Le deuil confisqué : morts en Iran

Depuis le début des grandes vagues de contestation en Iran, la répression ne se limite pas aux arrestations massives, aux violences de rue et aux condamnations judiciaires expéditives. Elle s’étend jusque dans la mort elle-même, affectant les familles des victimes dans ce qu’il y a de plus intime : la récupération des corps, le droit au deuil et la possibilité de rendre hommage à leurs proches.

De nombreux témoignages font état de scènes insoutenables. Des familles sont contraintes de parcourir hôpitaux, morgues et centres médico-légaux à la recherche d’un fils, d’une fille, d’un frère disparu lors des manifestations. Dans certains cas, les morgues sont décrites comme débordées, les corps entassés, parfois sans identification claire. Cette errance funèbre, déjà traumatisante, est aggravée par l’absence d’informations officielles et par le refus des autorités de reconnaître l’ampleur des violences.

La récupération des dépouilles est souvent entravée. Certaines familles rapportent que les autorités refusent de restituer les corps immédiatement, ou imposent des conditions strictes : interdiction de funérailles publiques, enterrements discrets, parfois nocturnes, sans cérémonie ni rassemblement. L’objectif est clair : empêcher que les enterrements ne se transforment en nouveaux espaces de protestation. En Iran, où les rites funéraires sont profondément ancrés dans la culture collective, cette confiscation du deuil constitue une violence supplémentaire.

Plus grave encore, plusieurs sources évoquent des pratiques d’intimidation et d’extorsion. Des familles auraient été contraintes de payer des sommes importantes pour récupérer le corps d’un proche. D’autres auraient été forcées de signer des documents falsifiant les circonstances de la mort, par exemple en affirmant que la personne décédée appartenait aux forces de sécurité ou qu’elle avait été tuée dans des conditions accidentelles. Ce procédé vise à effacer toute trace de responsabilité étatique et à réécrire la mémoire des événements.

Le contrôle ne s’arrête pas à l’inhumation. Les proches des victimes sont parfois menacés de représailles s’ils parlent aux médias, publient des photos ou organisent des commémorations. Des forces de sécurité peuvent être présentes lors des enterrements, surveillant les gestes, les paroles, les larmes elles-mêmes. Dans ce climat, le chagrin devient dangereux, et le silence, une forme de survie.

Ces pratiques s’inscrivent dans une stratégie plus large : effacer les morts du récit collectif, empêcher leur transformation en symboles, briser les dynamiques de solidarité. Car, dans l’histoire iranienne, les funérailles ont souvent été des moments de politisation, de rassemblement et de résistance. Contrôler les corps, c’est donc contrôler la mémoire, l’émotion et la transmission.

Ainsi, la violence ne se limite pas à l’instant de la répression. Elle se prolonge dans les mois qui suivent, dans les foyers endeuillés, dans les tombes anonymes, dans les histoires qui ne peuvent être racontées. En Iran aujourd’hui, mourir lors d’une protestation ne signifie pas seulement perdre la vie : cela signifie, pour les proches, perdre aussi le droit de pleurer librement.

Bilan humain des protestations en Iran : morts et blessés

La réponse des autorités a été marquée par une répression violente, causant des pertes humaines importantes, même si l’accès à des données fiables reste extrêmement difficile en raison d’un blackout d’Internet et de la censure.

Les estimations sur le nombre de personnes tuées dans le cadre des violences diffèrent selon les sources :

Les autorités iraniennes minimisent évidemment la répression : un responsable a déclaré qu’au moins 5 000 personnes ont été tuées, incluant environ 500 membres des forces de sécurité, chiffres dits « vérifiés » par le régime. ([The Business Standard])

Selon l’ONG (HRANA), la Human Rights Activists News Agency, basée aux États-Unis et s’appuyant sur un réseau d’activistes à l’intérieur du pays, a déclaré que 4 029 personnes avaient été tuées, avec d’autres centaines de cas encore en cours d’examen. Ces chiffres évoquent les corps identifiés et vérifiés.

D’après un rapport compilé par un réseau de médecins iraniens et relayé par The Sunday Times, au moins 16 500 personnes auraient été tuées depuis le début des manifestations fin décembre 2025. Ce même rapport estime également que près de 330 000 personnes ont été blessées dans le cadre de la répression. Les blessures signalées incluent de nombreux cas de traumatismes graves, notamment des plaies par balles, des blessures par éclats et des traumatismes oculaires sévères, avec des milliers de personnes souffrant de pertes de vision ou de lésions irréversibles.

 

Témoignages sur les massacres en Iran

Suite à la répression des manifestations en Iran, des rapports en provenance des villes d’Ispahan et de Gorgan indiquent une forte augmentation du nombre de blessés, une pression sur les centres de soins et un massacre généralisé de citoyens. Selon des messages de citoyens, l’hôpital Feiz d’Ispahan a enregistré un afflux massif de blessés aux yeux avec des hémorragies graves ce 19 janvier. Des témoins racontent que l’affluence de blessés était telle que les patients ont été allongés sur le sol des salles et que l’intensité des saignements a entraîné une odeur de sang dans tout l’hôpital.

À Gorgan, dans la province du Golestan, un citoyen rapporte qu’environ 600 personnes ont été tuées lors des manifestations. Selon des témoignages, au moins 100 personnes ont été tuées dans la soirée du 18 janvier devant le gouvernorat de Gorgan. Un couvre-feu a ensuite été instauré et des forces spéciales lourdement armées ont été déployées dans la ville. Les corps des personnes tuées ont été transportés à l’hôpital Azar sans être remis aux familles.

Selon des vidéos reçues par Iran International, les proches d’Alireza Rahimi, assassiné voici 24 heures, ont scandé lors des funérailles de ce dernier des slogans tels que : « Cette année est l’année du sang, Seyed Ali Khamenei est renversé. » Lors d’une veillée commémorative nocturne après l’enterrement, les participants ont applaudi, en hommage à Rahimi, considéré comme un « martyr » de la révolution nationale iranienne.

Les informations récentes en provenance des provinces du Golestan, du Khorasan Razavi et de Markazi indiquent une intensification du régime militaire, une présence accrue des forces de sécurité dans les rues et une augmentation du nombre de morts et d’arrestations. À Galikesh, dans la province du Golestan, les habitants rapportent que l’état d’urgence a été déclaré du 18 au 29 janvier, avec des milices érigeant des postes de contrôle aux entrées de la ville pour surveiller les déplacements des citoyens. Des renforts de miliciens ont également été déployés depuis les villages environnants pour renforcer la présence des militaires.

À Torbat-e Jam, dans la province du Khorasan Razavi, des messages de citoyens évoquent la mort d’environ 300 personnes lors des manifestations. Selon des sources locales, les forces de sécurité ont lancé des raids dans les maisons, arrêtant des membres de familles en masse. À Arak, les citoyens signalent un déploiement massif de forces de sécurité dans les principales rues et places, avec des bus transportant des renforts de sécurité. L’atmosphère y est décrite comme étant similaire à un état de siège, avec un nombre élevé de morts selon les sources locales.

Le régime islamique interdit à Davos

Le sénateur républicain Lindsey Graham a comparé l’invitation faite au ministre iranien des Affaires étrangères de s’exprimer au Forum économique mondial de Davos après le massacre de manifestants en Iran à l’invitation d’Hitler à un événement mondial après la Nuit de cristal en novembre 1938.

Graham a écrit : « Inviter le ministre des Affaires étrangères du régime iranien à s’exprimer dans ces circonstances, c’est comme inviter Hitler à un événement mondial après la Nuit de cristal. » Cette décision est une nouvelle escalade dans l’indifférence et l’ignorance. » Il a ajouté : « Vous devez vous demander ce qui se passe dans vos têtes. » Vous ne pouvez pas envoyer un pire message aux manifestants iraniens. »

Graham a également loué l’ancien président Donald Trump pour avoir encouragé les Iraniens à poursuivre leurs manifestations, affirmant que les élites européennes avaient perdu leur boussole morale. « Les élites européennes ont perdu leur boussole morale. » « C’est le signe le plus fort de déclin moral ; un déclin parmi ceux qui jouissent de la liberté et abandonnent ceux qui luttent pour elle », a-t-il déclaré.

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