Depuis le 28 décembre 2025, l’Iran est le théâtre d’une nouvelle vague de manifestations d’ampleur nationale, déclenchée par une dégradation brutale de la situation économique mais qui, en l’espace de quelques jours, a pris une dimension ouvertement politique. Entre grèves massives, mobilisation étudiante et répression sécuritaire, les événements des derniers jours marquent un tournant potentiellement significatif.
Une colère née de l’effondrement économique
Le mouvement débute à Téhéran le 28 décembre, lorsque des commerçants et bazaristes ferment massivement leurs boutiques pour protester contre la chute historique du rial iranien. En quelques semaines, la monnaie nationale a perdu près de 50 % de sa valeur, tandis que l’inflation atteint environ 42 % en décembre. Cette situation frappe de plein fouet les classes moyennes, les commerçants et les retraités, déjà fragilisés par des années de sanctions internationales et de stagnation économique.
Une extension rapide à tout le pays
Dès les 29 décembre, les protestations s’étendent au-delà des quartiers commerçants de la capitale pour gagner les grandes artères urbaines et plusieurs grandes villes, notamment Ispahan, Shiraz, Mashhad et Karaj.
Les 30 et 31 décembre, le mouvement change d’échelle : il se transforme en une vague de grèves et de manifestations nationales touchant de nombreuses provinces. Aux commerçants s’ajoutent des étudiants, des travailleurs, des chauffeurs routiers, des professions libérales et des retraités, donnant au mouvement une base sociale beaucoup plus large.
Le 31 décembre, de nombreuses boutiques et magasins restent fermés, illustrant l’unité des commerçants et la persistance de la mobilisation malgré la pression des autorités.
Les universités et les femmes en première ligne
Les universités deviennent rapidement des foyers de contestation. À l’université de Téhéran, à Sharif, à Amirkabir et à Al-Zahra, des rassemblements étudiants ont lieu, accompagnés de slogans directement hostiles au régime et au principe du *Velayat-e faqih* (la tutelle du Guide suprême).
À l’université Al-Zahra, majoritairement féminine, des étudiantes scandent des slogans contre Ali Khamenei et dénoncent la violence des forces de l’ordre.
Les femmes apparaissent une nouvelle fois comme un pilier central de la contestation. Des témoignages font état de l’usage de gaz lacrymogène visant directement le visage des manifestantes. En réponse, certaines crient leur colère contre la police, qualifiée de « sans honneur », et revendiquent ouvertement leur résistance.
Une répression qui s’intensifie
Face à l’extension du mouvement, les forces de sécurité sont déployées massivement. Des arrestations sont signalées dans plusieurs villes, ainsi que l’usage de gaz lacrymogène et de tirs à balles réelles dans certaines zones.
À Fassa, dans le sud du pays, des manifestants se sont rassemblés devant la préfecture et ont arraché la porte d’entrée du bâtiment, avant d’être dispersés par la police qui a ouvert le feu selon des sources locales.
Dans plusieurs villes, des slogans tels que « Mort au dictateur » et « À bas la République islamique » ont été entendus, marquant une rupture claire avec les seules revendications économiques.
Durcissement sécuritaire et signaux politiques contradictoires
Dans un contexte de tension extrême, le Guide suprême Ali Khamenei a nommé Ahmad Vahidi — figure connue pour sa ligne dure — comme adjoint au commandant des Gardiens de la révolution, un signal interprété par de nombreux observateurs comme un choix sécuritaire plutôt qu’un geste d’apaisement.
Parallèlement, le gouvernement tente de désamorcer la colère sociale. Dans une lettre adressée au président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, l’exécutif annonce un recul partiel et se dit prêt à engager des réformes dans le cadre du budget (2026–2027). Parmi les mesures évoquées figurent :
Vers une contestation plus profonde ?
Si ces annonces témoignent d’une tentative d’apaisement, elles peinent pour l’instant à freiner la mobilisation. Pour de nombreux manifestants, la crise actuelle dépasse largement la question du pouvoir d’achat. Elle met en cause la structure même du système politique et la concentration du pouvoir.
Les analystes restent prudents : il est encore trop tôt pour comparer ce mouvement aux grandes vagues de protestation précédentes, notamment celles de 2022. Toutefois, l’ampleur géographique, la diversité sociale des participants et la radicalisation des slogans suggèrent que l’Iran traverse à nouveau un moment de fragilité majeure, où la contestation économique pourrait se muer en défi politique durable.
De nombreux Iraniens estiment que les revenus pétroliers du pays sont consacrés à l’enrichissement de l’uranium, au développement de missiles et au soutien de réseaux islamistes comme le Hamas et le Hezbollah, tandis que la population, elle, s’enfonce toujours davantage dans la pauvreté. La dictature islamique fondée sur l’idéologie chiite est tenue pour responsable de la crise en Iran ; la démocratie et un État laïque apparaissent, aux yeux de beaucoup, comme la solution pour en sortir.
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