Franco-iranien, Emmanuel Razavi est Grand reporter, spécialiste du Moyen-Orient et de l’Iran. Il collabore avec les rédactions du Magazine, Paris Match, Atlantico, Franc-Tireur, VA et Écran de Veille, ainsi qu’avec Historia, Le Figaro Histoire, et la revue de géographie Hérodote. Il a produit et réalisé plusieurs documentaires pour les chaines de télévision Arte, M6, France 3 et Planète. Il revient sur les évènements de ces derniers jours concernant l’Iran et le classement des gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne.
NRP : La mobilisation en Iran est-elle annihilée par la répression ou se maintient-elle ? Quelles sont les formes peut-elle prendre ?
Emmanuel Razavi : Les gens ne peuvent plus circuler librement. Les forces de l’ordre sont partout. Les gens sont fouillés au corps, les téléphones portables examinés. On vous arrête pour presque rien. Dès lors, la mobilisation mute. Dans quelques jours et dans les prochaines semaines, les familles des dizaines de milliers de morts civils célèbreront les 40 jours de leur décès, comme cela se fait dans le chiisme. Les gens vont entonner des chants, car les Iraniens prient de moins en moins. La colère va donc s’exprimer d’une autre façon. Cependant, compte tenu des dizaines de milliers de morts civils, une ligne a été franchie, et je pense qu’il n’y aura jamais de retour en arrière. Les mollahs et leur bras armé, le corps des gardiens de la révolution islamique, sont allés trop loin.
A ce stade, il y a plusieurs scénarios, soit les gens feront à minima de la contestation passive, soit les Américains décident de frapper et les manifestants Iraniens retourneront sans doute dans les rues. Certains opposants pensent aussi que si les Américains n’interviennent pas, il y a le risque d’une guerre civile car les Iraniens n’en peuvent plus, et que des groupes issus des minorités ethniques appellent désormais à s’armer. Il faut s’attarder sur ce point, dont presque personne ne parle en France, car aux yeux de certains acteurs de l’opposition sur place, il démontre la nécessité d’une intervention.
La réaction internationale, notamment côté Occidentaux, est à ce stade prudente. Comment l’expliquer ?
Je pense que le classement du corps des Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes de l’Europe démontre que l’on a passé un certain cap. Cette décision les affaiblit, car ils vont avoir de nouveaux avoirs gelés. Les ministres européens des Affaires étrangères ont déjà sanctionné 15 personnes, parmi lesquelles le ministre de l’Intérieur iranien. Cela permet aussi à des avocats de lancer des procédures contre leurs membres et leurs relais à travers l’Europe. Les lobbyistes du régime iranien au service des gardiens de la révolution, qui font sciemment de la désinformation de façon répétée et se rendent complices de la République islamique d’Iran qui commet des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre, savent qu’ils pourront désormais être passibles de plaintes et de poursuites. Il en est de même pour certains fonctionnaires des ambassades iraniennes en Europe, qui appartiennent au Corps des gardiens de la révolution islamique, ou encore pour certains diplomates issus de leurs rangs qui, même s’ils bénéficient de la protection diplomatique, n’échapperont pas à des poursuites du fait des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre commis en Iran par le régime. A Paris, Barcelone, Berlin ou Rome, certains encourent désormais des poursuites car ils sont partie intégrante et complices de la chaine du mal.
Faut-il néanmoins s’attendre à une intervention américaine prochainement ? Dans quelles conditions ?
Si l’on n’a jamais été aussi prêt, depuis ces dernières semaines, d’une intervention américaine, il ne faut pas perdre de vue qu’il y aussi des négociations entre le régime des mollahs et des émissaires américains. Selon certaines sources, des dignitaires iraniens pourraient s’enfuir vers des pays comme la Russie et d’autres pays, gardant leurs avoirs. Ce « deal » laisserait ainsi la place à une nouvelle ère politique, qui permettrait une transition en douceur menée par des dignitaires ou des hauts fonctionnaires du régime qui n’ont pas de sang sur les mains, et qui accepteraient de travailler avec les différentes oppositions iraniennes. Encore une fois, ce que je vous dis là n’est qu’un scénario plausible, car tout peut basculer dans les heures et les jours qui viennent.
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