L’Iran saigne. Un Iran dévasté par une répression féroce, à l’image de l’Afrique, mon continent. Les lieux sont différents, les situations aussi, l’ampleur des massacres, le nombre de morts est forcément unique, mais le regard du monde est assez semblable. En Iran, depuis que souffle le vent de la liberté, déclenché en 2022 par Masha Amini, la répression ne cesse d’empirer. Le chiffre de 30 000 morts, froidement assassinés par le régime des mollahs, est désormais évoqué pour le seul mois de janvier dernier.
Ici, partout, toujours, cette même tragique indifférence. Des foules désarmées, munies de leur seule dignité, font face à une machine répressive implacable. Chaque cri pour la liberté, chaque slogan pour la démocratie est étouffé par la fusillade d’un régime accroché à sa survie. Et les grandes puissances, jadis promptes à dénoncer, se murent désormais dans un silence assourdissant et calculé.
Ce flot de sang questionne pourtant la conscience universelle. Que reste-t-il de la fameuse responsabilité de protéger, ce principe censé garantir qu’aucun pouvoir ne puisse écraser impunément son peuple ? Partout, c’est le même mot de souveraineté qui est brandi, dévoyé. La souveraineté ne saurait avoir pour finalité de massacrer impunément son peuple. L’instrumentalisation du principe de souveraineté par les autocrates contre les citoyens n’est plus acceptable. En Iran, en Afrique ou ailleurs.
Combattue comme contraire à la souveraineté des États, l’idée même d’un droit d’ingérence humanitaire et démocratique paraît désormais reléguée aux oubliettes, une forme d’antiquité, la marque désuète d’un idéalisme dépassé. Pourtant, lorsque la barbarie d’État s’exerce en plein jour, ne rien faire revient à s’en rendre complice.
Où est passée la voix de l’Europe, cette Europe qui prétend incarner les principes des droits humains ? Cette Europe porteuse de valeurs à vocation universaliste ? Où sont les États, les organisations internationales, les consciences morales ? Les capitales occidentales tergiversent, pèsent leurs intérêts, calculent leurs mots, pendant que des jeunes Iraniens tombent sous les balles, subissent les pendaisons, la torture jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Ironie tragique, c’est Donald Trump — zélateur assumé des méthodes fortes, qui n’a jamais été le gardien des droits humains ni de la démocratie — qui tonne et menace d’agir contre ces massacres. Faudra-t-il donc qu’un populiste récupère la détresse d’un peuple pour rappeler aux vieilles démocraties fatiguées leur propre vocation ?
Pendant que les diplomaties hésitent, le multilatéralisme s’effondre, et la realpolitik enterre le peu qui restait de morale internationale. Pourtant, le sort des peuples opprimés d’Iran — comme tant d’autres hier au Rwanda, en Syrie ou au Darfour — appelle au sursaut. Aujourd’hui en Iran, au Soudan, au Sahel et partout sur le continent africain, à des degrés divers, les peuples sont écrasés. À chaque fois, la souveraineté est invoquée. Triste alibi pour justifier les massacres massifs de ceux qui s’opposent à l’arbitraire.
Face à la terreur d’État, l’ingérence ne constitue pas un crime. Elle s’impose à l’inverse comme un devoir. L’ingérence, c’est défendre la vie, défendre la liberté, défendre la dignité humaine. La liberté des peuples ne saurait être conditionnée à la géopolitique ou aux alliances du moment, ni même au respect d’une pseudo-souveraineté, cet objectif au nom duquel on assassine.
Souveraineté : le concept est tristement dévoyé contre les peuples qui appellent au secours. La responsabilité de protéger n’est plus une option juridique : c’est une exigence morale. L’humanité ne peut s’effacer derrière les calculs diplomatiques malsains, dérisoires au regard de l’enjeu. Devant le désarroi général des peuples, devant la cruauté des dictateurs, il faut réhabiliter le droit d’ingérence, faute de quoi c’est l’idée même d’une communauté internationale civilisée qui disparaîtrait.
Après des milliers de morts en Iran, devrait-on attendre l’exécution des milliers de détenus pour agir ?
En attendant l’avènement d’un droit d’ingérence multilatéral, les peuples opprimés accueillent presque avec soulagement la possibilité d’une intervention unilatérale de Donald Trump. Certains comparent même une telle opération « au débarquement et à la libération de la France ». Celle-ci demeure pourtant très hypothétique, au regard des revirements et fluctuations du président américain. Les négociations engagées aujourd’hui avec le régime iranien, dans le cadre de cette diplomatie transactionnelle et du canon, semblent davantage viser les affaires que les droits du peuple iranien, sauf peut-être incidemment.
Malgré tout, une partie du peuple iranien peut fonder un espoir légitime sur cette rencontre. Plutôt que de mourir de soif, se désaltérer avec de l’eau sale devient un moindre mal.
Albert Pahimi Padacké
Ancien Premier ministre du Tchad,
Président du RNDT – Le Réveil
Chef de l’opposition tchadienne
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