Daoud Imoulayen , réfugié politique algérien

 

La relation diplomatique entre la France et l’Algérie traverse l’une de ses périodes les plus tendues depuis plusieurs décennies. C’est dans ce contexte de crispation prolongée que, le 18 décembre dernier, l’Association France-Algérie (AFA) a élu Ségolène Royal à sa présidence. L’ancienne ministre s’est immédiatement fixé pour objectif de « renforcer le développement des relations amicales et de coopération » entre les deux pays.

Le 17 janvier, pour sa première prise de parole officielle à la tête de l’AFA, lors d’une journée organisée par l’IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques), Mme Royal a exposé sa vision d’une réconciliation franco-algérienne. Un discours sans ambiguïté, articulé autour de trois axes principaux : la reconnaissance des crimes coloniaux, la restitution des biens culturels et la transmission des archives relatives aux essais nucléaires français en Algérie.

Selon la nouvelle présidente de l’AFA, la France doit reconnaître, réparer et présenter des excuses pour les « violences coloniales » commises durant la période de l’occupation. « Certaines blessures n’ont ni été nommées, ni réparées, ni excusées. Elles doivent l’être », a-t-elle déclaré. Une position qui place la France face à une responsabilité exclusive, sans évoquer la moindre réciprocité.

Le plan défendu par Mme Royal suggère ainsi que la relance des relations bilatérales repose uniquement sur des concessions françaises. Faut-il en conclure que la France serait seule responsable de la crise diplomatique actuelle ? Une telle lecture interroge, tant elle écarte les tensions récentes, les prises de position officielles d’Alger et les responsabilités partagées inhérentes à toute brouille diplomatique.

Dans les usages diplomatiques, quels que soient les pays concernés, la sortie de crise suppose généralement des gestes de part et d’autre. Or, par prudence politique ou par volonté manifeste de complaire au régime algérien, Ségolène Royal concentre l’ensemble de ses reproches sur la France. Une posture immédiatement saluée par l’ambassade d’Algérie, qui y voit une « prise de position forte, espérée par des millions de citoyens des deux rives de la Méditerranée ».

Ségolène, plus royaliste que le roi

Le 24 décembre dernier, la loi algérienne criminalisant la colonisation française a été adoptée à l’unanimité par les députés de l’Assemblée populaire nationale. Pointant des « crimes d’État imprescriptibles », le texte exigeait explicitement de la France des « excuses » et des « réparations ». Le plan présenté par Mme Royal semblait alors s’inscrire parfaitement dans cette ligne de revendications.

Mais ce projet de loi, arrivé cette semaine au Conseil de la nation. Le Sénat algérien a connu des inflexions notables. Selon le journaliste Ali Boukhlef, qui s’est exprimé jeudi sur sa page Facebook, les sénateurs auraient « exprimé des réserves sur 13 articles ». Toujours selon lui, le texte amendé, appelé à poursuivre sa navette parlementaire, ne contiendrait désormais plus aucune demande formelle d’excuses ni de réparations.

C’est ici que le positionnement de Ségolène Royal apparaît le plus paradoxal. En exigeant de la France des excuses, des réparations, et une forme de repentance unilatérale, elle formule avec une ardeur particulière des demandes que les propres parlementaires algériens ont choisi d’atténuer, voire d’abandonner.

À vouloir renouer coûte que coûte avec Alger, Mme Royal adopte ainsi une posture plus royaliste que le roi. Une démarche qui, sous couvert de réconciliation mémorielle, donne le sentiment d’une capitulation politique face au régime algérien, sans garantie tangible d’un apaisement durable des relations entre les deux États.

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