La guerre en Iran entre dans une phase de bascule après trois semaines d’une guerre violente qui a vu l’Iran des mollahs résister plus que ne l’avaient sûrement imaginé Israéliens et Américains. Alors que des informations convergentes évoquent l’ouverture imminente de négociations directes entre Américains et Iraniens, possiblement au Pakistan dans les prochains jours, une réalité s’impose de plus en plus sur les perceptions divergentes des deux partenaires militaires qui ont frappé l’Iran depuis le 28 février dernier : les intérêts de Washington et de Tel-Aviv ne sont plus alignés, si tant est qu’ils ne l’aient jamais été. Ce qui n’était jusqu’ici qu’un décalage latent devient une divergence stratégique assumée. Et peut-être irréversible.
Netanyahou et Trump : une convergence de façade, une divergence de fond
Depuis plus d’une décennie, Benjamin Netanyahou poursuit un objectif constant : entraîner les États-Unis dans une confrontation décisive avec l’Iran pour en finir avec le régime. Déjà en 2012, il tentait de forcer la main de l’administration Obama, sans succès. Washington résistait alors à une logique de guerre totale, préférant contenir plutôt que renverser.
Ce n’est que récemment, dans le contexte du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, que cette stratégie a semblé porter ses fruits. Il y a trois semaines encore, tout laissait penser que le Premier ministre israélien avait réussi à embarquer les États-Unis dans une campagne militaire rapide, calibrée, supposée produire soit une capitulation immédiate, soit un effondrement rapide du régime.
Mais cette lecture s’est révélée erronée. La guerre s’enlise pour quelqu’un d’impatient comme Donald Trump. Le régime iranien tient et déploie chaque semaine de nouveaux arsenaux militaires, des drones jusqu’aux missiles longue portée Sejil. Et surtout, les objectifs américains apparaissent de plus en plus distincts de ceux d’Israël. Là où Netanyahou vise un « regime change » assumé, Trump, fidèle à sa logique transactionnelle, n’a jamais eu l’intention de s’enfermer dans une guerre longue au Moyen-Orient.
Les tensions n’ont cessé de s’accumuler. Les frappes israéliennes sur des infrastructures pétrolières iraniennes, il y a deux semaines, ont suscité l’agacement de Washington, inquiet d’un emballement des marchés énergétiques. L’élimination ciblée d’un intermédiaire clé, susceptible de servir de canal de négociation officieux, a été perçue comme un sabotage pur et simple de toute option diplomatique. Derrière ces épisodes, un message clair : Israël ne veut pas négocier. Il veut en finir.
L’option diplomatique américaine : négocier plutôt que renverser
C’est dans ce contexte qu’intervient l’annonce, spectaculaire, de négociations directes en préparation entre les États-Unis et l’Iran, hier, par le président américain. Selon plusieurs sources, des échanges avancés auraient déjà eu lieu entre des émissaires américains, dont Jared Kushner et Steve Witkoff, et des représentants iraniens de premier plan, parmi lesquels Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement.
Le choix du Pakistan comme terrain neutre n’est pas anodin. Il signale une volonté d’avancer vite, loin des théâtres d’opérations, dans un format discret mais structuré. L’Iran a encore confiance en le Pakistan et ses autres alliés sont beaucoup plus en retrait et n’ont pas la faveur des Américains. Surtout, il confirme une inflexion stratégique majeure de Washington : sortir du conflit par le haut, sans chercher à renverser le régime.
Cette option repose sur un calcul simple. Le coût économique de la guerre devient insoutenable. La flambée des prix de l’énergie, les perturbations sur les routes maritimes, les tensions autour du détroit d’Ormuz pèsent désormais directement sur l’économie mondiale et, par ricochet, sur la stabilité politique américaine elle-même.
À cela s’ajoute une réalité militaire : aucune victoire rapide n’est en vue. L’Iran n’a ni capitulé, ni vacillé. Dès lors, poursuivre l’escalade reviendrait à s’engager dans une guerre d’usure que Donald Trump a toujours voulu éviter.
La négociation apparaît donc comme une porte de sortie. Non pas pour normaliser les relations, mais pour atteindre un objectif précis : encadrer, voire neutraliser, le programme nucléaire iranien, sans provoquer l’effondrement du régime.
Deux visions inconciliables de la fin de guerre
C’est ici que la fracture devient totale. Pour Israël, toute issue qui laisserait en place le régime iranien est un échec stratégique. L’objectif reste clair : affaiblir durablement, voire renverser le pouvoir en place. Quitte à prolonger la guerre.
Pour les États-Unis, la logique est désormais inverse. Il s’agit de contenir le risque, de stabiliser la région, et surtout de mettre fin rapidement à un conflit dont les effets systémiques deviennent incontrôlables. Le réalisme l’emporte sur l’idéologie. Entre une stratégie de destruction du régime et une stratégie de négociation, le choix américain semble désormais acté. Et il marque un tournant majeur dans la relation entre Washington et Tel-Aviv. Car derrière la guerre en Iran, c’est une question plus large qui se pose : celle de savoir jusqu’où les États-Unis sont prêts à suivre Israël dans ses objectifs.
Donald Trump n’est pas l’architecte de cette guerre, mais il en devient le gestionnaire contraint. Et face à une guerre qui dure, qui coûte et qui déstabilise, il choisit ce qu’il a toujours privilégié : la sortie. Son électorat MAGA désapprouve déjà depuis trop longtemps ce conflit.
Reste une inconnue majeure. Israël acceptera-t-il cette inflexion stratégique ? Ou cherchera-t-il à torpiller toute tentative de compromis pour en finir définitivement avec la République islamique ? Dans cette guerre, une chose est désormais certaine : l’alliance n’est plus synonyme d’alignement. Elle est devenue un rapport de forces même entre alliés historiques.
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