaire iranien s’inscrivent dans une logique claire : empêcher l’Iran d’atteindre le seuil nucléaire, y compris par des moyens coercitifs.

Le précédent Soleimani : un basculement historique

L’assassinat du général Qassem Soleimani en janvier 2020, ordonné par Donald Trump et exécuté par l’armée américaine, marque un tournant majeur. Pour la première fois, les États-Unis éliminaient officiellement un haut responsable militaire iranien, figure centrale du régime et architecte de son influence régionale. Cette décision a démontré que l’équipe Trump était prête à franchir des seuils que ses prédécesseurs avaient évités, assumant le risque d’une escalade directe avec l’Iran. Si une guerre totale n’a pas suivi, cet épisode a profondément modifié les règles du jeu et les perceptions stratégiques à Téhéran.

L’effet Maduro et la démonstration de force américaine

La chute récente de Nicolás Maduro a renforcé l’idée, chez certains observateurs, que les États-Unis souhaitent réaffirmer leur capacité à agir contre des régimes jugés hostiles. Pour le régime iranien, cet événement est perçu comme un signal politique et psychologique, rappelant que Washington peut passer de la pression à l’action lorsque le contexte s’y prête. Cette dynamique contribue à l’inquiétude iranienne, même si les situations vénézuélienne et iranienne restent très différentes sur le plan militaire et régional.

Des préparatifs militaires qui relèvent de la dissuasion

Les récents mouvements américains dans la région — exercices conjoints, redéploiements navals et coordination accrue avec Israël et les États du Golfe persique et aussi le préparatif militaire au nord de l’Irak près de la frontière iranienne — traduisent une posture de dissuasion renforcée. Ils ne constituent pas, à ce stade, la preuve d’une offensive imminente, mais rappellent que les États-Unis conservent une capacité d’action rapide, notamment en cas de franchissement d’une ligne rouge nucléaire ou d’attaque directe contre leurs intérêts ou de la violence forte contre les manifestants. Trump privilégie une stratégie de chocs ciblés, de menaces crédibles et de pression maximale, plutôt qu’une occupation militaire longue et coûteuse.

Le facteur décisif demeure interne à l’Iran

L’avenir du régime iranien dépend avant tout de ses fragilités internes : crise économique, tensions sociales, perte de confiance d’une partie de la population. Les actions américaines peuvent accélérer ou accentuer ces dynamiques, mais elles ne peuvent, à elles seules, imposer un changement de régime durable. Le mouvement de contestation actuel est le facteur décisif. Il secoue le régime de dictature islamique et provoque de la peur au sein des forces militaires et politiques du régime de Khamenei. La société iranienne s’engage dans une contestation du pouvoir et ouvre la voie pour renverser le régime.

Iran : lecture politique des manifestations

Les manifestations observées en Iran les mardi 6, mercredi 7 et jeudi 8 janvier constituent un nouvel épisode significatif d’une contestation sociale et politique qui s’inscrit désormais dans la durée. En mesure d’atteindre l’ampleur d’un soulèvement national unifié, ces mobilisations confirment néanmoins l’existence d’un malaise profond, diffus et géographiquement étendu, auquel le pouvoir iranien peine à apporter une réponse durable. Le pouvoir est de plus en plus fragilisé et tend à perdre le contrôle.

La contestation géographiquement étendue, émaillée de slogans hostiles à Khamenei, exige la fin de l’Etat religieux. L’injustice sociale, la crise économique, le despotisme politique, la démarche de standardisation coranique et politique, le totalitarisme politique ont provoqué la colère du peuple.

Contrairement à certaines vagues précédentes, centrées principalement sur Téhéran, les protestations des journées précédentes ont touché un large éventail de villes, révélant une dynamique nationale persistante.

À Téhéran, des rassemblements ont eu lieu notamment autour du Grand Bazar, lieu historiquement sensible, où commerçants et citoyens ont exprimé leur colère avant une intervention rapide des forces de sécurité.

En province, la mobilisation s’est révélée tout aussi significative. Des manifestations et affrontements ont été signalés à Abdanan et Malekshahi, dans l’ouest du pays, ainsi qu’à Ilam, Boroudjerd, Lordegan, Qazvin, Sari et Saqqez. D’autres localités, parfois de taille moyenne ou modeste, ont également été concernées, soulignant que la contestation dépasse désormais les grands centres urbains traditionnels pour toucher des territoires longtemps considérés comme périphériques.

Cette diffusion territoriale est l’un des éléments les plus révélateurs de la situation actuelle : elle traduit un mécontentement social enraciné, difficile à contenir par de simples mesures sécuritaires ponctuelles. Cette généralisation de la lutte a un sens politique très fort et traduit une volonté pour renforcer le pouvoir totalitaire.

Fin du despotisme islamique de Khamenei ?

Les manifestations des 6 et 7 et 8 janvier trouvent leur origine immédiate dans un contexte économique particulièrement dégradé. Inflation persistante, érosion du pouvoir d’achat, chômage des jeunes et incertitude généralisée nourrissent une colère sociale qui traverse les catégories professionnelles et générationnelles.

Si les revendications exprimées restent souvent liées à des difficultés matérielles concrètes, elles prennent de plus en plus une dimension politique, désignant explicitement les autorités comme responsables de la situation. Cette évolution marque un glissement progressif d’une contestation socio-économique vers une remise en cause plus globale de la gouvernance.

Face à ces mobilisations, les autorités iraniennes ont adopté une posture mêlant fermeté et contrôle. Présence policière renforcée, dispersions rapides, arrestations ciblées et restrictions temporaires de l’espace public ont permis d’éviter une généralisation incontrôlée des rassemblements. Toutefois, la réponse du pouvoir semble volontairement calibrée pour éviter une escalade brutale susceptible de rallier de nouveaux segments de la population. Cette stratégie reflète l’expérience accumulée par le régime dans la gestion des crises internes : contenir sans provoquer un choc susceptible de transformer une contestation diffuse en mouvement national structuré. Le régime a mobilisé 800 mercenaires chiites irakiens sur le territoire iranien car dans un contexte de doute et d’hésitation des militaires iraniens, les islamistes du moyen orient peuvent n’ont pas les mêmes appréhensions.

Les événements des 6 et 7 et 8 janvier ne constituent pas un tournant décisif ni un effondrement imminent du système politique iranien. Le régime conserve, pour l’instant, des leviers de contrôle importants, tant sur le plan sécuritaire qu’institutionnel.

Néanmoins, ces mobilisations contribuent à l’érosion progressive de la légitimité du pouvoir, en particulier lorsque la contestation s’installe dans la durée et touche des villes de plus en plus nombreuses. Le caractère répétitif de ces mouvements, même de faible intensité, fragilise le récit officiel de stabilité et souligne l’incapacité du système à répondre aux attentes sociales fondamentales. Dépassé le régime l’est de plus en plus, les mobilisations déstructurant tous les jours un peu l’échafaudage du pouvoir des mollahs…

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