Votre départ des Républicains marque une rupture importante. Est-ce selon vous l’aboutissement d’un désaccord stratégique ponctuel ou le constat plus profond d’une impasse idéologique au sein de la droite traditionnelle ?

Ce n’est pas un désaccord ponctuel. C’est le constat, lucide, que la façon de penser de la droite classique tourne à vide depuis trop longtemps. LR oscille entre deux tentations également stériles : se compromettre avec le macronisme pour grappiller des électeurs au centre, ou surenchérir sur les thèmes identitaires pour ne pas se faire déborder à droite. Résultat : ni le courage d’une vraie réforme libérale, ni la clarté d’un projet cohérent.

Mon départ est la conséquence logique de ce que je dénonce depuis des années. LR n’a pas levé ses ambiguïtés avec la macronie, a de facto maintenu des ministres au sein du gouvernement Lecornu, a soutenu la suspension de la réformette des retraites, a voté la confiance à François Bayrou, a accepté des budgets socialistes qui augmentent la dépense publique et les impôts. Bref, cette ligne n’est pas la mienne.

Ce que je veux construire, c’est une alternative et non pas une simple alternance. La différence est fondamentale. L’alternance, c’est changer d’équipe mais conserver le même système de jeu. L’alternative, c’est changer de système, de méthode et d’objectifs. Au sein de LR, hormis quelques rares exceptions comme François-Xavier Bellamy, je n’ai pas vu émerger la volonté de mener ce combat-là avec la profondeur, la cohérence, le courage de les assumer face aux médias et aux corporatismes.

La question posée à la droite française est simple : êtes-vous prêts à engager une refondation radicale de l’État, de la dépense publique, du rapport à la liberté individuelle ? Je n’ai pas eu la réponse que j’attendais. Alors j’ai décidé de la construire, avec Nouvelle Énergie.

Considérez-vous que Les Républicains sont aujourd’hui devenus incapables d’incarner une alternative crédible au macronisme et au Rassemblement national ? Si oui, pourquoi ?

Une alternative crédible suppose pour LR de remplir trois conditions : une ligne claire, une indépendance réelle, une capacité à mobiliser. Ce n’est manifestement pas le cas.

Une droite crédible face au conformisme technocratique du macronisme et au en même temps régalien et socialiste du RN, ce n’est pas une droite qui occupe le milieu de l’échiquier en espérant ramasser les mécontents des deux côtés. C’est une droite qui dit clairement qu’on doit cotiser moins pour gagner plus, que la propriété individuelle est encouragée et non taxée, que l’ordre républicain n’est pas négociable, que la liberté n’est pas un luxe et qu’elle est le moteur de la prospérité ainsi que la condition de la dignité humaine. Pendant qu’on attend que cette droite-là émerge, les petits hommes gris de Bercy continuent leur œuvre, la dette monte, et les Français se réfugient dans les votes protestataires faute d’une offre politique à la hauteur.

L’espace d’une droite libérale, sécuritaire, éducative et décentralisatrice a été laissé vacant trop longtemps. Avec Nouvelle Énergie, je veux porter cette alternative.

Quel diagnostic portez-vous aujourd’hui sur la situation de la France, tant sur le plan économique que social et institutionnel ? Parlez-vous d’un déclin, d’un décrochage, ou d’une crise plus structurelle ?

C’est plus qu’un déclassement, c’est un décrochage structurel profond qui pourrait virer au déclin plus rapidement qu’on l’imagine.

Les chiffres sont implacables. La dette publique atteint 3 482 milliards d’euros, soit 117,4 % du PIB. Le gouvernement se félicite d’un déficit 2025 de 5,1 % du PIB sous prétexte qu’il l’avait évalué à 5,4 %! On croit rêver ou plutôt cauchemarder. Les Français paient les charges et impôts les plus lourds du monde pour des services publics dégradés, un hôpital en déchéance, une école devenue cancre, une insécurité explosive sur l’ensemble du territoire, une justice défaillante, une immigration incontrôlée.

Ce que je constate partout où je me rends, c’est la désagrégation du tissu social, dans les villes moyennes, dans les zones rurales, dans les quartiers périphériques. À chaque visite d’entreprise, chaque échange dans un bistrot de province, chaque discussion avec des élus locaux, je mesure ce décalage béant entre deux France : la France des gens qui travaillent, entreprennent, élèvent leurs enfants, font leur devoir, et la France des écrans, celle du monde médiatico-politique qui commente, s’invective ou s’autocongratule. Ce décalage est l’une des causes profondes du délitement civique que nous traversons, terreau des démagogies, des replis communautaires, des votes protestataires.

Et dans ce paysage, il y a un ennemi politique, LFI et toute l’extrême gauche, qui associent wokistes et islamistes, pour s’attaquer aux fondements de notre République et détruire la France. Il faut les combattre pied à pied, et construire une nouvelle proposition démocratique, par un projet radical et libéral qui porte une grande ambition : que la France soit respectée et retrouve sa grandeur.

Une fois au pouvoir, pour concrétiser cette ambition, il sera indispensable et prioritaire de revoir toute l’organisation des pouvoirs publics.

Le cœur du problème, c’est en effet l’État devenu obèse et impotent, voire impuissant. Il est partout où il ne devrait pas être et absent là où sa présence serait légitime et nécessaire. Le social-étatisme crée une spirale perverse : plus l’État dépense, moins il est efficace ; moins il est efficace, plus il dépense pour compenser. C’est la définition d’un système qui se nourrit de ses propres échecs. Et le « pognon de dingue » n’a pas réglé la pauvreté. Au contraire, il a créé des trappes à pauvreté. En plus de spolier les contribuables, il décourage le travail, pénalise l’initiative, et entretient une dépendance qui humilie autant qu’elle assistante.

Je pourrais dresser le tableau de tout ce qui ne va pas mais le constat serait trop long et ce sont les réponses pour redresser le pays qui importent. Car tout cela n’est pas une fatalité. C’est le résultat de décisions politiques.

Quelles sont, selon vous, les trois urgences absolues auxquelles la France doit faire face dans les cinq prochaines années, et en quoi les réponses actuelles vous semblent-elles insuffisantes ?

Il faut de façon simultanée engager le redressement économique, budgétaire, sécuritaire et éducatif de la France. Comme l’avait parfaitement identifié le général de Gaulle en 1958, le redressement budgétaire est indispensable. On ne remettra pas le pays sur les rails sans remettre de l’ordre dans les comptes publics.

Nous allons devoir engager un objectif de 300 milliards d’euros de réduction de la dépense publique. 80 la première année, puis parvenir à une baisse de 7 points de PIB (200 milliards aujourd’hui) annuels en fin de quinquennat et tendre vers les 9 points, pour revenir au niveau des pays bien administrés. L’État doit être recentré sur ses prérogatives régalienne : sécurité intérieure, diplomatie, justice, défense. La réforme fiscale est inséparable de cet effort. Il faut simplifier l’impôt, réduire les taux, supprimer les prélèvements qui pénalisent la production.

Autre priorité : restaurer l’autorité de l’État. Elle s’est effondrée sur deux fronts simultanément : la sécurité et l’immigration. Il convient de diviser par huit la délivrance de titres de séjour, mettre fin à l’automaticité du droit du sol, expulser systématiquement tout étranger condamné pour délit grave, supprimer l’AME et les prestations sociales non contributives accordées aux étrangers. Sur la sécurité, nous devrons réformer la chaîne judiciaire pour que la peine prononcée soit réellement exécutée, revoir notre Code pénal, et notamment le Code pénal des mineurs, mettre en place des courtes peines de prison et la certitude de la sanction dès le premier délit.

On navigue depuis des années entre angélisme et gesticulation. Cette renonciation a un coût humain que les Français paient quotidiennement.

Troisième urgence : faire de la France une superpuissance éducative et culturelle. Le naufrage éducatif français est un drame pour nos enfants et petits-enfants et pour l’avenir même de la nation. C’est le produit de quarante ans de pédagogisme égalitariste. L’école n’est pas un lieu de vie, ce n’est pas un lieu de propagande idéologique, ça doit être le lieu de la transmission des savoirs fondamentaux. Il faut donc libérer l’école de la carte scolaire, enlever tout contenu idéologique aux programmes, instaurer un apprentissage rigoureux et exigeant de l’esprit scientifique et de la Raison critique.

Vous vous positionnez désormais dans la perspective de l’élection présidentielle : quel est le cœur de votre projet politique et en quoi se distingue-t-il concrètement des offres déjà existantes à droite et au centre ?

Ce qui distingue Nouvelle Energie, c’est d’abord la radicalité du projet au sens étymologique : aller à la racine des choses.

C’est aussi un soin apporté au « comment », à l’exécution des choses, avec respect des réalités et pragmatisme.

C’est enfin un alignement entre la parole, les actes, le comportement.

Aujourd’hui, quasiment l’ensemble des dirigeants et responsables politiques, de droite comme de gauche en passant par le centre, sont des sociaux-étatistes revendiqués ou qui s’ignorent. Ils débattent de la hauteur des impôts, jamais de la nature du système. Ils ajustent, ils gèrent, ils administrent. Personne ne parle sérieusement de l’école comme priorité absolue. Personne ne parle de science, de spatial, de quantique, d’intelligence artificielle comme d’enjeux de puissance nationale. Personne ne parle de natalité, alors que la France franchit pour la première fois le seuil où les décès dépassent les naissances. Personne ne fait de l’écologie un enjeu de droite, c’est-à-dire un enjeu de liberté, d’innovation, de progrès, plutôt qu’un prétexte à la punition fiscale et à la bureaucratie.

Sur l’immigration et la sécurité, nous proposons, avec Nouvelle Énergie, une méthode et des mesures claires, fermes, « cliniques ». Sur la remise en ordre des comptes publics, nous ne voulons pas nous contenter de quelques réformes à la marge ou de coups de rabot. Il faut transformer l’Etat et son fonctionnement ou bien c’est le FMI qui demain s’en chargera et le fera dans des conditions qui auront des conséquences directes pour les Français les plus modestes.

Et au fond, ce qui structure tout ça, c’est la liberté. Il faut enfin qu’un souffle de la liberté balaye tout ce qui entrave l’initiative privée et locale. Et c’est aussi pourquoi je ferai de la débureaucratisation la cause nationale du quinquennat. La bureaucratie coûte des milliards, étouffe la croissance, épuise les Français et nourrit la défiance démocratique. La combattre, c’est à la fois libérer les énergies, retrouver le chemin de la prospérité et restaurer la crédibilité de l’État.

Ce que je propose, aucun autre ne le propose. Et ce que je propose, je le mettrai en œuvre.

Dans un paysage politique très fragmenté, comment comptez-vous construire une dynamique majoritaire ? Votre ambition est-elle de rassembler la droite, de la refonder, ou de dépasser les clivages actuels ?

Pour faire gagner la France, vaincre les blocages, il est nécessaire de générer un élan civique dès le temps électoral.

Je compte construire une dynamique majoritaire par la compétition la plus ouverte possible avant le premier tour. Dépasser les logiques de partis politiques, jouer collectif, refuser les compromis de notables, proposer un projet alliant principes, mesures, équipe nouvelle, pour créer une espérance : une grande primaire ouverte permettrait cela.

La dynamique majoritaire se construit sur des idées et des personnalités. C’est pourquoi j’ai proposé une primaire ouverte à toute la droite et au centre-droit.

Mon ambition n’est pas partisane. Elle est de fédérer les Français qui veulent à la fois plus de liberté et plus d’ordre, une école qui instruit vraiment, une immigration maîtrisée respectueuse à la fois des individus et du pays, un État efficace, qui cesse de tout vouloir régenter, de la taille de nos logements, à ce que nous devons manger sans parler du nombre de fois que nous devrions laver nos vêtements. Qu’on laisse la société respirer et que l’État se concentre sur ses missions souveraines, sur sa raison d’être.

C’est ainsi que la France retrouvera sa grandeur et notre nation son unité culturelle.

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