Deve Maboungou est expert en intelligence économique et en protection des entreprises, président du cabinet de conseil stratégique Noen Cie et enseignant-chercheur à l’Institut Thales Afrique de Dakar au sein du département de science politique et de relations internationales. Il a précédemment été directeur de cabinet de la Maison de l’Afrique, plateforme dédiée aux relations économiques intercontinentales, et il est engagé au sein de plusieurs réseaux de réflexion et d’influence sur l’Afrique et la France-Afrique. Lauréat de nombreuses distinctions pour son engagement associatif, humanitaire et citoyen, il s’impose aujourd’hui comme l’une des voix afro-européennes montantes sur les questions de souveraineté, de plomatie, de diplomatie économique et de recomposition des relations entre l’Afrique et l’Europe.

 

Face aux évolutions géopolitiques récentes impliquant le Venezuela et les États-Unis, l’Association indonésienne des entrepreneurs villageois (Indonesia Village Entrepreneurs Association – IVEA/APUDSI) a tenu à faire entendre une voix mesurée et responsable. Si ces événements semblent éloignés géographiquement de l’Indonésie, ils n’en demeurent pas moins porteurs de conséquences potentielles dans un monde désormais profondément interconnecté.

Pour l’IVEA/APUDSI, la situation vénézuélienne ne relève pas uniquement de la politique internationale. Elle s’inscrit dans une chaîne complexe de dynamiques économiques mondiales susceptibles d’affecter, à terme, la stabilité des prix de l’énergie, les coûts logistiques et la continuité des chaînes d’approvisionnement. Ces effets ne se limitent pas aux indicateurs macroéconomiques : ils peuvent atteindre le niveau le plus fondamental de l’économie indonésienne, celui des villages, des petites entreprises, des coopératives, des entreprises villageoises (BUMDes) et des acteurs économiques de terrain qui font vivre l’économie nationale au quotidien.

Dans ce contexte, l’IVEA/APUDSI estime indispensable d’exprimer sa position de manière claire, rationnelle et responsable. L’objectif est simple : éviter que les entrepreneurs villageois, les investisseurs, les jeunes moteurs du développement économique local et les décideurs publics ne prennent des décisions hâtives sous l’effet de l’incertitude, de l’émotion ou d’informations non vérifiées, un climat aujourd’hui largement répandu.

Une économie mondiale déjà fragilisée

Avant même les développements récents, l’économie mondiale évoluait sur des bases fragiles. À l’aube de l’année 2026, le marché mondial de l’énergie faisait face à une double tension : d’un côté, un risque de surproduction pour répondre à la demande globale ; de l’autre, une extrême sensibilité aux risques géopolitiques. Cette situation nourrit une anxiété permanente autour de possibles ruptures d’approvisionnement, anxiété qui peut elle-même engendrer les crises qu’elle redoute.

Dans ce cadre, le Venezuela demeure un facteur clé. Bien qu’il dispose des plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, le pays peine depuis des années à exploiter pleinement ce potentiel. Le manque d’investissements, les difficultés de gouvernance et l’instabilité politique ont transformé cette richesse en promesse incertaine plutôt qu’en source fiable d’approvisionnement.

Pour l’Indonésie, cette réalité n’est pas anodine. Les coûts logistiques nationaux restent fortement dépendants des prix mondiaux de l’énergie. Toute variation significative du marché pétrolier entraîne une réaction en chaîne qui se répercute jusque dans les villages : hausse des coûts de transport, renchérissement des matières premières et pression sur le pouvoir d’achat des communautés locales. Les villages figurent souvent parmi les premiers à ressentir concrètement les effets d’une gestion mondiale inefficace des ressources.

Surcharge informationnelle et risques de décisions hâtives

La situation actuelle au Venezuela ajoute une nouvelle couche d’incertitude à une économie mondiale qui n’a pas encore pleinement retrouvé son équilibre. Cette incertitude ne concerne pas seulement l’approvisionnement physique en énergie, mais aussi les perceptions de risque qui influencent directement les marchés, les entrepreneurs et les investisseurs.

Parallèlement, l’espace public est saturé d’informations, dont une part significative manque de fiabilité. Narratifs fragmentés, images non vérifiées et propagandes politiques contribuent à façonner des opinions et à provoquer des réactions impulsives chez ceux qui ne prennent pas le recul nécessaire.

Dans un tel contexte, l’IVEA/APUDSI alerte : des prises de position ou des décisions dépourvues de calme et de fondement factuel solide risquent d’aggraver les conséquences négatives. Pour les acteurs économiques villageois, cette phase impose une vigilance accrue. La volatilité des prix de l’énergie et des coûts logistiques peut affecter directement les coûts de production, la distribution et la trésorerie, en particulier pour des structures disposant de marges limitées.

Quels choix pour l’économie villageoise ?

À moyen et long terme, l’impact sur l’économie villageoise dépendra largement de l’évolution de la situation internationale. Si les tensions s’apaisent, les marchés devront reconnaître que la relance du secteur énergétique vénézuélien ne peut être immédiate : elle suppose stabilité, sécurité juridique et investissements de long terme. Dans ce scénario, la volatilité actuelle serait transitoire.

En revanche, si l’incertitude persiste, les risques de hausse durable des coûts logistiques et de pressions inflationnistes deviendront plus visibles. Ces effets se traduiront concrètement dans la vie quotidienne des entrepreneurs villageois : transports plus coûteux, matières premières plus chères et affaiblissement du pouvoir d’achat local.

À l’inverse, une stabilisation durable accompagnée d’une augmentation de l’offre énergétique mondiale pourrait, à moyen terme, ouvrir des opportunités. Une baisse des prix du pétrole pourrait réduire les coûts de distribution et offrir aux acteurs locaux la possibilité d’améliorer leur efficacité, d’augmenter leur échelle d’activité et d’élargir leurs marchés de manière plus soutenable.

Calme, données et responsabilité morale

En conclusion, l’IVEA/APUDSI appelle les entrepreneurs villageois, les investisseurs, les jeunes leaders économiques et les décideurs publics à placer systématiquement les données fiables et le raisonnement apaisé au cœur de leurs décisions. Cet appel vaut tant pour les choix économiques que pour les réactions face aux événements globaux, notamment lorsqu’ils touchent à des enjeux humanitaires.

Dans un monde interdépendant, même les réactions les plus modestes – y compris les mots employés – peuvent influer sur le cours des événements et, en retour, affecter les économies locales.

L’IVEA/APUDSI affirme sa conviction : les acteurs économiques villageois indonésiens sont capables de maturité économique et de dignité humanitaire. Ils peuvent résister à la désinformation, éviter les réactions précipitées et agir avec discernement.

L’association poursuivra sa mission de communication économique responsable, en proposant des analyses globales rigoureuses et en accompagnant les entrepreneurs villageois dans la préservation de la durabilité des économies locales, socle de la résilience nationale.

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