Je m’adresse à ceux qui, comme moi, subissent les diatribes d’écolos déconnectés de sa cousine wokiste. Cousine qui respire le Sandrine-Rousseauisme et le boulgour élevé en permaculture. Grâce à ce petit retour d’expérience en zone LFI : L’Entrecôte fait incident. Toute allusion à un parti politique serait fortuite. Vous pourrez, en toute conscience, reprendre de ce si bon bœuf bourguignon, malgré la réaction en dégradé pastel de votre cousine : tête rouge et cheveux bleus ! Vous allez le déguster avec plaisir ! Bref, le décor est planté : la table est mise, le vin respire, et la discussion va inévitablement déraper. Comme toujours, elle commence par une petite phrase faussement anodine… « La droite, vous avez du mal avec l’écologie. » Ah oui ? Pourquoi ? (Spoiler : elle aura déjà mentalement quitté la pièce.)

Alerte en vue : procès rendu à charge, débat clos avant même d’avoir commencé. « Parce que vous êtes climatosceptiques. » À défaut de slogans, tentons un instant un exercice périlleux : regarder les faits. Alors parlons chiffres : selon un sondage de l’institut Kantar, commandé par Écologie Responsable, 80 % des personnes se déclarant de droite se disent inquiètes pour le climat.La réalité vient encore de marcher sur le tapis de yoga… Mais admettons. Nous sommes probablement d’accord avec notre cousine wokisée sur le fait qu’être climatosceptique, c’est refuser la nécessité de la biodiversité dansce qui nous entoure. Dans ce cas, ceux qui bétonnent sont logiquement des climatosceptiques ?

Mais alors, quel est le département de France le plus bétonné ? Réponse : la Seine-Saint-Denis ! Et qui est à la tête de la Seine-Saint-Denis depuis la création effective de ce département en 1968 ? Réponse : la gauche, sous la houlette du PCF puis du PS ! Silence. Regard fixe. Début de syncope. Elle devra probablement boire une gorgée de kombucha pour se remettre d’aplomb. Déstabilisée mais pas vaincue, la cousine change alors de terrain. Quand l’urbanisme devient gênant, il reste toujours la morale individuelle. « Oui, mais tu portes du cuir véritable ? Ça pollue tellement et des animaux meurent juste pour en produire. » Alors, ma Greta, reprenons calmement. Laisse-moi te dire que les animaux sont d’abord utilisés pour la production de la viande, puis il y a une réutilisation des peaux. Son cycle de production commence par les peaux d’animaux abattus à des fins alimentaires qui, autrement, deviendraient des déchets compliqués à éliminer. Ensuite, selon l’étude « Nothing to Hide », une seule peau de bovin jetée comme déchet génère des émissions de gaz à effet de serre équivalentes à environ 22,3 kg de CO₂, tandis que celles produites par les processus de tannage s’élèvent à environ 4,6 kg de CO₂. Cela réduit donc d’environ 80 % les émissions.

Cette étude estime qu’actuellement environ 55 % de l’approvisionnement total mondial en peaux de bovins finit dans la chaîne de valeur du cuir et que les 45 % restants sont gaspillés. En ce sens, le traitement du vrai cuir permet de récupérer des déchets qui finiraient autrement en décharge. Et côté durabilité ? Il est indéniable que le vrai cuir bat le cuir synthétique. Des produits en vrai cuir peuvent durer de nombreuses années, voire toute une vie. Au contraire, le cuir synthétique a une faible résistance et, avec le temps, il peut devenir inutilisable en deux ou trois ans. Au fond, ton alternative « éthique » est un dérivé du pétrole qui finira en microplastiques dans l’océan d’ici peu. Quand l’argumentation patine, il reste toujours l’option morale : simplifier le monde, désigner un coupable, et poser la question qui se veut définitive. « Ces déchets n’existeraient pas si tu ne consommais pas de viande. » En somme, chère moralisatrice, tu proposes le remplacement du paysan par une usine à tofu, tout en dépendant d’un soja importé qui déforeste l’Amazonie et alimente l’élevage industriel. A contrario, les prairies bien gérées, qui stockent du carbone (600 kg par hectare et par an) et soutiennent la biodiversité, tu les dévalorises en les stigmatisant et en les prenant pour des climatosceptiques !

J’anticipe la prochaine remarque sur la qualité des aliments. Rappel utile : 80 % du soja est modifié génétiquement. Enfin, ton aliment de prédilection, qu’il soit bio ou non, contient des composés naturellement présents mais ô combien néfastes pour la santé, tels que les phytates, les lectines et les inhibiteurs de trypsine. Acculée sur le fond, la discussion se replie alors sur un dernier refuge : le symbole. Le vêtement « vert », censé laver tous les péchés. « On peut au moins être d’accord que porter des vêtements en plastique recyclé, c’est quand même super ? » Évidemment, sauf si, en lavant ce t-shirt, 700 000 microfibres plastiques sont rejetées par lavage ! Trop petites pour être filtrées, elles finissent tranquillement dans l’océan et, à terme, dans la chaîne alimentaire. Ton legging en bouteilles plastiques recyclées pollue plus l’océan à chaque lessive que les bottes en cuir de papi en trente ans. Alors, permets-moi de préférer mon bon vieux pull en laine ! À ce stade, l’agacement laisse place à une interrogation plus large, presque existentielle : si tout cela ne suffit pas, alors que faire ? « Mais il n’y a rien d’écologique pour toi ? À t’écouter, rien ne peut aller dans le sens de la planète, de quelle manière pouvons-nous lutter contre le dérèglement climatique ? » Il est impératif de se séparer des approches technocratiques et centralisées. Il faut aller vivre l’écologie dans la terre, et ne pas se limiter au milieu parisiano-centriste. Le maire est l’élu qui connaît mieux que n’importe qui les réalités et les besoins de son territoire. Il faut redonner les moyens de décision aux élus locaux, car c’est à ce niveau que le concret, l’humain et l’efficacité peuvent faire lutte commune avec l’écologie.

Il faut que chacun puisse vivre l’écologie comme une espérance et non une contrainte. Pour ce faire, il est nécessaire d’associer pouvoir d’achat et écologie. Cela passe par exemple par l’ouverture de mines de lithium et de centrales nucléaires permettant la création de bassins d’emplois. La filière nucléaire fait vivre pratiquement 250 000 personnes réparties sur 56 sites. D’ici 2025, la filière veut atteindre 100 000 embauches. Si vous êtes taquin, vous pourrez ajouter : Enfin, chère cousine ; en rentrant, il sera important pour toi de te mettre sous curatelle des vidéos « écolo » de Camille Étienne sur TikTok. Mais n’oublie pas une chose : chaque année, un utilisateur de cette plateforme génère autant de gaz à effet de serre que s’il conduisait environ 198 kilomètres avec une voiture à essence (selon Reporterre). Donc oui, tu pourras justifier cette pollution en disant soutenir le combat climatique à travers les réseaux sociaux, mais les chiffres sont là. Ne banalise pas l’usage du numérique !

En moyenne, il vous faudra sept minutes pour lire ce sobre retour d’expérience en zone LFI ; durant ce même laps de temps, le groupe Fnac Darty (heureux diffuseur du livre de Camille Étienne) aura émis autant de pollution que 71 000 voitures circulant simultanément durant cette courte période. Drôle de compromis pour celle qui prône la sobriété et fustige le productivisme. Belle synergie !

 

Par Cyr de la Chapelle, chargé de mission chez Ecologie responsable

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