Entretien avec Samia Soultani-Vigneron,
Candidate aux élections municipales à Laval, vice-présidente de la région Pays de la Loire
Dans une tribune remarquée publiée dans le JDD, Samia Soultani-Vigneron alertait sur la dévitalisation silencieuse des centres-villes et en faisait un enjeu structurant des prochaines élections municipales. Pour la candidate lavalloise et vice-présidente de la région Pays de la Loire, l’attractivité urbaine ne relève plus de la seule politique commerciale : elle concentre désormais les questions d’ordre public, de cohésion sociale et de projection collective. Entretien.
NRP : Dans une tribune remarquée dans le JDD, vous expliquez que la question de l’attractivité des centres-villes constituera un enjeu matriciel des prochaines municipales. Pourquoi selon vous ?
Samia Soultani-Vigneron :
Parce que le centre-ville est le baromètre politique d’une municipalité. Il concentre l’ensemble des tensions contemporaines : sécurité, mobilité, commerce, logement, mixité sociale, services publics. Lorsqu’un centre-ville décline, ce n’est jamais un phénomène isolé. C’est le symptôme d’un déséquilibre plus profond.
Pendant longtemps, on a réduit l’attractivité à une question d’animation commerciale ou d’aménagement urbain. C’est une erreur. L’attractivité est devenue un indicateur de souveraineté locale. Un centre-ville dynamique suppose de la tranquillité publique, une circulation fluide, une offre commerciale viable, un accès au logement, des services accessibles. Il suppose aussi une vision.
Dans les villes moyennes en particulier, le centre-ville joue un rôle matriciel : il est à la fois vitrine, poumon économique et espace symbolique. S’il se vide, c’est toute la ville qui doute d’elle-même. Les municipales à venir seront donc un test : un futur maire devra démontrer sa capacité à restaurer un cœur urbain vivant, ordonné et attractif.
NRP : Comment se manifeste dans la ville de Laval, où vous êtes candidate, cet affaiblissement du centre-ville ? Quel est le modèle qui vous inspire ?
Samia Soultani-Vigneron :
À Laval, l’affaiblissement est tangible. Il se traduit par une vacance commerciale persistante, une baisse de fréquentation à certaines heures, un sentiment d’insécurité qui détourne les familles et les personnes âgées des espaces publics en soirée. L’économie du centre repose sur des équilibres fragiles : dès lors que la tranquillité n’est plus garantie, les commerces souffrent, puis ferment, et le cercle vicieux s’enclenche.
Le centre-ville doit redevenir un espace de destination, pas seulement de passage. Cela suppose de traiter frontalement les incivilités, les nuisances sonores, les problématiques de sécurité, mais aussi de repenser la mobilité et le stationnement, souvent vécus comme contraignants.
Le modèle qui m’inspire n’est pas une ville en particulier, mais une méthode : celle des villes qui ont compris que la revitalisation ne peut se faire sans ordre public assumé et sans stratégie globale. Certaines villes comme Angers ont su articuler sécurité, attractivité commerciale et qualité de vie. Ce n’est pas une question idéologique, c’est une question de cohérence et de pilotage.
NRP : Comment peut-on opérer ce renversement de paradigme pour revivifier l’attractivité ?
Samia Soultani-Vigneron :
Il faut d’abord accepter que l’attractivité n’est pas une conséquence automatique de politiques sociales ou culturelles. Elle doit être pensée comme un objectif stratégique.
Le renversement de paradigme repose sur trois leviers.
Le premier est sécuritaire. Restaurer la tranquillité publique est la condition sine qua non. Sans cela, aucun investissement privé ne tient dans la durée. Une police municipale renforcée, une vidéoprotection intelligente, une coordination efficace avec la police nationale : ce sont des préalables.
Le deuxième levier est économique. Un futur maire devra accompagner les commerçants, faciliter l’installation d’activités diversifiées, lutter contre la vacance par des dispositifs incitatifs et penser le centre-ville comme un écosystème complet, mêlant habitat, services, restauration et culture.
Enfin, le troisième levier est symbolique. Le centre-ville doit redevenir un lieu d’appropriation collective. Cela passe par une programmation culturelle exigeante, par la mise en valeur du patrimoine et par une politique du logement favorisant la mixité générationnelle.
Les villes moyennes sont aujourd’hui au cœur de la recomposition territoriale française. Si leurs centres-villes déclinent, c’est tout le pacte républicain local qui s’effrite. Si au contraire nous réussissons à les revitaliser, elles deviendront des pôles d’équilibre essentiels dans une France qui cherche un nouveau souffle.
L’attractivité n’est pas un slogan d’urbanisme. C’est un projet politique. Et c’est sur ce terrain que se jouera, demain, la crédibilité d’un futur maire.
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