Franco-iranien, Emmanuel Razavi est Grand reporter, spécialiste du Moyen-Orient et de l’Iran. Il collabore avec les rédactions du Figaro Magazine, Paris Match, Franc-Tireur, VA, Politique Internationale, Le Spectacle du Monde, Écran de Veille, et la télévision. Répression, positionnement de Trump, ou encore sa rencontre avec le Prince Reza Pahlavi : il analyse les derniers développements de la situation en Iran.
Pouvons-nous, à l’heure où nous parlons, établir un premier bilan de la répression ? Et plus généralement, où en sommes-nous des mobilisations ?
À l’heure même où je vous parle, plusieurs sources rapportent qu’il y a des milliers de morts. Certaines parlent de 20 000, d’autres de 23 000. En raison du blackout et de la répression féroce, il est extrêmement difficile de vérifier ces chiffres. Mais les différentes sources, qu’elles proviennent de personnels médicaux qui font des comptages dans les hôpitaux et les morgues, ou de témoins directs, permettent de penser qu’il y a eu un massacre à grande échelle. On parle, en clair, de massacres de masse, de crimes contre l’humanité, et probablement de crimes de guerre. Je précise que les autorités iraniennes emploient, en plus de leurs propres forces de l’ordre et de maintien de la sécurité, des miliciens irakiens, libanais et afghans. Plusieurs sources très fiables parlent d’environ 5000 suppléants venus de l’étranger.
La journaliste iranienne Sepideh Pooraghaiee, qui est extrêmement bien informée et dont j’ai pu vérifier plusieurs fois la qualité des informations, m’a raconté que des habitants de la ville de Rasht avaient été mitraillés. Elle rapporte, à partir de témoignages directs, que le nombre de morts est très élevé, et que leurs corps ont été transportés en camions-bennes jusqu’au cimetière de la ville. Les familles qui veulent récupérer les corps de leurs proches sont obligées de payer des sommes ahurissantes. De peur d’être arrêtées, certaines ont enterré les corps de leurs enfants dans leurs jardins, plutôt qu’au cimetière.
Les États-Unis étaient prêts à intervenir et il semblerait qu’au dernier moment Donald Trump s’y soit refusé. Quelle lecture faites-vous plus généralement de la position de Washington depuis le début du mouvement ?
Il semble que le président américain Donald Trump ait cédé aux pressions de l’Arabie saoudite, du Qatar, des Émirats arabes unis, et du sultanat d’Oman, qui craignent de voir le chaos s’étendre à tout le golfe Persique. Mais la Russie et surtout la Chine ont aussi joué un rôle dans la décision de Trump. Au sein même des équipes qui entourent Donald Trump, deux tendances s’affrontent. Il y a ceux qui sont sur la ligne d’une intervention, et ceux qui la déconseillent. Entre les deux, Donald Trump peine à tenir un cap clair. Mais rien n’est joué.
Le pouvoir est-il divisé sur la conduite à tenir ? On parle de transfert d’avoirs à l’étranger.
Bien sûr ! Cela fait des années que le pouvoir est fracturé à Téhéran. Un exemple, qui a été rapporté par la chaine de télévision iranienne d’opposition DorrTV. Mohsen Rezaei, qui est une figure historique des gardiens de la révolution islamique, a révélé que des commandants militaires craignaient de participer publiquement aux cérémonies officielles des agents du régime tués, par crainte d’une possible « attaque contre la République islamique ». La peur creuse la fracture au sein des élites. Certains cherchent à fuir, et demandent des visas pour l’étranger. Les hauts responsables iraniens ont des centaines de milliards d’actifs placés à travers le monde. Et ils intensifient la fuite de leurs capitaux hors d’Iran.
Pouvons-nous envisager une convergence des oppositions autour de la personnalité de Reza Pahlavi ?
Il y a de nombreux mouvements d’opposition en Iran et au sein de la diaspora. Mais Reza Pahlavi est la figure qui rassemble le plus. Je l’ai interviewé à plusieurs reprises. Ce week-end je publie l’entretien que j’ai fait de lui pour le Figaro Magazine. Je peux vous le dire : Il ne veut pas rétablir la monarchie, contrairement à ce qui a été dit par certains médias français. Il juge que ce n’est pas le sujet. Il veut juste accompagner un gouvernement de transition démocratique et laïc, qui grave dans le marbre la défense des minorités ethniques, et de genre. Il dit que les Iraniens se prononceront sur le type de régime politique qu’ils souhaitent.
La plupart des chefs des oppositions iraniennes que j’ai interviewés sont par ailleurs attachés aux mêmes valeurs que lui. Je ne peux pas donner de noms car ce serait les mettre en danger, mais il y a quelques grandes figures à l’intérieur de l’Iran qui disent être prêtes à s’allier avec lui. Reza Pahlavi a le nom le plus connu, c’est un libéral, un démocrate modéré. Il a une vision géopolitique très claire du Moyen-Orient. Dans ce pays dont la moyenne d’âge est 32 ans, les jeunes l’aiment beaucoup. Je constate qu’il sait prendre des décisions, garder un cap. Il parle à des chefs de la résistance et de l’opposition importants. Il est d’un caractère posé tout en étant ferme, il parle plusieurs langues, et il s’est entouré de nombreux experts de haut niveau. Il a une vision très concrète de l’avenir, et un programme détaillé.
Je le redis : je l’ai rencontré à plusieurs reprises, je sais donc de quoi je parle, contrairement à des gens qui racontent n’importe quoi sur lui, et qui ne l’ont jamais rencontré.
Voir aussi
16 janvier 2026
Pour l’Iran Libre !
par Arnaud BenedettiFondateur et directeur de la Nouvelle Revue Politique.
0 Commentaire4 minutes de lecture
23 décembre 2025
Boualem Sansal raconte à la NRP l’après-prison : « Apprendre à vivre dans la liberté »
De retour en France après un an de détention en Algérie, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a livré un témoignage rare dans un entretien accordé à La Nouvelle Revue Politique, animé par Arnaud Benedetti.
0 Commentaire2 minutes de lecture
22 décembre 2025
Didier IDJADI – La république islamique : une répression sanglante
par La Nouvelle Revue Politique
0 Commentaire23 minutes de lecture
30 décembre 2025
Emmanuel Razavi – En Iran, la colère gronde à nouveau
par La Nouvelle Revue Politique
0 Commentaire11 minutes de lecture
30 décembre 2025
Didier IDJADI – Des manifestations en Iran contre le régime totalitaire
par La Nouvelle Revue Politique
0 Commentaire16 minutes de lecture