« Dump Trump » était le mot d’ordre qui régnait dans les manifestations « No King » du 28 mars 2026. Un mois après le début de la guerre en Iran, les quelque 8 millions de personnes descendues dans la rue ce jour-là témoignent d’un malaise profond qui traverse le peuple américain. Pourtant, à 6 mois des midterms, la mauvaise passe des Républicains est loin de garantir un succès pérenne aux Démocrates. Ceux-ci ne disposent d’aucune stratégie claire pour aborder les échéances électorales de 2026 et de la présidentielle de 2028 tandis qu’ils doivent encore faire émerger une figure charismatique capable de porter un projet de rupture pour incarner l’alternance et redevenir pertinents dans une Amérique polarisée.
Un GOP à genoux
Aubaine pour la gauche, la déconfiture des Républicains s’aggrave de jour en jour. D’un côté, le mouvement MAGA se sent trahi par une administration qui se refuse à publier les Epstein files et qui s’entête dans une énième guerre au Moyen-Orient. Pire, l’administration Trump s’embourbe dans un conflit en Iran avec la perte le 3 avril de deux pilotes alors que Donald Trump répète que « le ciel iranien lui est ouvert ». De l’autre, les électeurs modérés qu’avait su conquérir Donald Trump en 2024 désertent le parti. Il faut dire que la brutalité des politiques menées jusqu’ici a de quoi en rebuter plus d’un : beaucoup ont voté pour limiter l’immigration, pas pour qu’une milice cagoulée aille malmener des pères de famille sur leur lieu de travail. Pire, la flambée des prix de l’essence sur fond de tensions autour du détroit d’Ormuz est une véritable bombe à retardement qui avait ironiquement provoqué la défaite des Démocrates en 2022.
Le GOP risque de faire face à une hémorragie électorale. Selon The Economist, les Hispaniques ne sont plus que 22 % à soutenir le président alors que 48 % d’entre eux avaient voté pour lui en 2024. Surtout, seuls 36 % des Américains déclarent approuver la politique du président Trump, une proportion qui chute à un quart auprès des indépendants, contre respectivement 33 % et 37 % pour Biden en 2022 et Obama en 2010. Ces chiffres sont par ailleurs d’autant plus inquiétants que les élections américaines se jouent sur une poignée de minorités et de modérés qui peuvent basculer d’un côté ou de l’autre avec une très grande volatilité. En prenant cet électorat pour acquis, en oubliant de le choyer, les Républicains se sont sabordés. En somme, les Républicains s’apprêtent à aborder des midterms armés d’une base démobilisée pour convaincre des modérés déçus.
Mais une opposition démocrate qui n’est pas dans un meilleur état
Malgré la désillusion du camp trumpiste, les Démocrates ne sont pas dans un meilleur état. Sur le plan tactique, l’équation électorale est compliquée. Si la Chambre est à portée de main, le Sénat semble clairement hors d’atteinte puisque les Démocrates auraient besoin de faire basculer 3 sièges dans des États où Trump s’est imposé en 2024. Ensuite, ceux-ci n’ont pas encore pris complètement la mesure de leur échec. Le bilan de l’administration Biden laisse en effet un souvenir amer, que ce soit sur le plan économique avec le symbole indépassable du doublement du prix de la douzaine d’œufs entre 2023 et 2024 ou sur le bilan migratoire catastrophique avec l’arrivée de 4 millions de clandestins au cours du mandat.
Pour couronner le tout, les Démocrates peinent à comprendre que l’anti-trumpisme primaire ne suffit pas. Le milliardaire n’est plus qu’un canard boiteux qui appartient au passé ; il est temps pour eux de proposer une alternative enviable et lisible. En décembre, le sénateur Adam Schiff suggérait que le parti ne devait pas chercher à avoir une seule incarnation, qu’il était plus efficace d’avoir une myriade de factions s’adressant chacune à sa chapelle. C’est peut-être opportun s’ils veulent ne se contenter que d’une victoire sans lendemain en 2026, mais c’est suicidaire s’ils souhaitent changer la donne pour 2028. Justement, cette paresse intellectuelle est sèchement sanctionnée par des Américains qui ne donnent que six points d’avance aux Démocrates contre une dizaine à la même période en 2018. Il leur faut donc redevenir un parti que l’on choisit par adhésion plutôt que par défaut, ce qui implique d’abandonner le verbiage wokiste et de s’attaquer aux préoccupations concrètes des Américains en matière de pouvoir d’achat, de sécurité, d’immigration et de coût de l’énergie.
Les Démocrates à la croisée des chemins
Les Démocrates font face à un choix clair : s’engourdir dans le confort d’une opposition facile à une administration erratique ou sortir des sentiers battus pour offrir un projet de rupture. La première option a déjà été explorée et elle a conduit au grand retour de Trump. Reste donc la seconde possibilité, certes plus risquée mais sans doute plus prometteuse. En réalité, il est temps pour eux d’acter que le trumpisme n’est pas qu’une parenthèse mais un paradigme qui est là pour durer. Leur objectif est donc de s’accommoder de cette nouvelle réalité, tout comme Bill Clinton avait su jouer avec la révolution conservatrice dans les années 90.
L’enjeu pour les Démocrates n’est pas de grappiller quelques sièges en novembre mais de susciter l’engouement pour la prochaine décennie. Reste à savoir qui finira par s’imposer entre le libéralisme musclé de Gavin Newsom, le socialisme de Zohran Mamdani, le populisme chrétien de James Talarico et la rhétorique enflammée de Jon Ossoff. Le parti ne s’est pas encore trouvé de champion mais la diversité des prétendants indique que les alternatives politiques existent. Il n’y a plus qu’à tirer les marrons du feu.
D’un mot, les Démocrates se cherchent leur Trump.
Augustin Bataille, analyste politique au think tank gaulliste et indépendant Le Millénaire, auteur du rapport « Les Démocrates se cherchent leur Trump ».
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