Avec 87 % de oui, et une participation à 73 %, le Kazakhstan se dote de nouveaux instruments politiques. De quoi renforcer ses institutions alors que la géographie attribue à cette jeune nation une position complexe au cœur de l’Asie centrale.
C’est un dimanche festif dans ce pays cinq fois grand comme la France. Ce 15 mars, le scrutin profite d’un temps plus clément, le mercure affichant 0°, contre moins 20 ° il y a encore quelques jours. Tout est fait pour donner à ce vote une ambiance de fête. En costume traditionnel, les groupes folkloriques sont présents avec leurs instruments. Ils interprètent ces chants nés dans la steppe qui racontent la longue histoire du pays. On vote d’ailleurs devant un grand panneau bleu turquoise, la couleur du drapeau, où l’on peut lire les paroles de l’hymne national.
De quoi finir de convaincre les Kazakhs d’aller voter et de décider s’ils donnent leur approbation au projet de nouvelle constitution dévoilé il y a à peine plus d’un mois par le président Kassim-Jomart Tokaïev. Le texte qui remplacera le précédent, également adopté par référendum en 1995. Un vrai printemps donc pour la démocratie kazakhe qui s’offre une nouvelle jeunesse.
Preuve du climat apaisé qui règne dans la plus grande démocratie d’Asie centrale (un peu plus de 20 millions d’habitants), l’absence de forces de police dans la plupart des bureaux de vote visités.
À de rares exceptions, exprimées sans crainte, les personnes interrogées sur place disent surtout leur confiance dans le projet constitutionnel de 95 points porté par le président Tokaïev. De fait, si elles ne commentent pas forcément sur le fond les nombreuses réformes induites, elles donnent une forme de blanc-seing au second président d’un pays indépendant depuis 1991, à la recherche d’un modèle autonome. Elles adhèrent ainsi à la formule défendue par les partisans de la réforme : « un président fort, un parlement influent et un gouvernement responsable ». L’essai de ce 15 mars devrait être transformé cet été par l’élection d’un nouveau Parlement.
De nouvelles institutions
Le texte, qui doit entrer en vigueur en juillet prochain, prévoit plusieurs aménagements qui redessinent la vie politique du Kazakhstan.
On assiste à une importante redistribution des pouvoirs. Le poste de vice-président réapparaît. Le choix du titulaire de ce titre sera suivi avec attention par les observateurs. La personne choisie ferait bien sûr figure de dauphin potentiel du chef de l’État.
En attendant, les observateurs les plus critiques soulignent que l’adoption du texte, remettant le calendrier politique à zéro, permettrait au Président Tokaïev, 72 ans, de se présenter en 2029 pour un troisième mandat.
Autre nouveauté, le Sénat disparaît. Il cède la place à un organe monocaméral plus puissant, nommé Kurultai. Une assemblée forte de 145 députés élus à la proportionnelle pour 5 ans.
Le pouvoir des gouverneurs des régions est également étendu dans la veine des réformes promises en janvier 2022 après quelques journées de troubles, qui avaient été résorbés notamment grâce à l’aide de la Russie.
Le texte est aussi taillé pour répondre à certains standards démocratiques. Il abolit définitivement la peine de mort, institue une protection des droits numériques, de la vie privée et des libertés familiales. Il vient aussi renforcer les mécanismes de protection des droits de l’homme.
Autant de points qui doivent être appuyés par la création d’une Cour constitutionnelle et la nomination d’un commissaire aux droits de l’homme.
La nouvelle constitution garantit aussi la liberté de conscience et de religion, tout en réaffirmant le Kazakhstan comme État laïc et unitaire.
Protéger la souveraineté de la Nation
Riche en hydrocarbures et en minerais stratégiques dont l’uranium, le Kazakhstan est également un pivot stratégique entre plusieurs mondes. À Astana, on sait que derrière les sourires des uns et des autres, les chancelleries internationales suivent de près sa situation intérieure où les disparités économiques existent encore malgré une économie en pleine expansion.
La nouvelle constitution règle ainsi deux questions importantes. L’article 6 interdit le financement de fondations ou d’ONG par l’étranger. Astana a compris que les déstabilisations pouvaient venir par ces chevaux de Troie.
Le texte aborde une autre question épineuse, celle de la langue officielle, abordée par l’article 9. Jusqu’ici le Russe avait le même statut que la langue kazakhe. De fait, la langue de Pouchkine est encore largement utilisée dans le pays, notamment dans les sphères politique et d’affaires. 15 % de la population est ethniquement russe. Aussi cette question est importante dans la relation avec Moscou. Mais la voilà réglée par le président Tokaïev qui est, c’est un avantage, un diplomate de carrière.
Si le Russe n’a donc plus un statut égal au Kazakh, il reste langue officielle. L’article 3 de la Constitution garantit d’ailleurs l’harmonie entre les communautés.
Pour trancher la question, il est intéressant de constater l’importante présence d’officiels et de parlementaires russes invités à Astana pour observer le scrutin.
Interrogés sur ce point, ils se sont montrés beaux joueurs, soulignant que ces questions relevaient uniquement du peuple souverain du Kazakhstan. Dans le même sens, Vladimir Poutine lui-même a félicité son homologue dès la publication des résultats.
Le Kazakhstan est donc bien équipé pour poursuivre une politique réaliste et pragmatique. En plus de Moscou, Pékin et Ankara, Astana entretient également de bonnes relations avec Washington depuis 1991 et vient de rejoindre le Conseil de la Paix voulu par Donald Trump.
Autant d’atouts qui consolident la stabilité d’un pays important pour la France avec lesquels les liens n’ont cessé de se développer dans tous les domaines, depuis l’indépendance de 1991. Une relation nourrie par de nombreuses visites d’États des présidents de la République et un personnel diplomatique de grande qualité déployé dans les deux capitales.
Les relations entre la France et le Kazakhstan sont solides et multiformes, fondées sur un partenariat stratégique établi en 2008 et renforcé en novembre 2024 lors de la visite du président Tokayev à Paris. Elles couvrent les domaines diplomatique, économique, énergétique et culturel, avec la France comme premier partenaire européen du Kazakhstan en Asie centrale.
Relations diplomatiques
Les liens diplomatiques ont été noués dès 1992, la France étant le premier pays européen à reconnaître l’indépendance du Kazakhstan post-URSS, suivis d’un traité d’amitié en 1993 lors de la visite de François Mitterrand.
Des visites régulières de haut niveau ont marqué les relations, comme celles des présidents kazakhs (12 au total, dont Tokayev en 2022 et 2024) et des dirigeants français (trois au Kazakhstan).
Un groupe interparlementaire d’amitié existe des deux côtés, favorisant les échanges sur les enjeux internationaux comme le climat ou le terrorisme.
Coopération économique
Le Kazakhstan est le premier partenaire économique français en Asie centrale, avec des échanges bilatéraux oscillant entre 2,5 et 6,5 milliards de dollars annuels (4 milliards en 2022, +30 %).
Près de 170-200 entreprises françaises (TotalEnergies, Orano, Airbus, Danone, Vicat) y sont implantées, investissant plus de 19 milliards de dollars depuis 2005 dans l’énergie, l’aérospatiale et l’agroalimentaire.
Une commission intergouvernementale et un conseil d’affaires pilotent cette dynamique, avec 25 accords signés pour 3 milliards de dollars en 2022.
Secteur énergétique
Le Kazakhstan, premier producteur mondial d’uranium (40 % des besoins en 2020), est un fournisseur clé pour la France via Orano (coentreprise KATCO à 51 %).
TotalEnergies détient 16,81 % dans le champ pétrolier de Kashagan en mer Caspienne, faisant du Kazakhstan le deuxième fournisseur de pétrole brut pour la France.
Des projets communs portent sur les énergies renouvelables et la pétrochimie.
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