En ciblant les grands groupes pour épargner la dépense publique, l’exécutif et la gauche commettent une erreur fatale selon Bernard COHEN-HADAD : ils ignorent que l’économie est un écosystème où frapper les « gros », c’est tuer les « petits ».

 

L’idéologie a la vie dure, surtout lorsqu’elle sert de boussole à un navire budgétaire en perdition. Alors que la France affronte une vague de faillites record, le gouvernement, otage d’une exigence de « neutralité socialiste », a décidé de sacrifier la compétitivité économique sur l’autel de la paix politique. Pour boucler son budget 2026, il prévoit le maintien de la surtaxe sur l’IS (doublant la mise à 8 milliards d’euros pour les 300 plus grands groupes) et le report sine die de la baisse de la CVAE. Ce ne sont pas de simples ajustements. C’est plutôt le triomphe du raisonnement manichéen : « les gros peuvent payer ».

Cette capitulation témoigne d’une méconnaissance pathologique des mécanismes de création de valeur. La gauche persiste dans une défiance marxiste envers l’entreprise. Elle célèbre le pouvoir d’achat distribué par l’État tout en dynamitant ceux qui le financent. C’est le niveau zéro de la politique économique : faire des entreprises l’unique variable d’ajustement d’un État incapable de se réformer.

 

« Les gros peuvent payer » : un poison pour nos PME

Penser que l’on peut taxer les grandes entreprises sans impacter les PME est une illusion dangereuse. Les 300 groupes visés ne sont pas des îlots isolés ; ils sont les locomotives d’un train dont les wagons sont nos PME et nos sous-traitants.

Ce raisonnement oublie que les 117 premières entreprises emploient plus de 2 millions de personnes. Lorsqu’un géant de la tech voit sa fiscalité s’alourdir de 100 millions d’euros, ce n’est pas le dividende qui s’ajuste. C’est le budget R&D qui saute, c’est l’usine qui ne s’agrandit pas, et c’est le carnet de commandes de la PME locale qui se vide.

C’est un engrenage mortel. Les grandes entreprises vont négocier plus durement avec leurs fournisseurs. C’est toute la « France qui travaille » (artisans, commerçants) qui paiera la facture. Dans un contexte où les défaillances d’entreprises ont atteint le chiffre record de 69 000, menaçant 259 000 emplois, ajouter ce fardeau est irresponsable.

 

Dépenser toujours plus : l’éternelle fuite en avant

Ce budget porte la marque d’un logiciel de gauche obsolète : l’incapacité chronique à baisser la dépense publique. Plutôt que de s’attaquer au maquis des 15 000 aides inefficaces, on préfère augmenter les recettes en tapant sur le secteur productif. Le gouvernement achète la paix sociale à crédit. L’augmentation de la prime d’activité, financée par les entreprises, en est l’exemple parfait. Conçu pour encourager le travail, ce dispositif est devenu, sous la pression politique, un outil de redistribution qui alimente les trappes à bas salaires. Un patron qui augmente un salarié au SMIC voit la prime d’activité de ce dernier baisser : le travail ne paie plus. C’est une hérésie qui décourage l’effort.

La vraie justice sociale, ce n’est pas de « bunkériser » les capitaux ou de punir la réussite. C’est de libérer les énergies. Nos voisins européens l’ont compris : l’Allemagne et le Royaume-Uni affichent des charges sur les salaires bien inférieures (28 % et 20 % contre 48 % en France). C’est ce différentiel qui tue notre compétitivité.

L’État doit cesser d’être un frein. Il faut arrêter d’opposer la France des PME à celle des grands groupes. Les entrepreneurs et les dirigeants qu’ils dirigent une start-up ou une multinationale sont les seuls créateurs de richesse. Si la gauche veut réellement défendre l’emploi, elle doit cesser de voir l’entreprise comme un ennemi à abattre, mais comme le seul partenaire capable de financer un modèle social responsable.

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