Le séisme du 7 octobre a changé tout l’équilibre de la tectonique des plaques géopolitiques au Moyen-Orient. L’axe iranien avec son vassal le Hamas ne s’attendaient certainement pas à ce que le bout de domino qu’ils ont balancé en s’attaquant sauvagement à des civils israéliens allait ébranler tous leurs calculs et toute l’assise des proxies sur laquelle la République islamique d’Iran avait bâti son empire. Et pourtant, la République islamique d’Iran avait préparé une campagne médiatique et politique bien ficelée avec des éléments de langage prêts à l’emploi à partir du lendemain du 7 octobre.
« Génocide », « Gaza, prison à ciel ouvert », etc., non sans le concours d’organismes médiatiques liés au Qatar. La guerre fut longue et atroce dans l’enclave palestinienne. Cette inertie dans la guerre permise par la communication mensongère du Hamas, l’éternisation de la libération des otages et les pressions internationales sur Israël à cause de la crise humanitaire générée a fait croire à un affaiblissement stratégique israélien. Face au paysage de destruction de l’enclave, on était souvent tenté de croire à une victoire à la Pyrrhus pour Netanyahu. Mais cette guerre, malgré son lot de souffrances de part et d’autres, a été soldée d’une défaite cuisante de la milice palestinienne djihadiste, suivie de la décapitation de la milice terroriste du Hezbollah, l’effondrement de la dictature des Assad en Syrie et la guerre fulgurante de 12 jours en Iran.Le Moyen-Orient a assisté également au recul de la force des Houthis au Yémen, dont les bases ont été ciblées par des frappes chirurgicales et destructrices de la part des Américains.
Tous les calculs de l’axe « anti-impérialiste » mené par l’Iran ont échoué. Israël s’est imposé comme une nouvelle puissance déterminante au Moyen-Orient : contrôlant l’espace aérien syrien, ouvrant de nouvelles voies politiques inédites comme la reconnaissance du Somalilandau grand dam des réactions arabes outrées, le soutien apporté aux Druzes de Soueïda au sud de la Syrie et la maîtrise de la communication avec l’opposition libanaise au Hezbollah à travers le porte-parole arabophone de l’armée israélienne Avichaï Adrae. Des symboles ont chuté aussi bien que des régimes. Mais la reconfiguration du paysage du Moyen-Orient reste inachevée. Le frein américain face à toute poursuite de la guerre en Iran était considérable après le bombardement du site de Fordo. Il s’est manifesté dans une moindre mesure au Liban, avec la baisse de l’intensité des frappes et l’enclenchement des négociations directes, à la portée très limitée, entre Etat libanais et son voisin hébreu. Les dossiers iraniens et libanais ont été mis en mode veille en attendant d’entériner le plan Trump pour Gaza.
Entretemps, le Hezbollah a redéployé en 2025 plus de 400 commandants de terrain en Amérique latine et plus précisément au Vénézuela d’après Marshall Billingslea, ancien secrétaire adjoint au Trésor américain chargé du financement du terrorisme. Ces commandants ont rejoint les quelque 11 000 membres affiliés au Hezbollah entrés au Venezuela entre 2010 et 2019. Les frappes qu’a subi ce pays vampirisé depuis plus d’une décennie par le dictateur Maduro, saperont donc directement les fondements du trafic de drogues du Hezbollah. L’activité principale du Hezbollah dans ce domaine est la « cocaïne noire », une substance moulée en briques semblables à du charbon au Vénézuela, pour échapper à la détection par les forces de sécurité après exportation. Avec la chute de cette plaque tournante du trafic de drogues du Hezbollah, les Etats-Unis ont reproduit indirectement ce qu’Israël a fait avant de frapper l’Iran en juin 2025 : porter un coup dur au Hezbollah. En effet, avant l’intervention de juin 2025 en Iran, les bras armés ont été neutralisés pour éviter leur participation à d’éventuelles actions de représailles entreprises par le régime des Mollahs. Le Moyen-Orient est donc directement concerné par la capture de Maduro. Il s’agit là du financement du Hezbollah qui a été drastiquement réduit dans une opération qui compenserait, même tardivement, l’annulation de la Mission Cassandre par l’administration Obama en 2015, à la veille de la signature de l’Accord sur le nucléaire iranien.
Le Moyen-Orient bout. Les regards son rivés sur Téhéran et la lutte du peuple iranien pour renverser le régime théocratique des Mollahs et leurs appareils répressifs. Le chemin est encore long. Il n’y a pas encore eu de bascule significative en termes de renversement de figures puissantes des bassidji ou des Gardiens de la Révolution, pas de bâtiments étatiques attaqués et occupés par le peuple non plus. Mais la méthode Trump, associée à celle de Netanyahu, a préparé le terrain à tous les basculements au Moyen-Orient. Les proxies n’ont pas d’autre choix que de se tenir à carreaux. Encore faut-il ne pas laisser des actions inachevées. Dans la nouvelle dynamique, la République Islamique ne peut perdurer.
Maya Khadra
Maya Khadra est enseignante et journaliste franco-libanaise spécialiste du Moyen-Orient. Lauréate du Prix du journalisme francophone illustré en zones de conflits en 2013, elle a commencé sa carrière journalistique à L'Orient-Le Jour et a enseigné dans plusieurs établissements scolaires et universitaires à Beyrouth avant de s'installer à Paris. Elle est professeur de communication et de culture générale à l'IPAG Business School. Régulièrement invitée sur les chaînes télévisées françaises et arabes pour commenter l'actualité au Moyen-Orient : LCI, BFM, Franceinfo, Arte, Al Arabiyya, Skynews.
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