Didier IDJADI revient pour la NRP, comme chaque jour, sur les toutes dernières évolutions de la situation Iranienne où la contestation ne faiblit pas.
Les rues d’Iran ont une fois de plus pris la parole Dimanche et Lundi
Non pas à travers des microphones ou des tribunes officielles, mais au travers decortèges déterminés et par des cris longtemps étouffés. Les manifestations, spontanées et dispersées, étaient pourtant unies par un même sens et une même douleur : la vie n’est plus supportable.
Un groupe de parents de jeunes arrêtés lors des manifestations s’est rassemblé devant le palais de justice de Najafabad. L’un de ces parents, s’adressant à la caméra, a mis en garde les autorités et leur a lancé un ultimatum, exigeant la libération de leurs enfants de moins de 20 ans dans un délai de 24 heures.
Le combat continue
Du bazar aux quartiers populaires, des grandes villes aux zones périphériques, les gens sont descendus dans la rue — non pour semer le chaos, mais pour être vus et entendus. Les revendications, d’abord économiques et liées au quotidien, se sont rapidement transformées en demandes plus profondes : dignité, liberté et droit de choisir. Ces protestations ne sont pas seulement une réaction à la hausse des prix ou à l’effondrement de la monnaie, mais l’expression d’une longue sédimentation de méfiance, d’épuisement et de sentiment d’exclusion.
Ce qui distingue ces journées, c’est l’absence de leaders et d’appels officiels. La rue décide d’elle-même, la nuit fixe son propre moment, et la voix s’élève du cœur de la foule. Cette forme de protestation révèle une société qui n’attend plus d’autorisation ; une société qui a appris que le silence ne change rien.
Face à la mobilisation, la réponse du pouvoir reste essentiellement sécuritaire, comme si le problème se limitait au « contrôle de la rue » et non à l’écoute de sa voix.
Les manifestations peuvent temporairement s’atténuer, mais leurs racines sont trop profondes pour être éliminées par la répression et les arrestations. Ces protestations ne marquent pas la fin d’une histoire, mais rappellent une vérité essentielle : une société privée de perspectives d’avenir finit toujours par se retrouver dans la rue.

La fuite de Khamenei ?
Selon certaines sources, après la chute de Maduro, le dirigeant iranien, Ali Khamenei, aurait préparé un plan de fuite vers la Russie en cas de chute du régime. Cette information a été relayée par un média britannique, qui affirme que Khamenei aurait mis au point une stratégie de repli pour fuir le pays si son appareil sécuritaire ne parvenait pas à contenir la dissidence croissante.
Selon le Times, ce plan s’inspire de la fuite de Bachar el-Assad, l’ancien président syrien, vers la Russie. En décembre 2024, avant l’offensive des forces d’opposition menées par Ahmad al-Char’ contre Damas, Assad a quitté la capitale syrienne par avion pour Moscou, où il a rejoint sa famille.
La source de renseignement citée a déclaré :
« Ils ont conçu un itinéraire de sortie de Téhéran afin de l’utiliser en cas de nécessité de fuite. Ce plan comprend la consolidation de leurs avoirs, des biens immobiliers à l’étranger et des liquidités afin de faciliter leur passage en toute sécurité. »
Plusieurs sources rappellent que M. Khamenei exerce un contrôle sur d’importants actifs, dont une partie est placée sous l’autorité du Setad EjraïeFarman-e Emam (le Quartier général pour l’exécution de l’ordre de l’Imam). Dans une enquête publiée en 2013, Reuters estimait la valeur totale des biens sous le contrôle de M. Khamenei (comprenant des propriétés et des entreprises ) à environ 95 milliards de dollars. Cette information prend de l’ampleur à nouveau alors que les vastes manifestations en Iran sont entrées dans leur deuxième semaine et se sont étendues à plus de 70 villes.

La position de Donald Trump sur l’Iran
Donald Trump, président des États-Unis, a écrit vendredi matin 2 janvier sur le réseau social Truth Social :
« Si l’Iran tire sur des manifestants pacifiques et les tue brutalement — ce qui est leur habitude — les États-Unis interviendront pour les sauver. Nous sommes en état d’alerte maximale (armés et prêts). »
Le New York Times a rapporté dimanche, citant trois responsables iraniens, que parallèlement à l’intensification des manifestations, de hauts responsables de la République islamique ont reconnu lors de réunions et d’échanges privés que le régime avait été poussé dans une « situation de survie ».
Ali Khamenei a réagi samedi pour la première fois aux manifestations en cours, déclarant que « la contestation est différente de l’émeute ». Ajoutant que « dialoguer avec un émeutier ne sert à rien », il a affirmé : « L’émeutier doit être remis à sa place. »
Les forces militaires iraniennes ont été déployées pour réprimer les manifestations. Selon certaines sources, au moins 25 personnes ont été tuées lors de ces manifestations. Le régime iranien est accusé de pratiquer une violence systémique contre la population, ce qui pourrait exacerber les tensions et les manifestations.
Les États-Unis ont menacé d’intervenir si le régime iranien utilisait la violence contre les manifestants. Cette menace a été répétée à plusieurs reprises par les autorités américaines, qui accusent le régime iranien de violer les droits de l’homme. Israël, allié des États-Unis, a également exprimé son inquiétude face à la situation en Iran.
Face aux manifestations qui secouent l’Iran depuis plusieurs jours, Donald Trump a exprimé une position ferme et sans ambiguïté à l’égard du régime des mollahs. Le président américain a averti que si les autorités iraniennes répriment violemment des manifestants pacifiques, les États-Unis interviendront pour protéger la population. Dans ses déclarations, Trump a souligné que l’Amérique est « prête à agir » et qu’elle surveille attentivement la situation sur le terrain.
Cette prise de position reflète à la fois un avertissement fort à Téhéran et un soutien implicite aux manifestants, dont beaucoup dénoncent la corruption, les difficultés économiques et les violations des droits civiques.
Le gouvernement iranien, de son côté, a rejeté ces déclarations, les qualifiant d’ingérence étrangère inacceptable et mettant en garde contre toute tentative de déstabilisation. Les autorités iraniennes estiment que de telles interventions pourraient aggraver la situation et menacer la stabilité régionale.
La chute de Maduro : un revers pour l’Iran
La chute du président vénézuélien Maduro pourrait avoir des conséquences importantes pour le régime iranien. Les deux pays ont des relations étroites, et l’Iran pourrait perdre un allié important en Amérique latine. Les États-Unis et Israël verront dans la chute de Maduro une opportunité pour isoler davantage l’Iran et affaiblir son influence dans la région.
Depuis plus d’une décennie, l’Iran et le Venezuela ont tissé des liens économiques et stratégiques étroits, principalement pour contourner les sanctions internationales et renforcer leur coopération dans le secteur énergétique. L’Iran a notamment contribué à la rénovation de raffinerie pétrolières vénézuéliennes, fourni des pièces de rechange, et participé à plusieurs projets industriels et commerciaux conjoints, allant de l’agriculture aux technologies médicales. Ces initiatives symbolisent un partenariat basé sur des intérêts géopolitiques communs et sur la volonté des deux pays de consolider leur autonomie économique.
Cependant, malgré ces efforts, plusieurs projets ont été réduits, retardés ou abandonnés, limitant l’impact réel de cette coopération. Le bilan reste donc inégal et ne traduit pas toujours l’ampleur des ambitions initiales.
En résumé, si le partenariat Iran–Venezuela illustre une coopération stratégique active, la réalité économique est beaucoup plus restreinte.
Yazd : femmes arrêtées et menacées de viol
Au moins 20 femmes manifestantes ont été transférées dans des cellules individuelles de la prison centrale de Yazd, suite aux récentes manifestations. Selon des sources fiables, au moins deux d’entre elles ont été menacées de viol par des agents du renseignement du Corps des Gardiens de la Révolution islamique au moment de leur arrestation.
Les noms de neuf femmes arrêtées ont été confirmés : Reyhaneh Zare’, FarzanehGolestani, Maryam Zare’, Sara Nosrati, Marzieh Azarang, Sogol Salari, Elham Fallah, Mina Arja et Sara Bostan.
Depuis plusieurs années, de nombreux rapports d’organisations de défense des droits humains font état de violences sexuelles, de menaces de viol et d’agressions sexuelles exercées contre des femmes détenues dans les prisons de la République islamique d’Iran. Ces pratiques sont utilisées comme outil de répression, d’intimidation et de bris psychologique, en particulier à l’encontre des femmes arrêtées lors de manifestations ou pour des raisons politiques.
Selon des témoignages recueillis par des ONG indépendantes, les menaces de viol surviennent fréquemment au moment de l’arrestation, lors des interrogatoires ou en détention à l’isolement. Dans certains cas, ces menaces ont été suivies d’agressions sexuelles réelles, souvent commises par des agents des forces de sécurité ou sous leur responsabilité directe. La peur du viol est utilisée comme une arme pour forcer des aveux, imposer le silence ou humilier les détenues.
Les femmes détenues sont particulièrement vulnérables dans les cellules d’isolement, où l’absence de témoins, d’accès à un avocat ou à des mécanismes de plainte favorise l’impunité. Les autorités pénitentiaires nient systématiquement ces accusations, tandis que les victimes sont réduites au silence par la peur de représailles, la stigmatisation sociale ou de nouvelles violences.
Les cas récents rapportés dans différentes villes d’Iran, dont Yazd, s’inscrivent dans une pratique récurrente et documentée. Les menaces de viol à l’encontre de femmes manifestantes montrent que la violence sexuelle n’est pas un abus isolé, mais un moyen de contrôle et de terreur institutionnalisé.
Le viol et les violences sexuelles en détention constituent des crimes graves au regard du droit international, notamment de la Convention contre la torture et des conventions sur les droits des femmes. Leur usage systématique engage la responsabilité directe de l’État iranien et de ses forces de sécurité.
Face à ces violations, les organisations internationales et les gouvernements sont appelés à briser le silence, à exiger des enquêtes indépendantes et à protéger les victimes.
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