David Chanteranne, Historien, auteur d’une vingtaine d’ouvrages dont Napoléon à l’écran avec Isabelle Veyrat-Masson (Nouveau Monde Éditions/Fondation Napoléon, 2002) et Marcel Carné, le môme du cinéma français (Soteca, 2012). Il a signé les notices « Cinéma » et « Histoire de France au cinéma » dans Nouvelle Histoire de France, par Éric Anceau (dir.), Passés Composés, 2025.
Le 24 janvier, Georges Lautner aurait eu cent ans. L’auteur d’une quarantaine de films, dont une douzaine devenus cultes au fil du temps et des rediffusions, ne pouvait échapper à son destin.
Né à Nice non loin des fameux studios de la Victorine, ce fils d’un joaillier d’origine autrichienne et de la comédienne Renée Saint-Cyr côtoie, dès ses plus jeunes années, le monde du cinéma. Un temps décorateur, il devient, pendant son service militaire, projectionniste pour le cinéma des armées, avant de rentrer à Paris pour devenir successivement opérateur, régisseur, monteur. On le trouve second assistant de Sacha Guitry pour Le Trésor de Cantenac (1949). Il se lance ensuite dans la carrière en s’imaginant comédien, dans Capitaine Ardant (1951), mais abandonne pour monter seul quelques comédies, débutant en 1958 par La Môme aux boutons avec Serge Davri.
Ses premières grandes mises en scène, où s’impose Bernard Blier (Marche ou crève, 1960 puis Le Septième Juré, 1962), et Paul Meurisse dans la série des Monocle avec (1961 à 1964), lui donnent le goût du travail bien fait, avec gros plans appuyés et bons mots, bientôt signés Michel Audiard. Dans un monde peuplé de truands et de hâbleurs, aux profils douteux et attachants, il connaît la consécration avec Les Tontons flingueurs (1963), aux accents parodiques et aux répliques soignées : « Les c…, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît », « C’est curieux chez les marins ce besoin de faire des phrases ! », « Aux quatre coins d’Paris qu’on va l’retrouver, éparpillé par petits bouts façon puzzle » et « On ne devrait jamais quitter Montauban ».
Il poursuit par des réalisations, mettant aux prises Lino Ventura, Jean Lefèvre et Jean Gabin avec des seconds rôles truculents (Robert Dalban, Michel Constantin, André Pousse), accompagnés de comédiennes de talent (Mireille Darc, à treize reprises, Dany Carrel avant Miou-Miou) : Les Barbouzes (1964), Ne nous fâchons pas (1966), La Grande Sauterelle (1967), Le Pacha (« Le jour où on mettra les c… sur orbite, t’as pas fini de tourner », avec musique de Serge Gainsbourg, 1968).
La décennie suivante débute par un film romantique, La Route de Salina, se poursuit par un policier décalé, Laisse aller… c’est une valse ! (1971), avant de le confronter à Alain Delon, dans Il était une fois un flic (1972), Les Seins de glace (1974) et Mort d’un pourri (1977). Il offre ensuite à Jean-Paul Belmondo des triomphes populaires : Flic ou Voyou (1979), Le Guignolo (« Vous savez quelle différence, il y a entre un con et un voleur ? […] Un voleur, de temps en temps, ça se repose ! », 1980), sans oublier Le Professionnel (face à Robert Hossein, musique d’Ennio Morricone, 1981, qui réunit jusqu’à cinq millions de spectateurs) et Joyeuses Pâques (avec Sophie Marceau et Marie Laforêt, 1984).
Les années quatre-vingt sont moins prolifiques, se partageant entre pures comédies – La Cage aux folles 3 (1985) ou La Vie dissolue de Gérard Floque (1987) – et adaptations dramatiques – La Maison assassinée (avec Patrick Bruel, 1988) et L’Inconnu dans la maison (avec de nouveau Belmondo, d’après Simenon, 1992). Ayant fait quelques incursions à la télévision, Lautner s’éteint après une longue maladie le 22 novembre 2013 à Neuilly.
Il laisse au sein du panthéon cinématographique, entre réalisme poétique à la Carné ou Grémillon et policiers de Melville puis Verneuil, des ambiances uniques, aux personnages truculents (incarnés par Francis Blanche, Henri Guybet ou Jean-Pierre Marielle) et aux caractères emportés (de Claude Rich à à Jean Yanne en passant par Michel Galabru). Jouant des contrastes comme des douces fulgurances, au moyen de montages serrés et parfaitement rythmés, il est parvenu à dépeindre une société contrastée à l’esprit cocardier, burlesque voire loufoque sans omettre les traits d’esprit d’une certaine bourgeoisie confrontée à la gouaille parisienne.
Lorsqu’on lui demandait comment il voyait son art, Lautner avouait, amusé : « Je casse toujours les situations dramatiques, soit avec humour, soit en faisant appel à la tendresse. Ou alors je le fais avec ironie. »
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