Depuis 1946, ce n’est pas inédit sous la République , mais il est suffisamment rare que les policiers (et aussi une autre catégorie des forces de l’intérieur, les pompiers) descendent dans la rue pour ne pas souligner le symbole de la « manif des flics » qui vient d’avoir lieu, ce samedi 31 janvier 2026, dans vingt villes, dont Paris, à l’initiative du secrétaire général Fabien VANHEMELRYCK du syndicat Alliance Police Nationale (30 000 adhérents revendiqués, 44 % des votants aux dernières élections professionnelles de la police nationale). Christophe Eoche-Duval* pour La Nouvelle Revue Politique a interrogé Stanislas GAUDON, son délégué national, pour comprendre ce malaise (qui a rassemblée 20.000 personnes selon les organisateurs) qui ne peut laisser insensible tout républicain.
NRP* : Pourquoi les Policiers descendent-ils dans la rue, les Français ne sont pas habitués à cette inversion des rôles ?
Stanislas GAUDON : Les policiers ont décidé de descendre dans la rue à l’initiative d’Alliance Police Nationale pour associer, de manière inédite, les citoyens à un cri d’alarme pour aider les policiers.
Bien au-delà des mesures catégorielles habituelles les policiers ne veulent que les moyens indispensables pour mener à bien leur noble mission d’assurer la sécurité des Français 365 jours par an et H24.
Pour cela il faut que le gouvernement et les parlementaires instaurent un vrai « plan Marshall » pour la police nationale, la police municipale et les gendarmes.
Rappelons ici que les politiques écrivent la loi et votent les budgets !
Aujourd’hui seulement 25 euros sur 1000 euros d’impôts sont fléchés pour la sécurité et 12% de ce budget est attribué au fonctionnement et l’investissement.
Quelles revendications concrètes, pour que les Français comprennent, adressez-vous à votre tutelle, au Parlement, aux maires dont l’élection est si proche ?
Il est grand temps d’avoir des bâtiments décents pour accueillir les victimes les gardes à vue (GAV) et surtout donner un environnement de travail respectueux de ceux qui s’engagent au péril de leur vie.
Où sont les véhicules de renouvellement du parc auto ?
Comment ne pas être doté d’un logiciel performant pour la rédaction des procédures à l’heure du tout numérique et de l’intelligence artificielle ?
A quand un prestataire digne de ce nom pour habiller les policiers ?
Autant de questions qui resonnent dans nos revendications hélas sans vraies réponses ambitieuses depuis plusieurs années.
Il y a urgence de se projeter et de faire preuve d’anticipation pour organiser la réponse opérationnelle des forces de sécurité pour le bien commun fondamental d’aller et venir en toute sécurité.
On a entendu certains élus dirent ou endosser : « la police tue » ; comment votre syndicat Alliance Police Nationale réagit à ce discours de haine ?
Un mot pour les soi-disant élus républicains qui profèrent des insultes haineuses, des raccourcis nauséabonds, des propos à la limite de l’apologie anti-flic :
La présomption de culpabilité, les désignations honteuses d’une minorité criarde sont autant de cibles que certains collent sur le dos des policiers.
Non la police ne tue pas, elle sauve, elle sécurise et elle met à disposition de la justice les délinquants et les criminels.
Alliance Police Nationale n’acceptera jamais de se taire et notre slogan c’est : « agir pour ne pas subir ! »
Nous utiliserons donc tous les outils juridiques pour faire condamner les supporters de la haine anti-flic.
Le mot de la fin ?
Cette journée inédite de mobilisation citoyenne dans le monde syndicale aura en tout cas montré deux choses :
D’abord, la population française est derrière sa police en très grande majorité et cela fait chaud au cœur en ces moments où tous les voyants sont au rouge en termes de violences, d’homicides, de trafics de stupéfiants et de refus d’obtempérer.
Ensuite, des partis politiques et des élus ont fait le choix de ne pas soutenir les policiers ce 31 janvier 2026 ils sont de ce fait disqualifiés pour les prochaines interventions au Parlement. Ils ne peuvent plus affirmer qu’ils nous respectent et nous soutiennent.
En conclusion nous dirions que notre pacte républicain mérite de dépasser les clivages politiques syndicales. Les enjeux sont trop importants dans cette société fracturée au milieu d’un climat international qui frise la politique guerrière.
Mettons nos expertises nos forces nos idées pour qu’une vraie « chaine pénale » soit le rempart contre le chaos.
Christophe Eoche-Duval
Christophe Eoche-Duval, né en 1961, est Conseiller d’État (s’exprimant à titre personnel). Spécialiste de volumétrie normative, du droit de la déontologie des professions de santé et de droit maritime, il publie régulièrement dans les revues juridiques. Essayiste, il est l’auteur, notamment, de L’inflation normative (Plon) et Le prix de l’insécurité (Eyrolles).
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