Première destination européenne des investissements étrangers depuis sept ans, la France aborde 2027 dans un contexte concurrentiel plus dur, marqué par un ralentissement des projets. Le 19 novembre 2026, les entreprises étrangères présenteront leur livre blanc et confronteront leurs attentes aux équipes de campagne lors de la 21e édition des États de la France.

L’attractivité n’est jamais acquise

Les entreprises étrangères sont un maillon stratégique de l’économie française. Si elles ne représentent que 0,5 % des entreprises, elles contribuent à 17 % du PIB, 39 % des exportations industrielles, 25 % des emplois industriels et 22 % de la recherche et développement. Entre 2009 et 2024, elles ont davantage embauché que les groupes français. Leur apport à l’économie nationale est indiscutable. Une donnée est néanmoins à prendre en compte : la France est arbitrée par des sièges qui la comparent, chaque année, à ses voisins ou à d’autres continents.

Mais l’attractivité n’est jamais acquise. Elle se construit dans la durée et peut se fragiliser rapidement.

Presque 15 ans de politique d’attractivité…

Depuis 2019, la France est la première destination européenne des investissements étrangers, selon le baromètre EY, qui confirme cette position pour la septième année consécutive, devant le Royaume-Uni et l’Allemagne. Ce résultat ne doit rien au hasard. Il tient à une suite de mesures prises par les gouvernements successifs depuis 2013 à la suite du rapport Gallois sur la réindustrialisation Ces 13 années ont changé la lecture que les sièges mondiaux font de la France.

Les dirigeants d’entreprises étrangères les citent spontanément : la baisse du taux de l’impôt sur les sociétés de 33 % à 25 %, dont le signal a compté autant que le montant ; le prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital, qui a permis le retour de cadres dirigeants installés à l’étranger ; les réformes du droit du travail et de l’apprentissage ; la loi Pacte ; le maintien du crédit d’impôt recherche, parmi les plus incitatifs d’Europe ; France 2030 et France Santé 2030 ; la création de Choose France et de la French Tech ; la loi Industrie verte. Ces mesures ont fait passer la France, dans les comités d’investissement, du statut de pays peu attractif à celui de destination de référence en Europe continentale.

Surtout, la politique d’attractivité a produit des résultats aussi concrets que mesurables. Depuis l’entrée en vigueur de la loi Industrie verte en octobre 2024, plus de 1 150 dossiers d’autorisation environnementale ont été instruits dans un délai moyen inférieur à huit mois, contre dix-sept mois auparavant. La méthode dite « Notre-Dame », qui mobilise l’ensemble des services de l’État autour d’un projet, s’applique désormais à plus de 150 projets industriels. France 2030 a financé 7 500 projets pour 44 milliards d’euros engagés ; l’étude d’impact publiée en septembre 2026 estime que l’État en est remboursé en trois à cinq ans. La production nationale de plaquettes de semi-conducteurs est passée de 2 à 28 millions d’unités par an. Selon Business France, entre 2014 et 2025, 17 000 décisions d’investissement portées par 7 871 entreprises étrangères ont créé ou maintenu 415 000 emplois. En 2025, les engagements annoncés lors de Choose France ont atteint un niveau record de 93 milliards d’euros.

Ces chiffres ne sont pas des intentions : ce sont des usines, des centres de recherche et des emplois. Selon l’étude de l’EM Lyon pour Les États de la France, quand une entreprise étrangère crée un emploi, elle en crée deux dans la sous-traitance. Et ces entreprises sont implantées dans des territoires de villes moyennes, souvent depuis des décennies, pour certaines depuis plus d’un siècle.

Mais à la veille d’une élection qui pourrait bouleverser le paysage politique de la France, dans un Momentum mondial aux repères inédits, que sera-t-il fait de l’attractivité de notre pays ?

Un contexte international et national plus complexe

Ce bilan attractivité doit être lu à la lumière d’une conjoncture qui s’est durcie. En 2025, l’investissement international a reculé dans toutes les régions du monde, pour la première fois depuis que les baromètres EY le mesurent. L’Europe a accueilli un peu plus de 5 000 projets transfrontaliers, contre 6 653 au pic de 2017. Les montants investis ont baissé d’environ 16 % dans le monde et de 22 % en Europe ; les emplois associés ont reculé de 25 % en Europe. Pour plus de 40 % des dirigeants interrogés, les tensions géopolitiques dominent désormais leurs décisions.

Le jeu n’est donc pas à somme nulle : tous les continents sont en recul. Dans ce paysage, les États-Unis et la Chine assument une compétition de puissance, mesures unilatérales et subventions massives d’un côté, surcapacités exportées de l’autre. Le solde commercial de l’Allemagne avec la Chine sur la machine-outil, fondement historique de son industrie, s’est inversé. L’Europe, elle, conserve un argument que ses concurrents n’ont pas : la stabilité de ses institutions, de sa monnaie et de son droit. Cet argument reste valorisé dans les comités d’investissement.

Dans ce contexte exigeant la France n’est évidemment pas une île. Chaque décision fiscale, réglementaire ou sociale prise à Paris est lue dans un siège à New York, Shanghaï, Tokyo, Séoul ou Francfort, et comparée avec ce que proposent l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie ou la Pologne. Un délai d’autorisation environnementale de dix-sept mois en France, quand l’Allemagne instruit en six, suffit à faire basculer un projet. Un régime fiscal de résident non domicilié en Italie suffit à déplacer des milliers de dirigeants. Un suramortissement reconduit jusqu’en 2028 en Italie suffit à orienter les investissements de modernisation.

Un secteur peut préfigurer ce risque de décrochage du pays si nous abandonnons l’option compétitivité, la santé. En vingt ans, la France est passée du premier au sixième rang européen pour la production de médicaments, à mesure que sa régulation sectorielle devenait l’une des moins lisibles d’Europe.

La révolution de l’intelligence artificielle accentue cette exposition. Selon les estimations de l’industrie, la capacité mondiale de calcul dédiée à l’IA devrait être multipliée par près de dix d’ici 2031. L’Europe n’en détient qu’une part marginale, de l’ordre de 5 à 6 %, contre environ 80 % pour les États-Unis. Un centre de données d’un gigawatt représente entre 10 et 45 milliards d’euros d’investissement. Aucun dispositif national ne peut répondre seul à cet ordre de grandeur. La France y dispose pourtant d’atouts que peu de pays réunissent : une électricité abondante et décarbonée, un corridor géographique qui relie les câbles sous-marins de Marseille au nord de l’Europe, des talents, et un cadre environnemental exigeant qui deviendra un avantage à condition que son application tienne compte des impératifs d’intérêt public. Elle tire d’ailleurs son épingle du jeu et attire largement des projets de data ceter, comme en témoignent les annonces du Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle de février 2025 et les éditions 2025 et 2026 de Choose France.

2027 : poursuivre la dynamique et l’amplifier

Un projet logistique demande trois à quatre ans de conduite. Un centre de données se déploie sur cinq ans. Un développement clinique s’étale sur plusieurs années. Une usine se rentabilise sur dix à vingt ans. Les décisions d’investissement arbitrées en 2027 et 2028 produiront donc leurs effets entre 2030 et 2035. Le prochain quinquennat n’héritera pas seulement d’un bilan : il engage la décennie suivante.

Or les dirigeants observent depuis 2024 des signaux de fragilité. La discontinuité politique a réduit les marges de manœuvre et cassé le rythme d’exécution. La surtaxe exceptionnelle d’impôt sur les sociétés votée pour 2025, dont l’effet s’est fait sentir en fin d’exercice, a pesé sur tous les résultats et illustré un travers français : une taxe temporaire est rarement annulée. Les débats récurrents sur l’assiette du crédit d’impôt recherche, les taxes sectorielles qui réapparaissent chaque automne, les reports de baisses d’impôts promises occasionnent des arbitrages et des interrogations sur la France. Une formule a circule : « en un an d’exercice budgétaire, on peut détruire dix ans d’avancées économiques ».

Les intentions restent pourtant là. En mai 2026, 57 % des entreprises interrogées par EY déclaraient des projets pour l’année ; 69 % se projetaient à deux ou trois ans, contre environ 80 % quelques années plus tôt. Une majorité de dirigeants d’entreprises étrangères jugent la France attractive et leur groupe sont déterminé à y investir ; une part significative se déclare en revanche attentiste jusqu’à l’élection ; il n’y a qu’une minorité qui a suspendu ses décisions. La période qui s’ouvre décidera donc du sens de la bascule.

Par Christian Auboyneau, Directeur général de DZA, communauté des entreprises étrangères en France.

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