Après l’audition des candidats aux municipales, Bernard COHEN-HADAD appelle à l’alternance. Il plaide pour un choc de pragmatisme afin de sauver les commerçants, TPE et PME de Paris.
Nous venons d’entendre les candidats à la Mairie de Paris. Cet exercice démocratique, organisé conjointement par la CPME Paris et le Medef Paris, est nouveau. Il n’était pas une simple formalité protocolaire. C’était un symbole d’alerte économique à l’heure où les candidats pro-entreprises et libéraux partent divisés dans cette élection. À l’écoute des projets de Rachida DATI, Emmanuel GRÉGOIRE, Pierre-Yves BOURNAZEL, Sophia CHIKIROU, Sarah KNAFO et Thierry MARIANI, une certitude s’impose : le statu quo n’est plus une option. Pour nos TPE-PME, pour nos commerces, pour l’âme même de nos quartiers, l’alternance n’est pas un vœu pieux, c’est une question de survie. En effet, 51 % des dirigeants de PME* envisagent de quitter Paris !
2020-2026 : bilan d’une mandature perdue pour les entrepreneurs
Il faut avoir le courage de regarder la réalité en face, loin des satisfecit de l’Hôtel de Ville. La mandature qui s’achève a été, pour les entreprises, une mandature perdue. Paris est devenue une capitale de paradoxes, une économie à deux vitesses où le rayonnement des grands groupes masque l’asphyxie de l’économie de proximité. Les chiffres de notre Livre Blanc publié en décembre sont implacables et dressent le constat d’un décrochage spectaculaire. Si l’on vante 101 000 créations d’entreprises, on tait pudiquement le record historique de 4 500 défaillances en 2024, soit un bond de 22 %. Ce n’est pas de la « destruction créatrice », c’est de la destruction tout court.
Cette fragilité est le fruit d’une déconnexion totale entre l’exécutif municipal sortant et la réalité du terrain. Comment accepter que la note moyenne des entrepreneurs attribuée à la majorité municipale plafonne à 2,4/10 ? Comment tolérer que seuls 7 % des chefs d’entreprise jugent l’accompagnement administratif efficace ? Entre une fiscalité devenue punitive (avec une taxe foncière qui a explosé de près de 88 % en dix ans) et une dette abyssale de 9,3 milliards d’euros, l’entreprise parisienne a été traitée comme une variable d’ajustement budgétaire, une « vache à lait ». Le résultat est là : une hémorragie démographique avec la perte de 136 000 Parisiens en dix ans, autant de clients et de talents qui manquent à l’appel. Paris se vide de ses forces vives.
Soutenir ceux qui aiment l’entreprise et le pragmatisme
Face à ce constat, le « sursaut municipal » est impératif. Nous ne faisons pas de politique partisane, nous faisons de la politique économique. Nous soutenons ceux qui comprennent que la ville ne se construit pas contre ses acteurs économiques, mais avec eux. Les sondages que nous avons commandés à l’automne montrent un fort désir d’alternance et de rupture avec le dogmatisme. Une large majorité de dirigeants se tourne aujourd’hui vers des candidats perçus comme « pro-business », comme Rachida DATI, Pierre-Yves BOURNAZEL ou encore Sarah KNAFO, qui recueillent les plus fortes intentions de confiance pour écouter les entreprises. Pourquoi ? Parce que nous avons besoin de pragmatisme, pas d’idéologie.
À part la candidate LFI, tous les candidats ont reconnu l’importance de sécuriser l’attractivité de Paris pour les entreprises et les investisseurs. Mais les candidats qui auront notre soutien sont ceux qui s’engageront à garantir la liberté du commerce et de l’industrie et reprendre nos propositions emblématiques et concrètes. Ceux qui oseront décréter un moratoire fiscal. Ceux qui instaureront un « Parisian Small Business Act » pour que la commande publique profite enfin à nos TPE-PME. Ceux qui comprendront que la sécurité (police municipale armée) et la propreté sont les premiers facteurs d’attractivité commerciale. Aimer l’entreprise, c’est simplifier la vie administrative et cesser de complexifier la circulation au point qu’un artisan sur dix refuse désormais des chantiers dans Paris.
Renouer le dialogue et redonner une vie décente à nos collaborateurs
L’urgence est enfin de rétablir le dialogue par un « pacte de confiance ». La méthode verticale, brutale, sans concertation, doit cesser. La création immédiate d’un Conseil économique, social et environnemental parisien (CESEP) que nous réclamons avec force a été plébiscité par tous les candidats. Nous ne voulons plus être consultés pour la forme, nous voulons une instance participative dotée d’un budget propre, capable d’auditionner, de mener des contre-expertises et d’alerter préalablement sur les effets des décisions d’aménagement.
Sauver nos entreprises, c’est aussi sauver ceux qui les font tourner. La crise du logement est devenue le premier frein à l’emploi : 87 % des salariés sont insatisfaits* de la situation et un recrutement sur cinq échoue faute de toit. Nous attendons de la prochaine mandature qu’elle réserve l’accès au logement social aux travailleurs essentiels (boulangers, serveurs, soignants, etc.) qui assurent la continuité de la vie économique locale.
Les 15 et 22 mars 2026, nous ne voterons pas seulement pour un Maire. Nous voterons pour que Paris cesse d’être une vitrine brillante à l’international mais brisée à l’intérieur. Nous voterons pour que Paris redevienne une ville où il fait bon entreprendre, travailler et vivre. L’alternance n’est pas un choix, c’est une nécessité vitale.
*Sondage CpmeParis-Cluster17 – novembre 2025
Bernard Cohen-Hadad
Bernard Cohen-Hadad est entrepreneur et président du Think Tank Étienne Marcel. Membre de la Société d’économie politique, il est aussi président de la commission du développement économique du Conseil économique, social et environnemental régional en Île-de-France. Il est également membre de la Chambre de commerce et d’industrie de la Région de Paris-Île-de-France. Auteur de L'Avenir appartient aux PME paru chez Dunod, Bernard Cohen-Hadad est l’auteur de nombreuses tribunes publiées dans les médias. Il a été membre de l’Observatoire de l’épargne réglementée, de l’Observatoire du financement des entreprises, de l’Observatoire des PME et ETI par le marché et du Comité consultatif du secteur financier (CCSF). Il participe actuellement à l’Euro Retail Payment Board (ERPB) auprès de la Banque centrale européenne, au Comité national des moyens de paiements (CNMP) et au Comité pour l’éducation financière (EDUCFI). Il est membre du Conseil scientifique de l’École supérieure des métiers du droit.
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