​​​Régis Passerieux, ancien secrétaire national du Parti socialiste pour les questions internationales.

Enfin, l’Union européenne a reconnu comme une entité terroriste, non l’Iran, mais le gang militaro-messianique qui s’est accaparé des richesses de ce pays, et esclavagise son peuple.La France, isolée, a cédé. Tard, très tard. Cela fait presque des décennies que la nature de ce pouvoir apparaissait comme le nez au milieu de la figure à celui qui voulait voir. La pieuvre de ses proxis ne reculait devant aucunes méthodes, assassinats politiques, narcotrafics, enlèvements, attentats. Il faut espérer que chacun a compris maintenant que le massacre du 7 octobre 2023 en Israël, uniquement ciblé vers les civils, a la même texture, le même soubassement, procède du même gout démiurgique pour la sauvagerie et l’odeur du sang, que les tueries des 8 et 9 janvier 2026. Cela ne fait pas dix mois, mais des années, des décennies maintenant, que la torture, le viol de la jeunesse sont massives dans les prisons iraniennes, que les parents paient pour récupérer les corps, que par des pendaisons par milliers sont exécutés en masse des opposants innocents, que des pasteurs chrétiens sont discrètement éliminés, que des otages étrangers sont utilisés comme monnaie de chantage. Cela fait des temps et des temps que les réformateurs se sont avérés être des créatures de sinistre pacotille, maquillages grossiers, cautions hypocrites, couvrant les mensonges et les avanies du régime. Regardez enfin, ce que vous n’avez jamais voulu voir, vous qui fréquentiez souriant les ministres iraniens les matins de pendaisons, vous qui devisiez cordialement au téléphone avec le président Massoud Pezechkian, et son gouvernement de « réformateurs », que vous voyez maintenant bras ballants, obséquieux à coté de son guide, malgré l’holocauste de plusieurs dizaine milliers de civils assassinés, et des milliers de blessés, jusqu’aux aveugles ayant reçu deux balles dans les yeux. Et qui se terrent chez eux, faute d’hôpitaux, où on vient maintenant les chercher pour les achever, et où des médecins, s’ils soignent, sont arrêtés ou exécutés.

Tout ce qui se passe aujourd’hui n’est que l’achèvement d’un processus que vous avez cautionné par votre incompréhensible courtoisie vis-à-vis de ce monstre qui, doucement, en large partie à cause de votre immobilisme, a pu gagner du terrain. Et vous n’étiez pas seuls : le mythique Obama n’a pas dit un mot lors de la première salve meurtrière contre la jeunesse en 2009. Cette énigmatique lâcheté, comme toujours dans l’histoire, finit par avoir un prix. Nul en Europe n’a jamais compris que cette psyché mêlée de fanatisme et de veulerie, quiattend avec délectation la fin des temps, tout en se pavanant dans un luxe gras et lourd, n’aurait aucun tabou, à utiliser, dans un moment d’extase morbide, l’arme nucléaire : même sale, même inachevée, même bricolée. Imaginer des accords graduels et rationnels avec une telle engeance était une déraison. Souhaitons que chacun l’ait désormais et enfin compris.

Que nous le voulions ou non, nous sommes concernés parce que nous avons nourri et laissé prospérer ce mal. Nous l’avons laissé grandir, corrompre et infecter non seulement son environnement géographique immédiat, mais au-delà soutenir, sous la table, les réseaux terroristes de tout acabit en Occident. Nous avons fermé les yeux quand il a investi son argent sale, blanchi dans des émirats « amis », vers l’immobilier de luxe, à Londres, Paris, ou New-York. Nous avons été contempteurs quand Trump 1 a établi un ferme rapport de force. Maintenant le martyr d’un peuple aux mains nus a soulevé, au prix du sang, la chappe du mensonge et révélé la vérité. Alors, le monstre, acculé, lâche toutes ses menaces. L’évitement, bien tard, n’est plus possible. Que nous le voulions ou non, nous sommes particulièrement concernés, nous français, qui avons, dans le double jeu, su être des experts. Nous, patrie de la liberté, que la jeunesse d’Iran regarde avec tristesse et déception, et maintenant mépris et colère. Ce pouvoir, au bout du bout, jette son masque parce que son peuple, pas notre courage, l’y a obligé. Dos au mur, la bête politique avec laquelle nous avons cru pouvoir deviser va libérer tout le venin que nous lui avons laissé distiller. Faute d’avoir eu le courage, à temps, de l’ostraciser, de l’isoler, de la cantonner, de l’enserrer et de la juguler, il va nous falloir la combattre.

J’ai été de ceux qui, secrétaire international du Parti Socialiste, en 2003 s’est opposé parmi les premiers à la seconde guerre d’Irak, absurde, imbécile et mercantile. J’ai été horrifié lorsque le Parti Socialiste de Martine Aubry et de Jean-Christophe Cambadélis, alors mon successeur dans ces responsabilités internationales, s’est abaissé d’un communiqué, lors de son intervention en Lybie, à soutenir Nicolas Sarkozy.

Et pourtant je le dis aujourd’hui : la France se restaurerait et se rehausserait à apporter son soutien, et au-delà même sa participation, même symbolique, au regard de ses moyens, à une action américaine ciblée, mais forte, portée sans aucune ambiguïté non à l’Iran mais à la cage de fer qui l’enserre. Cette intervention n’est nullement acquise, et il ne faut pas être naïf : elle serait si elle a lieu tout autant, sinon plus, sous-tendue par le calcul que par la compassion. C’est pourquoi, justement, nous devons la souhaiter à voix haute, et en énoncer des attendus fermes, qui pèseront sur son dénouement politique. Et nous permettrons d’y participer. Avec le timbre d’une nation qui doit retrouver son indépendance diplomatique dans un moment critique, et qui, de manière gaullienne, sera d’autant plus ferme à critiquer son allié sur d’autres champs, et ils n’en manquent, qu’elle aura manifesté son courage et son appui, quand la réalité et les principes l’exigent. Que chaque force politique se positionne enfin ! Et qu’enfin nous sachions qui est qui. Nous ne pouvons continuer à roder timidement entre les portes. Il est des temps où la peur n’est plus de mise, et nous y sommes.

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