Didier IDJADI,Sociologue franco-iranien. Il a enseigné à l’université Sorbonne Paris-nord,  l’université Gustave Eiffel et le CNAM. Chaque semaine, il réalise et diffuse des émissions en persan et en français sur des thèmes variés : droits de l’Homme, révolution sociétale, écologie, philosophie politique, sociologie des religions, critique du Coran et de l’islam, culture persane et géopolitique du Moyen-Orient. Ces programmes sont accessibles sur YouTube, et rencontrent un large écho dans les milieux intellectuels iraniens, tant en Iran que dans la diaspora. Il intervient également régulièrement dans les médias français, les chaines d’info,pour commenter l’actualité iranienne, le nucléaire, ou encore la situation des femmes en Iran.Conférencier dans les institutions et au Sénat français. Il est membre du Comité Laïcité République (CLR). il est une voix écoutée sur les enjeux liés à la sécularisation, à la religion, à la géopolitique, et à lavenir démocratique du monde musulman.

 

La république islamique est dans la tempête violente. Actuellement un grand mouvement de contestation politique se déroule en Iran. Notre analyse des manifestations en cours depuis le 28 décembre 2025, est fondée sur les derniers éléments factuels disponibles. Le peuple iranien cherche à renverser un régime totalitaire et une nouvelle fois il s’engage dans une lutte acharnée. La chute du régime islamique en Iran serait un grand évènement du 21 siècle.  

 

Pourquoi les manifestations aujourd’hui

Protestations économiques et politiques ont commencé sur le bazar de Téhéran. Les commerçants et artisans du bazar de Téhéran ont fermé leurs boutiques et manifesté dans plusieurs zones commerciales centrales (Saadi Street, quartier de Shush, Grand Bazaar, etc.). D’autres couches sociales se mobilisent et descendent dans la rue. Ces mouvements de contestation rapidement s’étendent vers d’autres villes de l’Iran. Nouvelle vague de manifestations est déclenchée par une crise économique profonde. Depuis le 28 décembre 2025, des protestations de grande ampleur ont éclaté dans plusieurs villes iraniennes, y compris Téhéran, Ispahan, Chiraz, Machhad, Qeshm, Tabriz et Hamadan.

Le contexte de la crise économique

Le moteur de la contestation est économique, lié à la chute historique de la monnaie iranienne (rial) face au dollar et à une inflation qui continue de s’accélérer, ce qui pèse lourdement sur les coûts de la vie. Les commerçants dénoncent la mauvaise gestion économique, la volatilité du marché, ainsi que la perte de pouvoir d’achat. Le rial iranien a atteint un nouveau plancher historique, ce qui a intensifié les frustrations populaires et les appels aux protestations. Cela affecte non seulement les commerçants mais aussi les consommateurs, avec une inflation qui a entraîné une hausse marquée des prix des denrées alimentaires et des services. Les commerçants ont fermé ou partiellement fermé leurs magasins, une forme de grève silencieuse combinée à des rassemblements publics.

Le contexte politique et social

Des chants, slogans et appels à fermer davantage de magasins circulent sur place, illustrant un certain degré de coordination parmi les manifestants et aussi la politisation du mouvement. Des manifestants rapidement deviennent plus nombreux et les slogans tels que « mort au dictateur », « chassons les mollahs » et des slogans favorables au retour du principe Réza Pahlavi. Des manifestations actuelles se déroulent sur fond d’un mécontentement social plus large déjà présent en Iran depuis plusieurs années (tensions sur le coût de la vie, frustration sociale, crises sectorielles, le despotisme, la répression, la corruption,…).

Réponse de l’État et sécurité

Présence sécuritaire renforcée : Les forces de sécurité sont présentes en nombre pour surveiller les manifestations. Certaines sources locales évoquent un état d’alerte élevé à Téhéran, reflétant la préoccupation des autorités face au potentiel d’élargissement du mouvement. Dans certains cas les forces de répressions ont agi violemment contre des manifestants.

Répercussions politiques internes : Dans ce contexte de crise, le gouverneur de la Banque centrale iranienne a présenté sa démission, ce qui est interprété comme lié à la pression économique qui alimente les protestations. Cette tactique gouvernementale cherche à décourager des manifestants. Le vrai problème est que le régime cherche à dissimuler la vraie cause de la crise. Il s’agit d’une cause structurelle. L’économie contrôlée des rentiers et des milieux corrompus du pouvoir inévitablement produit des dysfonctionnements graves.

En résumé :

Les manifestations qui se déroulent aujourd’hui à Téhéran sont des protestations économiques orchestrées par des commerçants du bazar, suite à l’effondrement de la monnaie et la hausse de l’inflation mais aussi des manifestations de nature politique. Elles consistent surtout en fermetures de magasins, rassemblements et grèves silencieuses, avec une forte présence policière mais sans répression générale massive jusqu’à présent. Le mouvement souligne un climat de mécontentement croissant en Iran face à la crise économique et politique, avec des implications possibles pour l’avenir. Le despotisme religieux incapable de gérer correctement le pays.

 

Analyse des slogans entendus

Slogans de solidarité et d’unité

« N’ayons pas peur, nous sommes tous ensemble ».

Ces slogans mettent l’accent sur la cohésion et l’appel à la solidarité entre commerçants pour que davantage de boutiques ferment et rejoignent la grève. Ils cherchent à rompre l’isolement individuel et à encourager une mobilisation plus large au sein du bazar. Mais ce même slogan est dans les rues de Téhéran et d’autres catégories descendent dans la rue. Ces slogans sont souvent utilisés pour contrer la peur et l’intimidation  en particulier face à l’État répressif visant à renforcer la participation collective

 

 Slogans affirmant la dignité et la résistance

« L’iranien peut mourir, mais n’acceptera pas l’humiliation »

Analyse : ce type de slogan reflète une dimension morale de la protestation, où la lutte n’est pas seulement contre la chute du rial mais aussi contre la perte de statut et de respect que subissent les iraniens. Cela indique une compréhension que la crise économique mais touche à l’identité sociale de ces acteurs. Le régime islamique totalitaire a toujours réprimé le peuple et humilié la fierté nationale de la nation iranienne. Ce slogan montre la volonté des iraniens pour défendre l’identité et la dignité

 

Slogans politiques

« Mort au dictateur » / « Mort à Khamenei – au guide suprême »

Ces Slogans liés à des mouvements sociaux précédents comme « Femme, Vie, Liberté ». Depuis longtemps les iraniens sont conscients que dans le pouvoir politique, Khamenei joue le rôle déterminant. En Iran le régime est une dictature individuelle d’un mollah chiite qui contrôle les forces militaires et l’appareil judiciaire et les instances politiques du pays. Le slogan « mort au dictateur » traduit le souhait des iraniens pour en finir avec le régime islamiste.  

 

 Slogans pro-Pahlavi

« Reza Shah, roohat shad ! (رضا شاه، روحت شاد) « Reza Shah, que ton âme repose en paix ! »

Ce slogan, associé à une certaine nostalgie monarchiste, a été utilisé lors de rassemblements publics ou même dans des stades en Iran. Reza shah fondateur de la dynastie pahlavi qui a pratiqué son autoritarisme personnel, a été à l’origine de la modernisation du pays et a limité le pouvoir des mollahs. Dans le langage politique et symbolique des iraniens ce slogan montre le rejet du pouvoir religieux et le fanatisme.

« O’ Shah of Iran, come back to Iran », « Javid Shah – Vive le Shah ».

Pour les manifestants ces slogans évoquent « les vertus historiques de soutien à la dynastie Pahlavi ». L’opposition iranienne est plurielle mais très désunie. Dans l’opposition, le principe Réza Pahlavi bénéficie d’un prestige grandissant.  Ces slogans d’abord se sont diffusés autour de mouvements d’opinion et de hashtags, mais aujourd’hui sont repris par des manifestants en Iran. Dans les manifestations de décembre 2025 des slogans pro-Pahlavi, ces slogans sont souvent répétés.  

Symbolisme historique : Les slogans pro-Pahlavi évoquent généralement la période pré-révolutionnaire (avant 1979) et expriment une nostalgie pour une Iran perçue comme plus stable ou prospère, ou une opposition symbolique à la théocratie en place. En résumé : des chants pro-Pahlavi existent en Iran, notamment dans certains rassemblements et aujourd’hui dans les manifestations, et ils reflètent des protestataires qui souhaitent une alternative politique plus radicale que la simple réforme de la République islamique. Il est évident que le rejet de la république islamique est demandé aussi par beaucoup de républicains et démocrates patriotiques en Iran.

 

Slogans contre le pillage et l’islamisme

« Ni Gaza, Ni Liban, je me sacrifie pour l’Iran »

Ce slogan met en évidence le rejet complet de la politique du régime au moyen orient. Depuis 47 ans le régime a dépense beaucoup d’argent pour créer ou renforcer les réseaux terroristes islamique comme le Hezbollah et Hamas. La politique du régime consiste à appauvri le peuple iranien et à renforcer et armer les groupes terroristes. Depuis quelques années ce slogan lancé et dans les manifestations de décembre 2025 ont crié contre le Hezbollah et Hamas.

 

Analyse sociologique du mouvement de décembre

Ce mouvement représente principalement des fractions différentes de la société iranienne, avec des extensions possibles. On peut le comprendre par strates sociales, intérêts économiques et position politique.

Cœur du mouvement : la petite et moyenne bourgeoisie urbaine constitue pour le premier moment le Groupe social dominant dans la manifestation. Le noyau des manifestations actuelles (bazar de Téhéran, grèves commerciales) correspond à : Commerçants du bazar, Artisans, Petits entrepreneurs, Indépendants et professions intermédiaires, une partie des classes moyennes urbaines traditionnelles. Ce groupe constitue historiquement une colonne vertébrale économique et sociale de l’Iran urbain, notamment à Téhéran.

Pourquoi ? Ils sont directement exposés : à l’effondrement du rial, à l’instabilité des prix, à l’impossibilité de planifier (importations, stocks, loyers).Contrairement aux plus pauvres, ils ont quelque chose à perdre (capital, statut, dignité sociale). Contrairement aux élites liées à l’État, ils ne bénéficient ni de rentes ni de protection politique. C’est typiquement une classe moyenne en voie de déclassement, un facteur très explosif socialement.

Classes populaires urbaines (salariés précaires, chômeurs, travailleurs occasionnel, employés, ), ont suivi le mouvement car ils sont dans la difficulté économique et aussi ils sont des consommateurs ordinaires et partagent largement les revendications liées : à l’inflation, au coût de la vie, à la dégradation des conditions de survie.

Quel est le sens de leur action ? Il s’agit d’un mouvement d’abord économique, pas idéologique.  Ils cherchent la sécurité économique et une stabilité sociale. Pour eux ce que le mouvement est un mouvement de survie économique, un cri de dignité sociale, une contestation des capacités de l’État à gouverner.

Jeunes et étudiants politisés : il s’agit des urbains politisés, des jeunes en rupture avec toute légitimité du régime actuel. Le 29 les étudiants ont publié un communiqué et ont annoncé leur participation et leur solidarité. Ces catégories ont participés au mouvement « femme vie liberté » et ont organisé des actions contre le gouvernement.

Des jeunes sont souvent révoltés contre le régime car la république islamique empêche tout projet d’avenir. Ces jeunes sont contre le voile obligatoire et sont pour des relations libres entres filles et garçons. Très souvent ils sont libérés des dogmes religieux et sont très critiques vis-à-vis du régime corrompu. Les jeunes veulent de la liberté et une gouvernance laïque pour leur pays.

 

Les caractéristiques du mouvement actuel 

C’est un mouvement contestataire contre l’insécurité et l’instabilité économique. L’inflation très forte,  le cout de la vie, la chute historique de la monnaie iranienne (rial) face au dollar et les pressions des sanctions internationales, ont provoqué la colère du Bazar (marché) et les couches urbaines.
Un mouvement qui s’est transformé en mouvement politique contre le guide et la république islamique. Ce mouvement est dans la continuité de la révolution « femme vie liberté » qui rejette le modèle économique la politique étrangère et le modèle politique de la république islamique.
C’est un mouvement qui touche la capitale et aussi s’est étendu dans une dizaine de villes iraniennes. La géographie du mouvement devient rapidement le territoire national.
Ce mouvement s’inscrit dans une crise profonde de la société et du régime dictatorial. Ce mouvement est déclenché par la violence d’Etat et l’humiliation quotidienne. Le système politique dominant est caractérisé par un effondrement interne et une conflictualité des groupes au pouvoir. Le mouvement actuel va certainement provoquer la fragilité très forte du régime. Dans un contexte de pression des sanctions internationales et également sous la pression politique américaine et israélienne, le mouvement dans sa dynamique pourrait provoquer la chute du régime islamique.  

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