Alors que le 15 mars approche, les élections municipales à Paris, Lyon et Marseille s’annoncent particulièrement ouvertes. La réforme de la loi PLM intervient dans un contexte de recomposition des rapports de force et de fragilisation des équipes municipales en place.

À quelques semaines du premier tour des élections municipales, Paris, Lyon et Marseille concentrent l’essentiel des attentions politiques. Dans ces trois métropoles, les enquêtes d’opinion dessinent des configurations profondément instables, marquées par l’affaiblissement des équipes municipales en place, la fragmentation des offres politiques et la montée de logiques de rejet. La réforme de la loi PLM, en instaurant un double scrutin, ne constitue pas spécialement l’enjeu central, mais elle en modifie sensiblement les conditions d’expression. Elle agit moins comme un déclencheur que comme un amplificateur de dynamiques électorales déjà à l’œuvre, avec une hausse de la participation à suivre et anticiper.

Les sondages réalisés ces dernières semaines mettent en évidence des situations contrastées selon les villes. À Paris et à Marseille, aucune force politique ne s’impose comme hégémonique, les forces issues des majorités municipales en place conservant des socles électoraux réels, mais fragilisés par une usure manifeste de l’action menée au cours du mandat. À Lyon, en revanche, les enquêtes d’opinion traduisent une remise en cause beaucoup plus frontale de l’exécutif sortant, ouvrant la voie à une recomposition électorale plus nette. Dans l’ensemble des trois métropoles, un enseignement s’impose : les rapports de force sont aujourd’hui suffisamment éclatés pour rendre crédibles des configurations de second tour inédites.

À Paris, l’héritage de l’ère Anne Hidalgo pèse lourdement sur la campagne municipale. L’équipe sortante aborde le scrutin dans une position de fragilité, marquée par, même s’ils restent en tête en premier tour, l’affaiblissement de la gauche et des écologistes et l’absence de figure naturellement fédératrice à gauche. Les enquêtes d’opinion laissent ainsi entrevoir un ballottage potentiellement défavorable pour la majorité municipale actuelle.

Le scénario d’un second tour très fragmenté, voire d’une pentagulaire, n’est plus à exclure. Une telle configuration pourrait opposer notamment Rachida Dati pour la droite, Pierre-Yves Bournazel pour le bloc central, Sophia Chikirou pour La France insoumise, et Sarah Knafo pour le bloc national. La dynamique du bloc national est particulièrement frappante. Alors que le Rassemblement national ne recueillait qu’environ 1,5 % des suffrages à Paris en 2020, l’ensemble du bloc national atteindrait aujourd’hui près de 14 %. Cette progression témoigne d’une recomposition profonde de l’électorat parisien, longtemps considéré comme imperméable à ce type d’offre politique, permise grâce à la candidate de Reconquête, attirant un électorat bourgeois et conservateur hostile au Rassemblement national.

Dans ce contexte de forte dispersion, Rachida Dati pourrait disposer d’une véritable carte à jouer au second tour, la division de ses adversaires pesant autant que les rapports de force bruts.

À Lyon, la situation apparaît beaucoup plus tranchée. Tout comme une grande partie des sortants écologistes, le maire Grégory Doucet est en difficulté et fait face à un rejet massif et durable, qu’il ne parvient pas à résorber dans les enquêtes d’opinion. Face à lui, la candidature de Jean-Michel Aulas s’est imposée comme un phénomène politique à part entière.

Les sondages font état d’un écart proche de vingt points dès le premier tour. La question n’est donc plus seulement celle d’une alternance, mais celle de son ampleur. Un succès dès le premier tour, au-delà de 50 %, n’est plus inenvisageable, porté par un vote utile massif visant à provoquer une rupture nette avec la majorité écologiste sortante. Même dans l’hypothèse d’un second tour en duel, Jean-Michel Aulas dépasserait largement les 60 % des suffrages. Lyon apparaît ainsi comme la grande métropole où le suspense électoral est aujourd’hui le plus limité.

Marseille constitue, à l’inverse, la configuration la plus incertaine et la plus explosive politiquement. Les enquêtes d’opinion placent Benoît Payan et Franck Allisio du Rassemblement national au coude-à-coude dès le premier tour, chacun autour de 31 %. Cette situation confirme l’ancrage désormais solide du vote RN dans la deuxième ville de France.

Derrière ce face-à-face, Martine Vassal tente de s’imposer comme une alternative crédible, tandis que Sébastien Delogu pourrait jouer un rôle déterminant en se maintenant au second tour. L’hypothèse d’une quadrangulaire n’est pas à exclure. Dans ce cas, la dispersion des voix à gauche pourrait permettre au candidat RN, Franck Allisio, de l’emporter, malgré un rapport de force défavorable en duel face à Benoît Payan.

La réforme de la loi PLM ne crée pas les rapports de force observés dans les sondages, mais elle en modifie les conditions de lecture. En renforçant l’ancrage local du scrutin, elle peut surtout pénaliser la gauche. Au-delà des rapports de force chiffrés, ces municipales sont aussi marquées par une forme de fatigue électorale. Dans les grandes métropoles, une partie croissante de l’électorat ne semble plus arbitrer entre des projets, mais rechercher une issue, parfois par défaut, à des mandats jugés décevants.

À Paris, Lyon et Marseille, les municipales de 2026 apparaissent ainsi moins comme un vote d’adhésion que comme un scrutin de recomposition. Plus qu’un simple ajustement institutionnel, la réforme PLM agit comme un accélérateur politique, rendant possibles des configurations longtemps jugées improbables dans les grandes métropoles françaises.

Si les municipales demeurent, par nature, des élections locales, leur portée dépassera largement ce cadre dans les grandes métropoles. À Paris, Lyon et Marseille, les résultats constitueront un test politique à part entière. Dès le lendemain du scrutin, chaque camp y cherchera des enseignements nationaux : Reconquête scrutera de près le score de Sarah Knafo à Paris, le Rassemblement national en fera de même à Marseille, tandis que le bloc central pourrait souffler en récupérant Lyon. Verdict le dimanche 22 mars prochain.

Clément Macchi

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